Entre joie et soulagement au Festival de la chanson de Tadoussac

Une poignée de festivaliers se sont réunis pour une heure de musique avec l’auteur-compositeur-interprète Gab Bouchard (à droite) au bar Le Gibard, mardi, lors du Festival de la chanson de Tadoussac.
Photo: Philippe Ruel Une poignée de festivaliers se sont réunis pour une heure de musique avec l’auteur-compositeur-interprète Gab Bouchard (à droite) au bar Le Gibard, mardi, lors du Festival de la chanson de Tadoussac.

Après un été 2020 sans festival et des mois d’incertitudes sur la suite des choses, le traditionnel rendez-vous musical de Tadoussac est vécu cette année comme celui du grand soulagement pour beaucoup d’artistes, mais aussi pour les festivaliers, même si l’édition qui marque ce retour est évidemment un casse-tête pour les organisateurs.

Les foules sont moins importantes qu’à l’habitude, la formule s’étire sur une dizaine de jours qui accueillent forcément différentes vagues de festivaliers, mais pour le directeur général du Festival de la chanson de Tadoussac, Julien Pinardon, l’essentiel est là : le festival a bel et bien lieu.

« On a prouvé que c’était possible de le faire, même si on est une très petite équipe », se réjouit celui qui admet que le scénario « catastrophe » de l’annulation a été présent jusqu’à la dernière minute, en raison des risques que pose toujours la pandémie. « Il a fallu tout repenser le festival, de A à Z. On a dû repenser les salles, les jauges, le système de billetterie, la circulation dans les loges et sur le terrain, etc. Mais surtout, on a dû composer avec une plus grande incertitude, plus de stress et une prise de risques encore plus grande qu’à l’habitude. Depuis que le festival est lancé, ça va bien, mais dans les derniers mois, ç’a été difficile. »

Heureusement pour l’organisation, le public a répondu présent, même si la formule est moins dense et généreuse qu’à l’habitude. Au lieu d’un éventail de spectacles condensés en quatre jours, dont plusieurs prestations présentées simultanément, cette 37e édition offre un menu musical qui s’articule principalement autour de deux fins de semaine, en plus de quelques spectacles entre les deux.

Les festivaliers rencontrés sur place avaient tout de même très hâte de reprendre contact avec la musique « en présentiel », après plus d’une année sans spectacles autres que virtuels. « La réponse du public est très bonne. On le sent dès que les lumières s’éteignent : les gens sont heureux d’être là. Au spectacle des Trois Accords, la fin de semaine dernière, on sentait que les gens étaient contents. Ils vivaient quelque chose de spécial », résume Julien Pinardon.

Qu’il s’agisse de la plus grosse scène, devant laquelle peuvent se réunir un maximum de 160 personnes dans l’église du village, d’une poignée de festivaliers réunis pour une heure de musique avec Gab Bouchard dans un petit bar du village, ou alors de quelques dizaines de personnes rassemblées devant une scène en plein air, on a pu constater que la réaction s’avère pour le moins enthousiaste. Et malgré la météo parfois capricieuse entre le fjord et l’estuaire du Saint-Laurent, les spectacles présentés essentiellement en extérieur, dans différents lieux de Tadoussac, affichaient déjà « complet » avant l’ouverture.

Photo: Philippe Ruel Gab Bouchard a présenté deux spectacles au festival, dont un dans un petit bar bien connu de Tadoussac.

« Décharge émotive »

Plusieurs artistes à l’affiche de l’édition 2021 ont aussi manifesté, sans retenue, leur joie lors de leur passage sur scène. « Ça m’a fait pleurer. Comme un enfant qui se fait chanter bonne fête et qui se met à pleurer. Ça m’a rappelé à quel point c’est spécial de se regrouper et de se mettre sur la même fréquence, en même temps », a notamment souligné Marie-Pier Arthur, une habituée du festival qui se retrouvait cette fois sur la grande scène de l’église.

« Il y a beaucoup d’électricité dans le fait de retrouver les gens. C’est une grosse décharge émotive. On est dans les retrouvailles et même si les salles sont à capacité réduite, c’est extrêmement valorisant de savoir que les gens sont au rendez-vous », a aussi fait valoir Mara Tremblay, en entrevue au Devoir au lendemain de son spectacle.

La réponse du public est très bonne. On le sent dès que les lumières s’éteignent : les gens sont heureux d’être là.

 

« J’ai pris le temps de me reposer durant la dernière année, j’ai vécu comme tout le monde avec la situation. Mais aussitôt qu’on remet les pieds sur scène, on se dit : c’est vraiment là que je suis bien. Je ne m’en passerais pas », ajoute celle qui a repris la route récemment, pour quelques dates estivales.

Même son de cloche du côté de Klô Pelgag, dont le troisième album, Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, est sorti en juin 2020, en pleine pandémie. « On est encore plus conscients de notre chance et de la beauté de tout ça. On est à broil. Et contrairement à une tournée où tu ferais 200 shows, avec le défi de se réinventer avec le même spectacle, là, on est vraiment dans l’idée de vivre la beauté de ces moments de scène. Ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé », disait-elle avant son spectacle, l’un de ses premiers cette année.

À une époque où la hargne est selon elle beaucoup trop présente, notamment à travers le prisme des réseaux sociaux, Klô Pelgag estime que la musique et les spectacles jouent plus que jamais un rôle de « travailleur essentiel ». « La musique est hyper rassembleuse. C’est à la fois intime et collectif. Et même si tu vas voir le spectacle d’un artiste dont tu connais déjà bien l’album, vivre le moment en live, c’est une tout autre expérience. Ça amène une tout autre dimension. La musique et l’art servent à apaiser les âmes. C’est essentiel. »

Photo: Philippe Ruel Klô Pelgag vient tout juste de reprendre la route, après la pause forcée de la pandémie.

Après avoir été forcée de mettre sur pause cette vie culturelle qui anime plusieurs régions du Québec, Mara Tremblay espère d’ailleurs qu’on pourra tirer des enseignements positifs des répercussions de la crise actuelle. « Je crois que le soutien des gouvernements aux festivals et aux événements du même genre doit être au rendez-vous. Je n’aurais jamais passé à travers de la pandémie sans musique et c’est le cas de bien du monde. Notre esprit s’évade à travers la musique et on a tous nos disques de réconfort. Mais si les artistes n’ont pas les moyens de continuer à faire leur métier, il va y avoir moins de musique. »

Julien Pinardon, lui, souhaite surtout que cette édition 2021 soit celle de l’exception, même s’il estime que dans le contexte actuel, les plus petits festivals, comme celui de Tadoussac, ont pu plus aisément adapter leur formule. Et les artistes ont répondu présents sans hésiter, ajoute-t-il, qu’il s’agisse de nouvelles têtes en émergence ou de noms bien connus comme Louis-Jean Cormier, Patrick Watson et Ariane Moffatt.

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