Ce n’est que partie remise au FEQ

 Emma Proulx, chanteuse, guitariste et compositrice de Men I Trust
Photo: Marc-Antoine Hallé  Emma Proulx, chanteuse, guitariste et compositrice de Men I Trust

« Normalement je ne jase pas beaucoup, mais là, c’est bizarre, j’ai le goût de jaser ! » Emma Proulx, chanteuse, guitariste et compositrice de Men I Trust, n’avait pas donné de concerts depuis dix-huit mois, « ’fait que j’ai le shake ! », a-t-elle échappé en tendant à l’horizontale sa main tremblante. Son concert hier soir au Festival d’été de Québec représentait plus que des retrouvailles avec le public qui lui a tant manqué, car c’était aussi le signal d’un nouveau départ : le trio lancera le 25 août un nouveau disque intitulé The Untourable Album avant de justement partir en tournée nord-américaine le 16 septembre.

Pour sa soirée de clôture, le Festival d’été de Québec (FEQ) jouissait d’une exclusivité : Men I Trust, formé de Dragos Chirac, Jessy Caron et Emma. Un groupe originaire de la Capitale, qui a le vent en poupe et qui s’en venait tester ses nouvelles chansons devant public. Actif depuis sept ans, le trio est parvenu à toucher un auditoire international avec la sortie de son album Oncle Jazz en 2019 ; difficile de résister à son alliage de pop rêvasseuse à synthés et de new wave à guitare mis aux services de chansons moins simples qu’elles n’y paraissent à la première écoute.

En concert, on n’a d’yeux que pour Emma au centre de la scène, guitare électrique dans le cou. L’émotion contenue dans un filet de voix feutré, elle chante souvent les yeux fermés, ce qui en dit beaucoup à propos de l’ambiance des grooves de Men I Trust. On ne voit qu’Emma pourtant bien entourée, le guitariste et compositeur Jesse Caron à ses côtés donnant à sa guitare de nouvelles textures et de nouvelles couleurs à chaque chanson. La section rythmique invitée avait juste la bonne touche, groovy sans être appuyée. Ne manquait à ces retrouvailles que le compositeur et claviériste Chirac, en convalescence depuis un accident de moto. On imagine qu’il sera remis sur pied à temps pour la tournée.

Là où Men I Trust se démarque, et encore plus sur scène que sur disque, c’est dans sa facilité à maquiller la panoplie d’influences musicales qui le nourrissent derrière des orchestrations envoûtantes et le charme discret d’Emma. Sa dream pop se nourrit de soul, de r&b, de rock, de jazz-lounge, de pop électronique. Le groupe passe d’une ballade souriante à un rock taciturne sans s’égarer.

Aux chansons connues des fans, les Lauren, Numb, Seven ou I Hope to be Around (celle-là chaudement applaudie par les festivaliers), le trio a intégré quelques nouvelles de l’album à paraître. Sugar est l’une d’entre elles : aussi coulantes que les autres, mais insistant davantage sur les références pop-rock des années 1980, et pourvue d’un des plus efficaces refrains que le trio nous ait offerts. Plus tard, Always Good, autre nouvelle, ramenait Men I Trust dans ces ambiances jazzées qui leur vont si bien, alors que Jesse s’est accordé un long solo de guitare comme on en entendait peu dans le répertoire du groupe.

Geoffroy au rendez-vous

Samedi soir dernier, 19 h 30, devant la boutique souvenir du FEQ sur Grande-Allée, deux cents personnes s’étaient agglutinées pour entendre un chouchou du festival, l’auteur-compositeur-interprète Geoffroy. Hors de la salle du Manège militaire et en catimini, le festival a réussi à organiser des concerts-surprises tous les soirs, comme en pied de nez au coronavirus. Le truc était de l’annoncer à la toute dernière minute sur les réseaux sociaux, histoire de ne pas provoquer des rassemblements trop importants…

En clôture du festival hier, Geoffroy s’est confié : n’eût été la pandémie, il aurait donné cet été son plus important concert en carrière, sur les Plaines d’Abraham, en première partie de Vance Joy et Jack Johnson. « Ce n’est que partie remise ! », a-t-il promis aux festivaliers qui l’ont découvert ici sur une scène extérieure avant de le retrouver au Pigeonnier l’année suivante.

Photo: Marc-Antoine Hallé L’auteur-compositeur-interprète Geoffroy

Men I Trust plus tôt diffusait une ambiance pop tamisée, Geoffroy lui a ouvert la machine. Entouré de quatre excellents musiciens, le musicien s’est d’abord muni d’une guitare, nous enlaçant avec l’intense et langoureuse Come Around, faisant grimper la tension avec When Everything is Gone, puis nous reposant sur le groove, vaguement reggae, de By the Water — trois chansons tirées de son dernier album 1952, paru il y a deux ans. Tout comme le succès How You Feeling Now ?, applaudi à tout rompre dans la dernière étape de l’habile concert, pourtant son premier avec l’orchestre complet depuis deux ans !

Or, Geoffroy aussi a profité de la pandémie pour écrire du nouveau matériel, a-t-il annoncé. Son prochain album devrait paraître « à la fin janvier », mais plus chiche que Men I Trust, il a gardé ses cartes dans sa manche. Sauf une : l’acoustique Cold War, parue il y a trois semaines, austère mais très belle, introspective parce que, a-t-il dit, « j’ai eu beaucoup de temps pour réfléchir » ces derniers mois, notamment sur l’état du monde, comme le souligne le vidéoclip accompagnant la chanson.

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