Yann Tiersen, la possibilité d’une île

Yann Tiersen photographié lors de sa tournée «Infinity Tour», en 2014
Photo: Alessandro Bonvini Creative Commons Yann Tiersen photographié lors de sa tournée «Infinity Tour», en 2014

Nouvelle échappée : le piano du musicien français Yann Tiersen se pare d’électro avec son album, Kerber, accompagné d’une performance filmée tournée à Ouessant, son île de Bretagne (ouest de la France), source d’inspiration du projet.

Ar Maner Kozh, Kerdrall, etc. : Tous les noms des morceaux du disque (qui sort ce vendredi chez Mute / Pias) renvoient à une portion de cette île de 830 habitants. Plus précisément à un petit périmètre autour de l’antre de l’artiste, maison et propre studio d’enregistrement.

C’est dans cet espace qu’a été tourné le film, inspiré de la trame du live donné par Tiersen début juillet à Brest (ouest) au festival électro Astropolis programmé jeudi soir, et qui annonce la sortie de l’album (yanntiersen.live-now.com pour accéder à la plateforme).

Pour reprendre le titre de son précédent album paru, on demande alors au musicien s’il a voulu faire un « portrait » d’Ouessant avec ce disque et ce film. La réponse surprend puisqu’il est question de Californie, de vélos et de puma.

« Il y a quatre ans, on a traversé la Californie à vélo avec ma femme, on s’est fait suivre par un puma, on a failli y passer, par ignorance de l’écosystème, de là où on était », narre d’abord à l’AFP Yann Tiersen en visio depuis son repaire d’Ouessant.

« Depuis, je regarde le monde différemment, il faut intégrer l’endroit où on vit et interagir vraiment, développe-t-il. On vit une époque de plus en plus virtuelle, il faut faire le chemin inverse, c’est plus enrichissant d’être connecté à son environnement, ça peut être aussi une ville ».

Dans le film, des images d’Ouessant ponctuent donc les titres joués principalement dans son studio, l’Eskal, mis à part des performances en extérieur, dans un fort ou dans une église.

Iles Féroé

« On voit à un moment la chapelle de Kerber, mais là c’est dans l’église de Ouessant, cette église c’est plein de choses pour moi, un endroit où on passe, qu’on soit croyant ou pas, pour des funérailles de proches, là où je me suis marié, c’est un lieu important ».

Pas trop dur acoustiquement d’y jouer ? « Non, il y a une super belle reverb’, j’y avais déjà enregistré un titre 7 : PM sur l’album Les retrouvailles (2005) ; j’aimerais d’ailleurs tirer des câbles et m’en servir dans le studio, avoir un bouton “église” [rires]. »

C’est la première fois que Yann Tiersen s’aventure ainsi entre piano et électro. Cette dernière s’engouffre comme le vent sous une porte au début du disque, sur Kerlann, avant de s’embraser sur Ker al Loch.

La musique électronique n’était pas terra incognita. « J’avais commencé par là il y a super longtemps, c’est comme ça que j’étais venu à l’acoustique, en samplant les choses », rappelle ce créateur internationalement connu depuis la B.O. du Fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001).

Ce fan de Kraftwerk avait aussi fait une parenthèse électro avec deux comparses dans un groupe de synthés, ESB. Pour défendre Kerber sur scène, il n’est pas seul non plus, entouré de son épouse Emilie et de Jens Thomsen.

Tiersen a rencontré ce dernier lors d’une résidence aux Trans Musicales de Rennes (ouest) en 2008 et avait un temps fait partie du groupe de ce musicien originaire des Iles Féroé, Orka. Encore un insulaire, on y revient toujours.

À voir en vidéo