Ruée de l’espoir sur le front du spectacle

La rappeuse Sarahmée sera aux Francos
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La rappeuse Sarahmée sera aux Francos

« Dernier show, le 7 mars 2020. On garde espoir malgré tout. Je travaille sur deux programmations. Reports, annulations, pertes financières en publicité. On continue. On a vu la vibe, la drive, le public, les artistes qui veulent quand même revenir chez nous.

Ça va cesser, la pandémie, hein ? La gang est prête, on ne compte pas nos heures, on veut revoir cette magie chez nous. Printemps 2021, on entend comme tout le monde qu’avec 75 % de vaccination, on va pouvoir recommencer. Confiance. Je replonge dans le booking. Et puis vlan. Dans les dents. Passeport vaccinal sans allégements des procédures sanitaires en salle. Quel artiste viendrait pas cher pour 50 personnes ? On n’y arrivera pas. C’est dur pour tout le monde, je sais. Je revois les shows passés, dans ma tête : quand est-ce qu’on va pouvoir revivre ça ? »

Essoufflés, assommés ? Le récapitulatif d’Isabelle Vermette, directrice générale et artistique des Diffusions Pointe-Valaine, qui gère une petite salle de spectacle fraîchement rénovée (dominant le Richelieu à la hauteur d’Otterburn Park, une merveille), pourrait être celui de la plupart de celles et ceux qui proposent des spectacles de chanson en tous genres à travers le Québec.

 

Cet automne, le deuxième de la pandémie décidément pas finie, chacun tente le coup. Chacun son combat. Les itinéraires défilent sur les routes virtuelles des sites d’artistes, de producteurs et de diffuseurs. Il y a foule au portillon entrouvert : Geoffroy, Ingrid St-Pierre, Marie-Pierre Arthur, Jacques Michel, les Hay Babies, Pierre Kwenders, Marie Davidson & L’Œil nu, Pomme, Laurence-Anne, les Deuxluxes, Plants And Animals… Il faudrait un cahier spécial pour faire le tour des tournées annoncées mais pas encore en cours. Chassé-croisé de potentielles soirées bénies qu’attendent les détenteurs de billets, gens d’inextinguible foi. De report en report, ils sont encore là.

La part belle aux artistes d’ici

Et à Montréal, l’inaccessible, de plus en plus réservée aux piétons et aux cyclistes ? Il faut plus que du courage pour présenter une première montréalaise. Tâteront les planches du Lion D’Or, Belle Grand Fille ; de l’Outremont, Evelyne Brochu, Ariane Moffatt ; du Club Soda, les Hay Babies ; de la Cinquième Salle de la Place des Arts, Luce Dufault ; du MTelus, Émile Bilodeau avec invités. Petite liste qui grossira, selon le souffle et la situation : il y a une belle pile de nouveaux albums dont la transposition à la scène irait de soi. Qui vivra verra, verrat !

Les festivals se sont adaptés. Francos, Festival international de jazz, OFF Festival de jazz, Osheaga, ÎleSONIQ offrent des programmations réduites mais valeureuses, où les artistes d’ici ont la part plus belle que jamais. Aux Francos, un surcroît d’attention se portera sur Clay and Friends, Sarahmée, Jérôme 50, et autres Bleu Jeans Bleu, les Marie Mai, Cœur de pirate et Klô Pelgag ne prenant pas tout l’espace médiatique. Le FIJM aura certes quelques têtes d’affiche (Patrick Watson, Daniel Lanois, Beyries), mais pas de légendes du jazz pour faire de l’ombre aux CODE Quartet, Emie R Roussel Trio et la célébration des 25 ans du François Bourassa Quartet.

 
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’auteur-compositeur Patrick Watson fera partie de la distribution du FIJM.

Billets valides,sauf avis contraire

Pop Montréal aura 20 ans et la quantité de spectacles ne sera pas tellement moins foisonnante que d’habitude : c’est qu’ils ont l’habitude des petits lieux. On y sera moins nombreux, ce qui n’est pas plus mal : en général, on s’y entassait jusqu’à saturation d’oxygène. Mentionnons The Dears en formule acoustique, Safia Nolin en solo, Li’l Andy, Thus Owls, Marie-Pierre Arthur et le groupe pionnier de filles rock Fanny.

Aux dernières nouvelles, le Centre Bell n’avait pas tout annulé : vos billets sont encore valides pour James Taylor, Enrique Iglesias et Ricky Martin, Paul Piché, les Cowboys Fringants et la der des ders de Genesis. Et à Pointe-Valaine ? Steve Hill, Fred Fortin en trio, Kevin Parent, Émile Bilodeau sont à l’affiche, d’octobre à décembre.

Survivre à la pandémie est une chose, y parvenir sans appui en est une autre, philosophe Isabelle Vermette. « On est à la merci d’un conseil municipal qui a cru en nous au début, mais qui nous met sous pression. Pas éligible encore aux subventions, je me recycle dans les funérailles en attendant. » Isabelle Vermette ne se considère pas comme battue pour autant.

« Je cherche des partenaires financiers actuellement, des gens qui croient à la culture, dans des petites places, certes, mais où l’expérience vaut le détour. En guerre ? Oui, je le suis. Pour assurer cette pérennité dans le feu qui brûle ici. Abandonner ? Jamais. »



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