Le Festival de Lanaudière arrive à point

Le chef d'orchestre québécois Jacques Lacombe
Photo: Agence BigJaw Le chef d'orchestre québécois Jacques Lacombe

Jacques Lacombe dirigeait l’Orchestre symphonique de Montréal dans le second concert du Festival de Lanaudière samedi soir, une soirée conclue par la 5e Symphonie de Beethoven, à nouveau couronnée d’un grand succès populaire.

Dans la programmation initialement publiée, le concert de Jacques Lacombe devait être la soirée inaugurale du Festival de Lanaudière 2021. En annonçant le 5 juillet la présence, la veille, de Kent Nagano, les organisateurs ont évité que le retour de l’ancien directeur musical ne phagocyte le concert du chef québécois. Les deux soirées ont donc affiché complet, ce qui, avec les normes sanitaires, représente au bas mot 1500 personnes sur le site.

Programme avisé

Dans un préambule cette fois exemplairement succinct, le directeur artistique, Renaud Loranger, qui prolongeait le mot de bienvenue du directeur Xavier Roy, remerciait avec tact Jacques Lacombe pour son implication et sa première présence au festival après 17 ans. On aurait juste rapidement ajouté, puisqu’il n’y a pas de notes de programmes (sauf à Bourgie) en ces temps pandémiques, la clé du lumineux propos esthétique : Leonore III du Fidelio de Beethoven, opéra de la séquestration-libération ; les Métamorphoses de Strauss sorte de « hamster en cage musical » sur le doute, l’accablement, le retour en soi et, en rédemption ultime, la 5e de Beethoven comme allégorie du triomphe du génie humain.

Il était une nouvelle fois fascinant de percevoir l’attention du public, même dans les Métamorphoses, œuvre complexe pour 23 cordes, programmée tous azimuts lors de la « 1re vague pandémique » alors que les orchestres cherchaient quelles œuvres jouer avec distanciation de 2 mètres. On a notamment en mémoire ce bouleversant premier concert à Paris, en juin 2020, dirigé par Kent Nagano à Radio France qui possédait toute la subtile souplesse onctueuse dans les passages de mélodies et d’attaques entre les voix et qui exacerbait les phénomènes de houles et ressacs. Le concert est accessible sur YouTube en guise de comparaison avec la solide mais peu frémissante et moyennement émouvante prestation de samedi.

Un besoin

La partie Beethoven était plus convaincante. L’amphithéâtre se prêtait particulièrement bien à l’appel de trompette hors scène signifiant la libération de Florestan, par l’engagement courageux et forcené de sa femme, Leonore. La fièvre et la jubilation de leur amour sont célébrées dans l’emballement final de l’ouverture. L’œuvre faisait plaisir à entendre en la circonstance, de même que la 5e Symphonie, que Jacques Lacombe avait dirigée dans le « concert pour transistors » (et klaxons) au stationnement de l’aéroport, idée semble-t-il lucrative pour l’OSM. Heureux, donc, d’entendre « en vrai » cette version sans défauts de logique, avec un 2e volet au temps très judicieux (plutôt allant) et à la transition vers le Finale rendue efficace et claquante par les baguettes sèches du timbalier.

Plus qu’un concert en particulier, ce sont davantage les deux soirées (le concert de Kent Nagano était commenté sur nos plateformes numériques dès samedi) et la rencontre entre la musique et le public que l’on retient. Est-ce l’offre « vivante » de l’OSM depuis fin mars, réduite à un concert de retrouvailles dirigé par le chef assistant, une (excellente) soirée pour cordes du genre I Musici élargi, la version II du « concert pour transistors » dans les voitures et un accompagnement de pianotage, qui avait frustré les amateurs ? Ou le moment présent qui s’y prêtait particulièrement ?

En tout cas, Lanaudière 2021, en pouvant accueillir 1500 spectateurs, a une place et une importance très particulières dans la relance de l’écosystème de la musique vivante.

La COVOD-19 emporte Graham Vick

Le coronavirus continue à tuer, et le monde de l’art lyrique a perdu, samedi, l’un de ses plus grands metteurs en scène, l’Anglais Graham Vick, 67 ans. La mort de Graham Vick est un choc au pire moment, car Vick était une vraie conscience du métier. Ce n’est pas par opportunisme tardif, mais pas conviction profonde qu’il pensait que son art se révélait lorsqu’il pouvait s’adresser à « des gens et à des peuples de tous les aspects de la ville, de tous les âges, de toutes les ethnies et de tous les milieux sociaux ». En résidence à Birmingham, mais engagé sur toutes les scènes, Vick n’hésitait pas à monter de l’opéra dans des usines et des entrepôts. En 2018, il avait choqué l’Italie au Festival des Arènes de Macerata en confrontant les spectateurs à la nouvelle politique de leur pays montrant, par exemple, un bulldozer rasant un camp de migrants. L’engin remplaçait, dans La flûte enchantée, le dragon. Lors du confinement, nous vous avions recommandé The Ice Break, de Michael Tippett, mise en scène visionnaire de 2015 intégrant des émeutes raciales et l’incommunicabilité entre les êtres et entre l’Est et Ouest. Ces temps-ci, le site Operavision diffuse sa mise en scène de Lady Macbeth de Mtsensk, l’un des grands opéras du XXe siècle. Parmi les grands classiques mis en scène par Vick disponibles en DVD on signalera, Tamerlano, de Händel, à Madrid en 2008, et Lucia di Lammermoor, avec Stefania Bonfadelli et Marcelo Alvarez.

Festival de Lanaudière

« Première fin de semaine ». Beethoven : Leonore III, Symphonie n° 5. Strauss : Métamorphoses. Orchestre symphonique de Montréal, Jacques Lacombe. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, samedi 17 juillet 2021.



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