Sur un air de gigue et sur les traces de Philippe Bruneau

Au Festival Trad Montréal, lors d’un concert-conférence dédié au compositeur Philippe Bruneau, le violoneux Alexis Chartrand interprétera une série d’hommages.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Au Festival Trad Montréal, lors d’un concert-conférence dédié au compositeur Philippe Bruneau, le violoneux Alexis Chartrand interprétera une série d’hommages.

Enfant, Alexis Chartrand partageait son temps entre les veillées de danse traditionnelles organisées par ses parents, et l’école. Entre la 4e et la 6e année du primaire, il faisait giguer avec son violon son père, le calleur, gigueur et chercheur Pierre Chartrand, et les élèves des ateliers que ce dernier animait. Dimanche, le jeune violoneux, qui a aujourd’hui 26 ans, produira au violon un concert-conférence solo dédié au compositeur Philippe Bruneau, un pilier méconnu de la musique trad québécoise décédé en 2011.

Ce spectacle fait partie de la programmation du Festival Trad Montréal, qui bat son plein tout le week-end dans la métropole. Alexis Chartrand y interprétera notamment une série d’hommages, cette forme que Philippe Bruneau affectionnait.

« Dans mon milieu, tout le monde parlait de Philippe Bruneau, tout le temps », résume Alexis Chartrand, rencontré au petit parc Victorien-Pesant de Villeray, à deux pas de l’endroit où le compositeur et grand accordéoniste a vécu jadis. « Mais moi, je ne l’ai jamais rencontré », ajoute-t-il.

L’esprit de la tradition musicale du Québec

C’est ainsi que Bruneau a écrit un hommage à Gaston Nolet, qui est aussi présent au Festival Trad ; ou à Gilles Garand, l’un des fondateurs de l’EspaceTrad ; à Jos Bouchard, violoneux célèbre pour ses quadrilles ; à Louis Boudreault, violoneux connu pour ses contredanses ; à la pianiste Dorothée Hogan, qui a aussi été sa compagne ; au pianiste André Gagnon ; et même à Pierre Chartrand, le père d’Alexis. « Il a composé plus de 200 pièces, et c’est un répertoire extrêmement intéressant, dit Alexis Chartrand. Il est parvenu à distiller dans ses compositions des éléments extrêmement profonds de la tradition musicale au Québec. Au point où, ses airs, les gens les apprennent aujourd’hui en pensant qu’ils sont beaucoup plus vieux, qu’ils datent de décennies ou de siècles avant qu’il les compose, parce qu’il a vraiment compris quelque chose du style de musique traditionnelle québécoise. Presque toutes ses pièces sont des hommages à des gens qu’il admirait dans le milieu artistique québécois en général, en France ou ailleurs. »

Né en 1934 dans une famille ouvrière de Montréal, Philippe Bruneau apprend très vite à jouer de l’accordéon diatonique comme son père, qu’il suit aussi dans des fanfares à travers la ville. Il bénéficie d’un apprentissage de l’accordéon auprès d’Alfred Montmarquette. « C’était avant le revival folk des années 1970, raconte Alexis, et les musiciens ne pouvaient pas vivre de la musique. » Aussi, comme Jean Carignan, dont il jouait le répertoire, Philippe Bruneau fait du taxi pour gagner sa vie. « Il a développé un savoir-faire de l’accompagnement de la danse, de la gigue, mais aussi des danses de figure, la contredanse, le set carré, le cotillon. Et ça, ça m’a été transmis par mon père, qui danse et qui calle. Pour mon père, Philippe Bruneau était la référence en accompagnement de la danse. » À partir des années 1990, Philippe Bruneau est allé vivre en France, où il est resté jusqu’à sa mort, en 2011.

Une tradition orale

Comme tout le répertoire de musique dite traditionnelle, la musique de Philippe Bureau est généralement apprise à l’oral, à travers des interprétations ou des enregistrements. « Aujourd’hui, les gens les notent, mais le style se transmet à l’oral. » Il vient d’ailleurs d’une génération de compositeurs de musique traditionnelle dont le nom se perd parfois. « Il y a des gens qui jouent du Philippe Bruneau et qui ne le savent pas », dit-il.

Alexis Chartrand a aussi suivi une formation de violon classique et compose de la musique contemporaine. C’est souvent le propre, souligne-t-il, des musiciens de la relève de musique traditionnelle qui pratiquent régulièrement plusieurs genres de musique. Malgré sa difficulté d’exécution, la musique traditionnelle n’a pas encore fait son chemin dans les cégeps et les universités du Québec, en dehors du profil d’interprétation offert au cégep de Joliette. Ça n’est pas le cas en Irlande, en Écosse et en Angleterre, où la musique traditionnelle québécoise tire ses origines, et où la musique traditionnelle est valorisée tant dans les médias qu’en milieu institutionnel. « Le Canada, où il y a beaucoup de musique traditionnelle, et la France n’ont pas eu ces démarches-là », dit-il.

« Historiquement, la musique traditionnelle québécoise, ça vient d’Irlande, d’Écosse, ça mijote au Québec, et il y a des aspects qui sont difficiles à rattacher avec le répertoire d’Europe […] Et c’est un répertoire qui est constamment enrichi de nouvelles compositions », remarque-t-il.

 

Festival Trad Montréal

Jusqu’au 5 septembre, Maison de la culture d’Ahuntsic

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