Les voix féminines à l’honneur au FINA

Meryem Saci (à gauche) et Carine au Micro sont en vedette au Festival Nuits d’Afrique. Derrière elles, un «bogolan», un tissu fait à la main et orné de motifs traditionnels.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Meryem Saci (à gauche) et Carine au Micro sont en vedette au Festival Nuits d’Afrique. Derrière elles, un «bogolan», un tissu fait à la main et orné de motifs traditionnels.

« Le 8 juillet, je donnerai mon premier vrai concert, devant potentiellement un vrai public ! » dit, emballée, Meryem Saci, l’une des quatre têtes d’affiche du spectacle Rythmes au féminin, présenté au National lors du 35e Festival international Nuits d’Afrique. Un premier concert en chair et en os, en espérant que l’ère de la webdiffusion soit bel et bien terminée : « Le public nous a manqué », assure Carine au Micro, qui partagera cette scène avec ses collègues. « Tous ceux qui ont pour passion de se présenter devant les gens pour exprimer leur art, je pense qu’ils sont ravis du déconfinement. »

Nous pouvions compter sur l’organisation du Festival international Nuits d’Afrique (FINA) pour redonner à Montréal ses airs estivaux. L’année dernière, elle avait repoussé à l’automne la tenue de sa 34e édition en raison des restrictions imposées par la Santé publique durant la belle saison. Manque de pot : la quinzaine de concerts prévus au National, au Gesù et au Balattou avaient finalement dû se tenir sans spectateurs, forcés à se reconfiner. Pendant que les autres grands événements (Festival international de jazz de Montréal, Francos de Montréal, entre autres) miseront sur une édition minceur automnale, le FINA fonce en affichant 20 concerts du 6 au 18 juillet, en plus d’activités extérieures gratuites au Parterre du Quartier des spectacles, du 13 au 18 juillet.

Si le Bal de l’Afrique enchantée, projet d’orchestre dansant fondé par l’ex-animateur de France Inter Soro Solo, fait office de spectacle anniversaire (quoique diffusé sur le Web le 6 juillet, sur Facebook) du 35e FINA, c’est la soirée Rythmes au féminin, avec Saci, Carine au Micro, Chipo et Flavia Nascimento, qui, par son envergure et la qualité des voix réunies, fêtera le plus spectaculairement ce festival essentiel à la vie estivale montréalaise.

 
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Meryem Saci, l’une des quatre têtes d’affiche du spectacle Rythmes au féminin, présenté au National lors du 35e Festival international Nuits d’Afrique

« L’organisation m’avait contactée il y a deux mois pour ce projet, en espérant avoir le feu vert de la Santé publique pour pouvoir présenter ce spectacle devant public », relate Meryem Saci, autrice-compositrice-interprète, membre de l’éminent collectif Nomadic Massive, qui insuffle à sa musique R&B/hip-hop les couleurs musicales de ses racines algériennes. « Je trouvais que c’était vraiment sympathique comme idée, cette soirée réunissant des voix d’ici qui représentent le continent africain. »

Saci, Flavia Nascimento, Chipo Nyambiya (d’origine zimbabwéenne) et Carine au Micro prépareront chacune 25 minutes de chansons avant de conclure toutes ensemble. « Je pense que le Festival a voulu souligner que, de plus en plus, les femmes issues du continent africain ou de la diaspora ont décidé de se mettre en avant et de mettre en avant leur culture », perçoit la musicienne pop « tradi-contemporaine » béninoise Carine au Micro, qui mijote un nouvel EP à paraître dans les prochains mois.

On a bien besoin d’un spectacle comme celui-là. Les femmes sont partout en musique, il faut leur donner une place. Quand j’ai commencé ma carrière, c’était encore un milieu très masculin. J’ai toujours eu des hommes guitaristes et bassistes, mais là, on trouve plus de batteuses et de femmes à la basse à Montréal — si bien que j’aurais voulu pouvoir engager que des femmes pour m’accompagner sur scène, mais ça tombe bien, elles n’étaient pas disponibles, déjà toutes engagées.

Pour sa part, Flavia Nascimento est excitée comme une puce à l’idée de remonter sur les planches en si bonne compagnie : « Ça fait deux semaines qu’on a commencé à déconfiner ? Ça fait deux semaines que ça n’arrête plus ! » dit la musicienne et comédienne, jointe à Québec où, en tant que membre de la compagnie Théâtre de l’Aubergine, elle est mandatée pour faire de l’animation dans une douzaine de parcs de la capitale.

« C’est vrai que je travaille beaucoup au théâtre, mais pour moi, la musique, c’est le plaisir suprême ! Ça n’a pas toujours été ainsi : je viens d’une famille de musiciens, alors plus petite, moi, j’ai choisi le jeu. Mais en vieillissant, petit à petit, je me suis rapprochée de la musique », dit la musicienne d’origine brésilienne, qui a lancé un premier album en 2015 et qui, plus récemment, a rappelé sa voix souriante à notre bon souvenir en collaborant avec Poirier sur Me Leva, une chanson de son excellent album Soft Power (2020).

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La chanteuse Carine au Micro

« On a bien besoin d’un spectacle comme celui-là, insiste-t-elle. Les femmes sont partout en musique, il faut leur donner une place. Quand j’ai commencé ma carrière, c’était encore un milieu très masculin. J’ai toujours eu des hommes guitaristes et bassistes, mais là, on trouve plus de batteuses et de femmes à la basse à Montréal — si bien que j’aurais voulu pouvoir n’engager que des femmes pour m’accompagner sur scène, mais ça tombe bien, elles n’étaient pas disponibles, déjà toutes engagées. »

« L’idée n’est pas de cesser de jouer avec des hommes, mais c’est bien parfois d’avoir un concept tout féminin comme celui des Nuits d’Afrique, réunissant quatre personnalités différentes qui se réuniront à la fin pour un numéro en groupe. Je suis très heureuse de pouvoir vivre ce moment, c’est signe que l’on commence à avoir une place — non pas une place privilégiée, seulement la place qui nous revient et pour laquelle il fallait lutter auparavant. Le monde a fini par “catcher” ! »

Le spectacle Rythmes au féminin sera présenté au National, le 8 juillet, à 20 h, dans le cadre du 35e Festival international Nuits d’Afrique.



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