Beau doublé pour Nicolas Ellis et Les Violons du Roy

Souple, délicat, pulsant, Nicolas Ellis a montré une grande maturité dans l’art de créer une dynamique interne très élastique aux phrases musicales sans jamais les brusquer par des à-coups ou des effets.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Souple, délicat, pulsant, Nicolas Ellis a montré une grande maturité dans l’art de créer une dynamique interne très élastique aux phrases musicales sans jamais les brusquer par des à-coups ou des effets.

Pour sa seconde fin de semaine, le Festival de Lanaudière a misé sur les bons musiciens, puisque Les Violons du Roy et Nicolas Ellis ont offert une vraie ambiance festivalière de haut niveau aux mélomanes.

L’engouement autour du Festival de Lanaudière perdure, et on ne peut que s’en réjouir. Après les affiches de l’ouverture, le prestige de Kent Nagano, de l’OSM et l’attrait de la 5e Symphonie de Beethoven, on pouvait craindre un certain ressac en ce qui a trait à d’assistance. Il n’a pas eu lieu, et les présents ont eu bien raison.

Le chef caméléon

Le phénomène de curiosité de la fin de la décennie va être le développement de la carrière internationale de Nicolas Ellis. Espérons qu’elle sera à la hauteur de son talent, car, décidément, ce jeune musicien caméléon est un phénomène. En « famille » avec l’Orchestre Métropolitain, on ne se surprend plus vraiment de rien, mais Ellis interagissait avec Les Violons du Roy dans Variazioni sulla Ritirata Notturna di Madrid de Boccherini, avec fougue, inventivité (imitation des battements de tambour, petite comédie finale) comme si ces musiciens et lui s’étaient toujours connus. Boccherini figurait au programme, tout comme un très original concerto de Francesco Durante (1684-1755), La Pazzia, où deux altos apaisaient l’italianité de l’ambiance, forme rare et précieuse d’humour musical napolitain.

Initialement, cette soirée avait été vendue comme l’association des 4 Saisons de Vivaldi et de Piazzolla. Il nous a totalement échappé à quel moment le chef-d’œuvre de Vivaldi a été évacué et comment la chose a été explicitement communiquée aux clients. Il ne reste plus qu’à espérer que les 5 concertos de Beethoven par Marc-André Hamelin et Yannick Nézet-Séguin ne se transformeront pas subrepticement en concertos de Dussek, Czerny et Cramer.

En tout cas, les amateurs de Piazzolla n’auront pas été déçus, et on se souviendra à jamais des débuts du violoniste Kerson Leong à Lanaudière. Avec une sonorité onctueuse et magique, une précision d’intonation diabolique et une variété de couleurs et de nuances épousant les méandres et les atmosphères changeantes de la composition, le violoniste d’Ottawa a quasiment hypnotisé les spectateurs. Les Violons du Roy et Nicolas Ellis ont été attentifs à relancer le discours et à mimer les univers sonores du soliste.

Évolution vocale

Dimanche après-midi, Les Violons et Nicolas Ellis nous revenaient avec Karina Gauvin et le programme donné il y a quelques semaines en ouverture du Festival du Domaine Forget. Menu encore plus affûté qu’a pu le dire le chef, car Gluck est non seulement l’inventeur d’un nouvel opéra (il préfigure Berlioz dans l’instrumentation et le traitement des vents d’Armide, 1777) mais c’est lui qui, avec le ballet Don Juan (1761), met en musique le mouvement Sturm und Drang qui relie la Symphonie n° 39 de Haydn (1767) et la 25e de Mozart (1773), formidable appariement.

Souple, délicat, pulsant, le chef a montré une grande maturité dans l’art de créer une dynamique interne très élastique aux phrases musicales sans jamais les brusquer par des à-coups ou des effets.

Karina Gauvin a montré, dans Gluck et Mozart, à quel point sa voix s’était élargie. En volume et en tessiture (graves) le rôle de Vitellia est un défi pour elle, mais le parcours vocal de la chanteuse impressionne, avec une tenue impeccable, qui plus est en sortir de pandémie. Elle s’est fait plaisir avec l’air de Despina (Così) chanté en bis.

Festival de Lanaudière Les Violons du Roy — Nicolas Ellis.

Samedi 24 juillet au Festival de Lanaudière. Vivaldi. Sinfonia de L’Olimpiade. Durante : Concerto pour cordes no 8 en la majeur « La Pazzia ». Boccherini : Quintette à cordes en do majeur G. 324, « La musica notturna delle strade di Madrid ». Piazzolla : Fuga y misterio, Las Cuatro Estaciones porteñas (arr. Desyatnikov). Soliste : Kerson Leong.

Dimanche 25 juillet. Haydn : Symphonie n° 39. Mozart : Symphonie n° 25. Airs d’Armide de Gluck et La clémence de Titus de Mozart. Soliste : Karina Gauvin.

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