La rémission du FME

Le rappeur torontois Cadence Weapon
Photo: Dominic Mc Graw Le rappeur torontois Cadence Weapon

Ça se sentait dès notre arrivée à Rouyn-Noranda, avant même que MM. Santé et Paupière n’en donnent officiellement le coup d’envoi. Cette 19e édition du Festival de musique émergente aura meilleure mine que la précédente, qui s’était miraculeusement tenue entre deux grosses vagues de COVID. Ça s’entendait dans le ton enjoué des bénévoles doublement vaccinés s’affairant à monter des scènes extérieures ou révisant les nouvelles règles sanitaires à respecter devant les scènes. Ça se lit dans l’affiche généreuse, presque autant qu’en temps prépandémique, de ce festival qui a débuté hier en lion avec les performances de Backxwash, Lido Pimienta, Pierre Kwenders, No Joy et Laurence-Anne.

En fin d’après-midi jeudi, à l’espace Hub du FME, dans les quartiers du festival aménagés derrière la salle de curling, les masques cachaient mal les sourires. Après avoir fait l’impasse en 2020, les professionnels de l’industrie musicale étaient de retour à Rouyn-Noranda. Moments de retrouvailles après 18 mois de disette, occasion d’échanger à propos des nouveaux projets des artistes avec qui ils travaillent ou de nouvelles structures qui démarrent — surveillez l’arrivée de Popop, étiquette de musique instrumentale arrimée à la maison de disques Duprince.

Hé ! même le label Bonsound est de retour, dans cette maison louée au bord du lac Osisko. Annulé l’an dernier, le traditionnel barbecue aura lieu vendredi, avec performance de l’auteur-compositeur-interprète indie rock montréalais Paul Jacobs, à côté de la piscine. Il ne sera pas encore tout à fait rétabli de la crise que nous avons traversée et qui menace toujours la reprise du spectacle, mais tous chérissent un semblant de retour à la normale.

L’année dernière, Backxwash offrait son tout premier concert à l’invitation du FME. Dans le Cabaret de la dernière chance, devant une foule rachitique, une quarantaine de spectateurs tout au plus, assis à deux mètres de distance. Un an et un album plus tard (I Lie Here Buried with my Rings and my Dresses, paru en juin dernier), on lui a déroulé le tapis rouge au Petit Théâtre de Rouyn-Noranda. La foule était toujours assise, mais plus dense, et particulièrement réceptive.

« Il me semble que ce sera mon deuxième concert cette année » tentait de se rappeler la rappeuse, croisée avant son concert. « Avoir l’occasion de jouer devant une foule aussi grosse aujourd’hui, c’est un privilège ; je mesure la réponse du public à ce que j’ai à raconter et à la traction que mon projet a gagnée depuis un an. » Seule sur scène, avec des projections recherchées défilant devant elle, la rappeuse a offert une prestation dense et puissante, durant laquelle les basses rondes de son premier album, God Has Nothing to Do with This Leave Him Out of It (2020), offraient un contraste saisissant avec les corrosives giclées death metal de son récent album.

En première partie, nous retrouvions aussi le rappeur torontois Cadence Weapon — lui aussi seul sur scène, venu défendre le passionnant contenu de son dernier album, Parallel World, paru au printemps dernier. Rappant souvent sur des rythmiques électroniques dansantes, il aurait pu se démotiver face à une foule assise de force, or le MC a plutôt tenté de prendre contact avec le public abitibien en prenant le temps de discuter entre les chansons. Et, brisant la glace de cette soirée rap champ gauche, le Montréalais Maky Lavender a fait belle, mais chaotique, impression. Accompagné d’un orchestre plus rock que funk (batterie, basse, guitare, synthé), le rappeur a revisité son répertoire avec charisme et un aplomb impressionnant.

Enfin, la rémission du FME s’observe même entre les lignes de la programmation. C’est le retour des « shows secrets » gratuits, annoncés quelques heures avant leur tenue. C’est fou ce qu’un peu de spontanéité fait du bien, dans nos vies inféodées aux contraintes sanitaires depuis déjà trop longtemps.

Vers 19 h 30, dans un petit espace vacant au coin d’une ruelle et de la 8e Rue, notre première révélation du festival : Seulement, nom de scène de Mathieu Arsenault, membre du groupe électronique expérimental Technical Kidman. Avec son projet solo — un enregistrement serait dévoilé plus tard cet automne —, il se tourne cette fois vers la chanson francophone, habillée ici d’orchestrations électroniques cosmiques. Beaux arpèges de synthés vintage, motifs rythmiques déconstruits, sa voix forte et claire planant au-dessus avec des mélodies reconnaissables — la démarche rappelle agréablement celle du Français Flavien Berger, qui propose cependant des rythmes moins abrasifs.

  
Photo: Dominic Mc Graw La rappeuse Backxwash a offert une performance dense et puissante.

À voir en vidéo