Des retrouvailles intimes au Festif de Baie-Saint-Paul

Cette édition exceptionnelle du Festif permet de voir, dans des décors amicaux, 45 artistes dont un Michel Rivard ou un Vincent Vallières (photo) en solo dans un champ.
Photo: Caroline Perron Cette édition exceptionnelle du Festif permet de voir, dans des décors amicaux, 45 artistes dont un Michel Rivard ou un Vincent Vallières (photo) en solo dans un champ.

Pendant des mois, les organisateurs y croyaient à peine, mais la douzième édition du Festif de Baie-Saint-Paul se matérialise bel et bien, et jusqu’à dimanche, dans la petite municipalité de Charlevoix. Une déclinaison musicale entièrement en extérieur, sous le signe de retrouvailles intimes et de découvertes de secteurs inédits de la ville pour camper le décor.

En à peine plus d’une décennie, le Festif est parvenu à donner une nouvelle couleur aux festivals musicaux des régions du Québec, avec ses spectacles surprises annoncés à la dernière minute, ses sites changeants en constante évolution d’une édition à l’autre, et avec une programmation en bonne partie gratuite qui flaire bien souvent les nouveaux talents.

Or, plusieurs de ces éléments distinctifs n’étaient tout simplement pas envisageables cette année, reconnaît le directeur général et artistique du festival, Clément Turgeon. « On sait depuis longtemps qu’on ne pourrait pas reprendre le même concept et les mêmes sites qu’à l’habitude. On a donc choisi de s’amuser avec le choix de nos sites et la scénographie », résume-t-il.

Photo: Caroline Perron La scène au quai de Baie-Saint-Paul est de retour cette année, avec le Saint-Laurent en toile de fond.

La vaste majorité de la dizaine de scènes sont d’ailleurs situées dans des lieux qui n’avaient pas ou peu été utilisés lors des éditions précédentes du Festif : une maison abandonnée, un champ où les spectateurs sont assis sur des bottes de paille, le « pit à sable » de la municipalité, « la cour de Johanne » (une habitante de Baie-Saint-Paul), un parc où sont disposées des caisses de pommes vides devant une scène habillée de branches d’arbres sommairement élaguées, etc.

Cette édition exceptionnelle du Festif permet donc de voir, dans ces décors amicaux, 45 artistes, dont un Michel Rivard ou un Vincent Vallières en solo dans un champ, Louis-Jean Cormier, Marie-Pierre Arthur, The Barr Brothers ou Beyries dans un parc, Steve Hill dans un « pit à sable » et Elisapie sur le quai de Baie-Saint-Paul, avec le Saint-Laurent en toile de fond. « Je voulais qu’on retrouve la signature du Festif, avec les découvertes, les valeurs sûres, etc. Mais on voulait choisir les sites pour que ça cadre bien avec les artistes. On veut aussi que les gens ne remarquent pas trop la distanciation, que leur expérience soit agréable et originale », explique Clément Turgeon.

Formule intime

Cet effort d’originalité et de dépaysement permet également de mieux contrôler l’affluence, qui peut aisément dépasser les 35 000 festivaliers. « Même si on pouvait accueillir jusqu’à 5000 personnes, on a décidé de ne pas faire ça. Le plus gros site peut recevoir 500 personnes, mais pour les autres, on parle de 150 à 250 personnes. On a décidé de garder la formule assez intime », explique Clément Turgeon.

Pour Louis-Jean Cormier, qui aligne les festivals en ce deuxième été sous le signe d’une pandémie qui s’estompe, du moins au Québec, le sentiment de retrouvailles longtemps souhaitées est bien concret. « Les festivals des différentes régions du Québec ont toujours représenté quelque chose de fort pour nous, comme artistes, et après des mois de spectacles virtuels, revivre ces événements, avec tout le travail qui est fait par les organisateurs, c’est extraordinaire. On sent aussi que les gens ont vécu un manque et maintenant, c’est comme si la soupape lâchait. J’ai l’impression que c’est un souvenir qui va demeurer très fort pendant longtemps. »

Photo: Jay Kearney Beyries a présenté les pièces de son plus récent album, «Encounter», sur une scène habillée de branches d'arbres sommairement élaguées.

« J’ai vu l’évolution des étapes de déconfinement et je me souviens qu’au début de la tournée, c’était plus difficile. C’est donc agréable de retrouver un début de normalité. On arrive à oublier les règlements pendant ces festivals. À Tadoussac, on avait une belle impression de normalité, même chose à Petite-Vallée », ajoute celui dont le plus récent ajout à sa feuille de route musicale, Le ciel est au plancher, est sorti en avril, à peine un an après Quand la nuit tombe. Il a donc ajouté deux albums à son répertoire pendant la pandémie. « Et j’avais hâte de transposer ces deux albums sur scène », souligne-t-il.

La bande des sept de Comment Debord, qui a notamment été découverte grâce au Festif, trépignait également d’impatience de pouvoir décliner enfin sur scène son premier album homonyme, paru à l’automne 2020.

« L’esprit communautaire de notre groupe cadrait mal avec la pandémie et l’isolement. C’est donc un soulagement de pouvoir se retrouver sur scène et voir des gens chanter les paroles de nos chansons », résument le chanteur et guitariste Rémi Gauvin et la guitariste Karolane Charbonneau.

Même si l’édition de cette année affiche pratiquement complet (avec environ 17 000 billets vendus) et que les artistes se sont aisément laissés convaincre d’y participer, Clément Turgeon espère que cette année 2021 sera celle de l’exception.

« On espère un retour à la normale et je suis déjà en train de discuter avec des artistes internationaux. Il faut aller vers ça. C’est ce qu’on a déjà en tête », laisse tomber le directeur général du Festif.

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