Le passeport contre un bracelet au FME

Le Festival de musique émergente, à Rouyn-Noranda, est le premier grand événement culturel à mettre à l’épreuve le passeport vaccinal depuis sa mise en place.
Photo: Thomas Dufresne FME Le Festival de musique émergente, à Rouyn-Noranda, est le premier grand événement culturel à mettre à l’épreuve le passeport vaccinal depuis sa mise en place.

À la même période l’an dernier, le Festival de musique émergente (FME), à Rouyn-Noranda, était parmi les premiers à tester les jauges réduites dans les salles de spectacle et les bulles étanches sur sa grande scène extérieure, en respect des règles alors imposées par la Santé publique. Aujourd’hui, il est le premier grand événement à mettre à l’épreuve le passeport vaccinal en contexte festivalier. Et ça fonctionne, grâce à une astuce visant à simplifier la gestion du passeport que nous qualifierons d’« accréditation vaccinale ». Vérifications sur le terrain.

Situé sur la rue Murdoch derrière l’aréna du Centre Dave Keon, l’espace HUB FME sert de point de chute des professionnels du milieu musical et des festivaliers. On y trouve un bar, le « jardin » de réalité virtuelle, quelques commerces, dont un disquaire et deux friperies. Le kiosque le plus achalandé, cependant, est celui de l’« accréditation vaccinale », ouvert depuis mercredi dernier.

Ça fonctionne ainsi : deux préposées accueillent les festivaliers au comptoir. Ces derniers présentent leur code QR délivré par les autorités sanitaires, soit par l’application VaxiCode, soit sur papier. Avec son appareil, la préposée valide le code, puis demande une preuve d’identification ; puis elle remet au festivalier un bracelet vert. Ce bracelet atteste que le festivalier est adéquatement vacciné. Il est surtout valide pour tous les concerts et toute la durée du festival.

Pas besoin de faire lire son code QR pour chaque spectacle, il suffit de montrer patte verte. À l’entrée d’un site, personne ne demande à vérifier le passeport vaccinal. On vérifie seulement le billet, acheté ou réservé, pour les concerts gratuits comme ceux du magnifique site extérieur le Poisson Volant, qui a permis aux habitants du coin de profiter d’une programmation de spectacles durant tout l’été. Un lieu confortable, accueillant, avec vue sur le lac Osisko, une vraie belle initiative née de la pandémie.

Multiples lieux

L’« accréditation vaccinale » sous la forme d’un bracelet vert a été approuvée par la Santé publique, confirme Magalie Monderie-Larouche, directrice générale du Festival de musique émergente (FME) d’Abitibi-Témiscamingue, qui détaille les économies réalisées par son organisation grâce à ce stratagème : « La réflexion derrière le bracelet, c’était qu’en trois semaines [le passeport sanitaire a été annoncé le 5 août dernier], il nous était impossible de trouver, puis de former une centaine de personnes » qui feraient le contrôle du passeport vaccinal des festivaliers sur la douzaine de sites — intérieurs et extérieurs — que compte le festival cette année, d’autant que l’application VaxiCode n’a été rendue disponible que tout récemment.

« Nous avons formé des gens qui possèdent les informations justes données par la Santé publique, ce sont elles qui font les vérifications et qui remettent les bracelets ; si nous avions eu à disperser dans la ville cent préposés à la validation du code, je ne suis pas certaine que l’information aurait été aussi juste pour tout le monde », croit la directrice générale.

Car « la spécificité du FME, c’est la multiplicité de nos sites, où sont souvent présentés des spectacles courts. Pour profiter pleinement du festival, il faut se promener [d’un site à l’autre] — c’est une expérience différente d’Osheaga, disons, où il y a une seule entrée contrôlée, un site avec toutes les scènes réunies au même endroit. On économise donc dans le personnel, on économise aussi dans les appareils nécessaires pour vérifier les passeports, puis on fait économiser du temps à tout le monde. Au FME, tu passes d’une salle à l’autre, ça prend un certain temps pour s’y rendre, puis présenter son billet. Si en plus tu dois ajouter le temps pour valider le passeport, le festivalier perd du temps, au lieu de profiter d’un spectacle. »

Quelques jours après l’annonce par François Legault de l’imposition du passeport vaccinal, Magalie Monderie-Larouche participait à une réunion avec les membres du Regroupement des événements majeurs internationaux (RÉMI) et du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN) pour réfléchir à la bonne manière d’appliquer les nouvelles exigences de la Santé publique. Ce sont les représentants du RÉMI qui ont soumis l’idée du bracelet à la Santé publique.

La solution de l’« accréditation vaccinale » ne conviendra sans doute pas à tous les événements, reconnaît la directrice générale, mais elle se révèle efficace à Rouyn-Noranda. Reste à voir comment les nombreux festivals qui se tiendront dans les prochaines semaines adapteront cette idée. « J’ai l’impression que s’ils ont plusieurs sites, ils voudront utiliser le bracelet puisqu’ils gagnent beaucoup de temps. Si un festival n’a qu’un site, ou une seule entrée, autant utiliser l’application. »

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