Kent Nagano ovationné par le public de Lanaudière

Le public, très heureux de retrouver Kent Nagano, lui a réservé une ovation debout à son entrée.
Agence BigJaw Le public, très heureux de retrouver Kent Nagano, lui a réservé une ovation debout à son entrée.

La COVID l’avait privé d’adieux dignes de ce nom à Montréal, ses quatre programmes, au printemps 2021, s’étaient tournés à huis clos, mais Kent Nagano aura au moins eu la chance de rencontrer un public enthousiaste lors de ce concert ajouté en dernière minute à la programmation 2021 du Festival de Lanaudière.

L’assouplissement des règles subséquent à la vaccination massive a permis la venue du chef et la présentation de la 4e Symphonie de Mahler, jamais jouée à Lanaudière auparavant.

Le public, par ailleurs très heureux de retrouver la musique en concert n’a pas attendu la fin du concert et lui a réservé une ovation debout à 20 h 21, dès l’entrée en scène du chef après un interminable panégyrique du directeur artistique Renaud Loranger.

Une « tradition » ?

Au hasard de nombreuses digressions éblouies, qui auraient plutôt été du ressort des administrateurs de l’OSM, ce dernier a notamment évoqué l’instauration par Kent Nagano d’une tradition mahlérienne sur un terrain vierge en la matière.

C’est oublier un peu vite que Wilfrid-Pelletier a été inauguré par Zubin Mehta avec la Symphonie Titan ; que la Résurrection reste un des mythes du règne de ce dernier ; que Franz-Paul Decker dirigeait Mahler et que Charles Dutoit a dirigé lui-même toutes les symphonies de Mahler (sans compter celles confiées

aux chefs invités), le Chant de la Terre, Das Klagende Lied et on en passe. Par ailleurs la 8e Symphonie avec l’OSM, où Eliahu Inbal s’était substitué à Dutoit, est l’une des heures de gloire du Festival de Lanaudière,

Quant à un savoir-faire spécifique, inculqué au plus haut degré, on n’en a rien entendu vendredi, dans un concert plus qu’honorable, mais pas inoubliable, où ça craquait plusieurs fois aux entournures dans les ensembles ou entre des groupes d’instruments notamment au milieu du 2e volet.

Photo: Agence BigJaw

Excellent choix vocal

Kent Nagano a opté pour une vision fourmillante, émerveillée, en mettant bien en évidence les timbres, parfois volontairement poussés ou caricaturés, notamment des vents.

Dans ce contexte Andrew Wan (avec son violon volontairement désaccordé dans le 2e mouvement et ses pizzicatos mordants) et le flûtiste Timothy Hutchins ont été les individualités marquantes de la soirée. Parmi les curiosités, il y avait aussi la prestation du timbalier Andreï Malashenko, étrangement plus tranchant et tonitruant qu’habituellement sous la direction de Kent Nagano.

Le chef a abordé le mouvement lent sur un tempo d’adagio. Il est indiqué poco adagio, mais la majorité des chefs optent pour la lenteur et l’ensemble était bien conçu et tenu.

On ne peut que souscrire au choix d’Hélène Guilmette pour le solo final. La voix est la bonne, mais il manque au texte de l’incisivité sur les consonnes (le mot « kein » commence par un « k »). Cela dit, les choix vocaux des chefs sont si souvent erratiques que l’on préfère de légers flous quant à la prononciation à un timbre hors sujet.

Le concert débutait par le Prélude à l’après-midi d’un faune, magnifiquement incarné par Hutchins. Très bonne animation progressive du mouvement par Kent Nagano, même si on peut aller encore plus loin pour installer au cœur de l’œuvre une sorte de fièvre. Debussy y indique d’ailleurs « même mouvement et très soutenu », mais nombre de chefs ralentissent parce que c’est beau…

De nombreuses personnalités assistaient à ce concert d’ouverture : les ministres de la culture et du tourisme, divers députés provinciaux et fédéraux, édiles locaux ainsi qu'Isabelle Brais, épouse du premier ministre. Enfin, la possibilité accordée par la santé publique d’occuper toutes les rangées avec deux sièges de libres entre les groupes de spectateurs placés en quinconce faisait se sentir à un concert quasi normal. Par contre, les vieilles habitudes reviennent vite : les toux qui avaient totalement disparues des salles pendant dans les quelques concerts tenus devant public, ont réapparu comme dans l’ancien temps, notamment sur l’extinction sonore ultime.

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