L’automne de toutes les stratégies en musique classique

On pourra assister à de luxueux récitals de Sergei Babayan au Festival Bach.
Photo: Babayan.com On pourra assister à de luxueux récitals de Sergei Babayan au Festival Bach.

Comment le monde musical allait-il gérer la reprise des activités ? On misait sur la prudence. Au final, on trouve pas mal de témérité. Fascinant automne, qui en dit long sur les profils des diverses institutions. Deux épées de Damoclès pendaient au-dessus de la tête des organisateurs.

Quelles seraient les contraintes pesant sur les voyages des artistes étrangers ? Devant combien de personnes les concerts pourraient-ils se tenir ? La jauge, et donc la recette, a en effet une incidence directe sur le profil des artistes que l’on fait venir.

Cela réglé, d’autres questions se posent : quelle sera la part du numérique et de la webdiffusion dans ce nouveau monde — ou, autrement dit, quand le fameux « Concert bleu » sera autre chose qu’un projet, y aura-t-il encore des choses à mettre dessus ? — et comment gérer la clientèle dans un univers où le concept d’engagement à long terme, et donc d’abonnement, a pris du plomb dans l’aile ?

La rentrée nous offre un éventail de profils. Dans la catégorie « Pandémie, quelle pandémie ? » se distinguent l’OSM, le Festival Bach, la salle Bourgie, l’Orchestre classique de Montréal, le Festival de musique de chambre, la SMCQ ou le Vivier.

À l’opposé, il y a les « On se revoit en 2022 », comme l’Opéra de Montréal ou Pro Musica, orphelin de sa collaboration avec l’OSM. Au milieu, les « Restons prudents ».

Parmi ces derniers, I Musici nous prévient qu’on ne saura rien de sa saison avant le 28 septembre et que celle-ci démarrera en novembre, et l’Orchestre Métropolitain surpondère 2022 par rapport à 2021.

Il y a aussi le Ladies’ Morning qui attaque dès demain, mais façon très 2021 puisqu’on trouve trois artistes canadiens (Blake Pouliot, Matt Haimovitz et Stewart Goodyear) parmi les cinq affiches de l’automne. Les quatuors Doric et de Crémone seront les visites internationales au Ladies’, les 3 octobre et 14 novembre.

Le degré de confiance et de hardiesse est mesurable par « l’internationalité » et le profil d’une programmation. Ainsi, lorsque l’Orchestre symphonique de Montréal affiche en ouverture, le 14 septembre, Rafael Payare dans la 5e Symphonie de Chostakovitch, invite la semaine suivante Hilary Hahn à jouer le Concerto pour violon de Dvorák et programme, en décembre, L’enfance du Christ de Berlioz avec Hervé Niquet, on comprend le sens du vent. Il se voit aussi dans les affiches Petrenko-Bronfman,Bringuier-Tetzlaff, Zinman-Lortie et Payare-Barnatan. On guettera évidemment le retour du tandem Kent Nagano-Fred Pellerin. Une supplémentaire est déjà prévue.

Même si l’OM, hyperactif pendant la pandémie, démarrera avec Yannick Nézet-Séguin et Hélène Grimaud le 30 septembre, le profil de son automne est sage.

On signalera deux symphonies de compositrices : la Première de Florence Price et la Troisième de Louise Farrenc.

Le Festival Bach est un des organismes les plus téméraires. La manifestation, en feu roulant du 21 novembre au 5 décembre, se déploie comme si de rien n’était : visite des Praguois de Vaclav Luks en ouverture, luxueux récitals de Sergei Babayan (1er livre du Clavier bien tempéré) et Martin Helmchen (les Partitas pour clavier) et Art de la fugue dirigé par Bernard Labadie. Grande première : pas de Variations Goldberg cette année.

Autre surprise : le Festival de musique de chambre, qui organise des concerts à la salle Bourgie entre octobre et décembre et conclut le tout le 7 décembre avec la venue (à Bourgie, alors que même la Maison symphonique serait trop petite !) d’Emanuel Ax dans un récital Chopin.

La SMCQ inspirée

La salle Bourgie, qui entre dans la 7e saison de son intégrale des cantates de Bach, fonctionne à nouveau rondement.

Ses 10 ans seront fêtés le dimanche 19 septembre conjointement par Jonathan Cohen et Rafael Payare, les Violons du Roy et des musiciens de l’OSM. La saison démarrera véritablement en octobre, avec le violoncelliste Victor Julien-Laferrière, le 4. Le 24, Andreas Staier inaugurera un nouveau pianoforte. Les autres visites prestigieuses sont Jean-Guihen Queyras le 26 ; Gidon Kremer le 3 novembre ; le Dover Quartet le 16 novembre et Marie-Nicole Lemieux le 1er décembre.

Parmi les organismes que la pandémie a inspirés, il faut mentionner la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), avec un concept simple mais extrêmement utile : une série de « concerts portraits » consacrés à un compositeur permettant, on l’espère, de cerner un style, un langage.

La série débute le 26 septembre avec André Hamel et se poursuivra en janvier. Entre-temps, le 10 octobre, un programme sera consacré aux compositrices et à la mi-décembre, la SMCQ fêtera son 55 anniversaire.

Le Vivier multiplie les événements à l’édifice Wilder et au CIRMMT de l’École Schulich. L’Ensemble Paramirabo, le Quatuor Molinari, le Quatuor Bozzini, Akousma, Sixtrum et d’autres seront partie prenante de cette saison. Le NEM contribuera à la présentation par Chants libres de L’orangeraie de Zad Moultaka et Larry Tremblay au Monument-National les 19, 20 et 21 octobre.

 
Photo: © SandrineExpilly Sandrine Piau est la soliste du retour de Jonathan Cohen à Montréal et à Québec.

Baroques

Parmi les organismes émergents, Ballet Opera Pantomime créera Flambeau de la nuit, opéra de Hubert Tanguay-Labrosse et Olivier Kemeid associé, les 25 et 26 septembre, à Riders to the Seade Vaughan-Williams. I Musici sera de ce projet affiché par l’Opéra de Montréal.

Le jeune chef Francis Choinière dirigera l’Orchestre philharmonique et le Chœur des Mélomanes dans le Gloria de Vivaldi à la Maison symphonique le 23 octobre, soirée où Caprice programmera le Te Deum de Charpentier. Boris Brott et son Orchestre classique de Montréal s’installent, comme I Musici, à la salle Pierre-Mercure et y multiplient les concerts, mais donneront leur Messie le 7 décembre à l’Oratoire.

Karina Gauvin sera à la salle Bourgie avec Clavecin en concert le 28 septembre, et pour le Festival de musique de chambre le 19 octobre. Les Idées heureuses y joueront Vivaldi le 6 octobre et Arion un concert français en association avec le Studio de musique ancienne du 19 au 21 novembre.

Une semaine plus tard, les Boréades interpréteront les quatre Messes brèves de Bach à Saint-Jean-Baptiste. Les Violons du Roy annonceront leur saison le 16 septembre. Un concert associera Jonathan Cohen et Sandrine Piau à la Maison symphonique le 24 septembre.

Quant aux universités, elles déploieront l’intégralité de leur programmation au fur et à mesure. Opéra McGill prévoit Les mamelles de Tirésias de Poulenc en novembre, et son Orchestre symphonique donnera des concerts les 24 et 25 septembre, 29 et 30 octobre et 3 et 4 décembre, alors que l’Université de Montréal concentrera ses événements du 24 novembre au 4 décembre.



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