Des écoles du rock pour garder la «flamme allumée»

Lancée au début de l’été, à Verdun, l’École du rock de Montréal propose aux jeunes de 7 à 17 ans de découvrir l’univers de ce style musical. Sur la photo, Maolie Lacombe au chant, Ophélie Séguin à la basse et Noëlle West à la guitare, plus tôt cette semaine, lors d’une session musicale.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Lancée au début de l’été, à Verdun, l’École du rock de Montréal propose aux jeunes de 7 à 17 ans de découvrir l’univers de ce style musical. Sur la photo, Maolie Lacombe au chant, Ophélie Séguin à la basse et Noëlle West à la guitare, plus tôt cette semaine, lors d’une session musicale.

Mort, le rock ? Les jeunes s’y intéressent peu depuis belle lurette, préférant aux solos de guitare électrique les tubes de Drake ou de Dua Lipa. Le style musical n’est pas près de disparaître pour autant, transmis d’une génération à l’autre par des passionnés nostalgiques qui ont créé leur école du rock.

« J’aimerais qu’on arrive à redonner le goût aux jeunes d’écouter et de jouer du rock. Parfois, je me mets à rêver un peu et je me dis qu’on pourrait revivre un retour du rock comme on ne l’avait pas vu depuis longtemps », lance au bout du fil Patrick Mainville, la voix légèrement enterrée par les riffs qui résonnent autour de lui.

Le musicien a lancé au début de l’été un nouveau camp musical estival qui propose aux jeunes de 7 à 17 ans de découvrir l’univers du rock. L’École du rock — nommée en l’honneur du film éponyme de 2003 mettant en scène Jack Black — est située dans l’arrondissement de Verdun à Montréal, dans les studios de répétition Musicopratik, qui appartiennent à M. Mainville.

Les jeunes participants sont rassemblés en petits groupes en fonction de leur âge et de leur niveau et se mettent dans la peau d’une rock star le temps d’une semaine ou plus. Ils choisissent leur rôle (batteur, bassiste, guitariste, chanteur ou claviériste), leur nom de groupe et leur logo. Ils enchaînent ensuite les répétitions encadrées par des coachs musicaux dans le but de présenter un spectacle et d’enregistrer leur musique en studio.

« Dans un groupe de rock, chaque membre est important et fait fonctionner le groupe, souligne Patrick Mainville. C’est ça qu’on veut transmettre aux jeunes, au-delà d’apprendre à jouer d’un instrument. On veut les encourager à s’exprimer, à prendre leur place et à écouter les autres. »

D’autres passionnés du rock ont développé des projets similaires dans les dernières années. Plusieurs camps de jour apprennent déjà aux jeunes à jouer de la guitare électrique en se jetant genoux au sol comme une vraie rock star. On retrouve même certains camps rock pour les filles et les jeunes de genre non binaire.

À Québec, les musiciens Jean-Sébastien Boies et Frédéric Gagnon ont créé l’école du rock Amplisson il y a une douzaine d’années. Ils y offrent des activités parascolaires en lien avec la musique rock aux jeunes et moins jeunes, en plus de proposer des camps d’été.

C’est sans oublier l’école primaire le Roseau à Chicoutimi, qui se transforme depuis cinq ans en École du rock un après-midi par semaine en proposant aux élèves différents ateliers pour les transporter dans cet univers musical.

Sauver le rock

Si ces initiatives ont toutes été lancées dans le but premier de rassembler les jeunes, les aider à développer leurs talents musicaux et leurs aptitudes sociales, elles sont aussi nées de la volonté de leur faire découvrir le rock. Le style musical qui a marqué plusieurs générations dans la deuxième moitié du 20e siècle a grandement perdu en popularité depuis une quinzaine d’années. Les jeunes carburent désormais au rap et à la musique pop.

« Évidemment si tu demandes à des jeunes ce qu’ils veulent jouer, ils répondent tous du Imagine Dragons, note non sans une pointe d’exaspération dans la voix, Jean-Sébastien Boies de l’école Amplisson. On cherche donc à ouvrir leurs horizons, on leur fait découvrir les Rolling Stones, Nirvana, les White Stripes et bien d’autres. Ils embarquent à fond. »

À l’École du rock de Montréal, les apprentis rockeurs ont pour leur part droit à une leçon d’histoire chaque soir de camp pendant 45 minutes. « The Doors, Led Zeppelin, Metallica, The Red Hot Chili Peppers : on leur parle et on leur fait écouter les bands qui ont marqué l’histoire et notre jeunesse », explique M. Mainville.

À l’école du Roseau à Chicoutimi, Maxime Desrosiers, le professeur d’anglais derrière l’initiative d’École du rock, se fait aussi un devoir de parler aux élèves des différents groupes qui ont marqué les esprits. Il leur enseigne aussi l’origine du style musical et ne manque pas d’aborder les groupes féminins qui ont aussi fait leur place dans le milieu même s’ils sont souvent moins connus.

De l’avis du musicien, qui joue encore dans le groupe rock Mordicus, les écoles et les camps rock sont devenus essentiels au Québec. « Le rock, c’est quelque chose qui va toujours rester. Mais si personne ne garde la flamme allumée, ça peut s’éteindre très rapidement. Nous, on s’assure en quelque sorte que ça n’arrive pas, on passe le flambeau », souligne-t-il.

Ces initiatives vont permettre de faire de ces jeunes des adultes qui ont connu et apprécié le rock dans leur jeunesse même si ce n’était pas le style de musique le plus populaire à ce moment-là.

« Je suis vraiment content personnellement de réussir à transmettre ma passion. J’en vois qui quittent le primaire et continuent à jouer du rock. Certains se partent même un band. Alors on sait jamais, je suis peut-être en train d’enseigner au prochain Malajube sans le savoir », lance M. Desrosiers en riant, mais plein d’espoir.

Un retour

Bien que son groupe Mordicus soit encore actif, ayant sorti un simple Fiasco à gogo ce printemps, il mesure à quel point le rock a reculé sur la scène musicale. Il croit toutefois fermement à son retour au sommet des palmarès d’ici quelques années. « C’est cyclique, pense M. Desrosiers. Les jeunes vont finir par s’écœurer du rap et à un moment donné de nouveaux groupes de rock vont émerger avec quelque chose qui va les rejoindre. Comme on l’a vu dans les années 2000 avec The Strokes ou The White Stripes. »

Chose certaine : le rock est toujours vivant et continue d’évoluer sur une scène plus underground. « En région, il y a pas mal de groupes locaux très jeunes qui font du rock. On a encore d’excellents musiciens au Québec, le niveau est élevé et c’est ça qui va faire la différence. La qualité qu’on a atteinte va permettre d’en voir certains sortir du lot à un moment donné, j’en suis sûr », insiste de son côté Sébastien Collin, le fondateur de la Ligue Rock.

À voir en vidéo