L’Orchestre du CNA ouvre la musique au dialogue

«Ici, nous avons simplement dit: “l’orchestre est votre outil, la salle est votre outil, les caméras de Prodcan, la technologie de Studio Normal ainsi que l’écran sont vos outils», raconte Alexander Shelley.
Photo: Andre Ringuette Freestyle Photographie «Ici, nous avons simplement dit: “l’orchestre est votre outil, la salle est votre outil, les caméras de Prodcan, la technologie de Studio Normal ainsi que l’écran sont vos outils», raconte Alexander Shelley.

L’Orchestre du Centre national des Arts (CNA) avait frappé les consciences avec son projet créatif multidisciplinaire quadripartite Réflexions sur la vie, amené en tournée en Europe. De la pandémie est né un nouveau cycle, destiné aux écrans et intitulé Inconditionnel.

Comme Réflexions sur la vie, Inconditionnel sera un projet composé de quatre volets. On retrouve à la direction de ce qui se veut sans rapport avec une captation traditionnelle de spectacle les mêmes équipes : Alexander Shelley, directeur musical ; Donna Feore, productrice du contenu créatif, et le studio montréalais Normal, pour les « conceptions médiatiques de réalité mixte ».

« Le projet est né de la pandémie, de Black Lives Matter, et de manière plus générale, des débats autour de l’identité », nous dit Alexandre Shelley, joint à Londres. « Ce sont des sujets délicats, de manière générale. Par ailleurs, la question de savoir si et comment l’art peut refléter des questions de nature sociétale est débattue depuis longtemps. Une musique abstraite sans vocation politique peut l’être redoutablement, alors que des musiques à visées politiques ou sociétales peuvent être affreusement plates. On ne peut amener la musique à être quelque chose. Par contre, on peut créer des conditions, un état d’esprit, une ambiance dans le cadre d’un projet. Et je pense que nous avions, en tant que Centre national des Arts, à encourager le dialogue dans nos communautés. »

Quatre femmes

Les créations du projet Inconditionnel ont été confiées à quatre femmes. « Ce n’est pas une volonté, mais un concours de circonstances », confie Alexander Shelley. Le CNA était plus interventionniste dans la narration de Réflexions sur la vie. « Ici, nous avons simplement dit : “l’orchestre est votre outil, la salle est votre outil, les caméras de Prodcan, la technologie de Studio Normal ainsi que l’écran sont vos outils. Nous ferons tout pour produire votre vision. Mais tout le reste, c’est vous. Au bout du compte, les quatre épisodes sont complètement différents”. »

On ne peut amener la musique à être quelque chose. Par contre, on peut créer des conditions, un état d’esprit, une ambiance dans le cadre d’un projet.

La soprano Measha Brueggergosman, dans un documentaire, partira sur les traces de ses ancêtres loyalistes noirs en Nouvelle-Écosse. Elle a collaboré avec l’artiste de hip-hop Jay Vernon King ainsi que les compositeurs et arrangeurs Edwin Huizinga et Aaron Davis pour unir opéra et hip-hop. Shawnee Kish, autrice-compositrice-interprète bispirituelle mohawk, a réuni des jeunes artistes autochtones sur le thème de la résistance face à l’adversité à travers six chansons orchestrées. Nicole Lizée a conçu un « film kafkaesque surréaliste » intitulé Guide de l’orchestre, alors qu’Ana Sokoloviċ a créé une symphonie de 30 minutes situant la pandémie dans le contexte de l’histoire de l’humanité.

« Je vois la pandémie comme une chose difficile qui passe. D’autres problèmes ont bouleversé le monde. Cela a été très difficile pour les Canadiens, certes. Mais ailleurs, auparavant, il y a eu les guerres, les pestes », dit la compositrice au Devoir.

« Durant la 2e Guerre mondiale, il y a eu de la création dans les camps de concentration. Messiaen a composé le Quatuor pour la fin du temps avec les instruments qu’il avait à sa disposition. Les gens continuent non seulement de créer, mais de s’adapter. C’est notre rôle ; nous adapter à la réalité pour continuer à communiquer. » À l’image d’Inconditionnel, si ce n’est pas par le concert, ce sera d’une autre manière. « J’ai moi-même un projet avec mes étudiants à l’université avec l’Opéra de Montréal. On va voir comment l’opéra peut communiquer s’il n’est pas sur la scène. Comment peut-on adapter les choses pour que ce ne soit pas une captation sur scène qui soit proposée à l’écran, mais qu’elle soit composée pour l’écran […] », nous avoue la compositrice.

Ana Sokolovic évoque une récente étude qui montre que les gènes liés à la créativité ont permis à l’Homo sapiens de s’imposer face à l’homme de Néandertal. Sa symphonie repose sur un concept simple : le fil de la vie est un train ; nous y entrons et en sortons. Le parcours du train est « jalonné par les inventions de l’homme, de la roue aux jeux vidéo ». L’œuvre pourra s’écouter sans ou avec support visuel.

Inconditionnel

Sur Tou.tv, CBC Gem ainsi que sur le site web du CNA, dès le vendredi 27 août.

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