Venez manger au Malewa avec Jay Jay

Jay Jay nous accordait sa première entrevue en carrière... tout juste après avoir terminé sa dernière journée à l’école primaire.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Jay Jay nous accordait sa première entrevue en carrière... tout juste après avoir terminé sa dernière journée à l’école primaire.

Suffit d’écouter une seule fois le refrain de la chanson Malewa pour y reconnaître un vrai hit. La dégaine du rappeur, son entrain sur la rythmique d’inspiration drill, sa prosodie percutante, ses rimes qui se fixent en permanence entre nos deux oreilles : « Malewa Malewa / Viens manger au Malewa / Tu veux quoi, tu veux quoi / Paye en cash ou Visa / Il y a ci, il y a ça / Riz, pondou et cola ! » En moins de deux semaines, le clip atteignait plus de 50 000 visionnements. Toute une entrée en matière pour la nouvelle star du rap québécois Jay Jay, qui nous accordait mercredi dernier sa première entrevue en carrière… tout juste après avoir terminé sa dernière journée à l’école primaire.

Alors, Jay Jay, c’est le début de vacances ? « Enfin ! Et l’année prochaine, j’entre au secondaire ! » s’emballe le jeune ado, attrapé en visioconférence. « J’ai hâte, ça va faire changement de découvrir un nouvel endroit », l’école secondaire Jean-de-Brébeuf, où il est inscrit au programme sport-études, concentration basketball. Et t’as des plans pour tes vacances ? « Ouais : je fais enregistrer des sons ! J’ai plein d’idées pour de nouveaux sons ! »

Des sons, il y en déjà a sept tout chauds sur son premier minialbum, Bloc 2000, du nom de l’emblématique immeuble à logements de la rue Le Droit profilant l’horizon du quartier St-Pie X de Limoilou. Le convaincant album paru hier chez Disques 7ième Ciel comprend quelques collaborations, dont la chanson Incompris Incompris avec les Montréalais Tizzo et Shreez et Feu rouge avec un autre enfant du quartier, Souldia, qui a pris Jay Jay sous son aile.

C’est son grand frère qui l’a initié au hip-hop, raconte-t-il en citant l’influence du trio Migos, du Parisien Koba LaD et la jeune sensation $NOT, mais laissons Jay Jay nous raconter son incroyable parcours : « J’ai pu commencer à rapper grâce à Izzo [ami rappeur du quartier] et Bilo da Kid [Sami, son jeune imprésario]. Moi, j’avais tous ces textes, alors un jour, ils m’ont dit : “Il faut aller en studio.” Dans la chambre de Sami, on a juste pris un petit beat sur YouTube. Après, je me suis amélioré, et là, on est allé dans un vrai studio pour enregistrer un son qui s’appelle Bloc 2000 », avec lequel s’ouvre le minialbum.

« Sami le trouvait chaud, alors on l’a présenté à Souldia — et c’est là qu’on s’est vraiment rencontrés. Il m’a fait signer un contrat avec ma mère et tout ça, et il m’a dit : “On va aller à Montréal faire un album”. Au début, ma mère ne comprenait pas et elle voulait parler à Souldia, et après, elle a dit oui. » Sa maman s’appelle Jeanine, on peut d’ailleurs entendre sa voix sur la chanson Malewa, du nom de l’épicerie-resto qu’elle a ouverte en 2017 sur l’avenue Eugène-Lamontagne.

Jeanine a fui la République démocratique du Congo en 2006 pendant la guerre pour s’établir à Québec, où est né Jay Jay. « Dans la chanson [Malewa], Jay Jay dit qu’il vient du Congo, mais ce n’est pas vrai : il est né ici, au CHU ! » rigole Jeanine au téléphone. Elle est très fière de son fils « et en plus, il a fait de la publicité pour sa maman chérie ». Jeanine confirme que le succès de son fils a attiré de nouveaux clients au Malewa : « Les gens appellent pour commander de la viande de chèvre et demandent c’est quoi le foufou », un pain à base de farine de manioc, cuit vapeur, qu’on mange avec des sauces riches et goûteuses comme le pondou, sorte de ragoût de légumes.

Jeanine assure que plus jeune, Jay dansait et chantait tout le temps : « Il a déjà remporté des certificats à son école primaire pour le meilleur danseur et chanteur ! Je savais qu’il aimait ça, le rap, c’est son talent, mais lorsqu’il a vraiment commencé à prendre ça au sérieux, je lui ai dit : “Jay, il faut étudier, et si tu travailles bien à l’école, ta récompense sera de pouvoir aller rapper.” »

Jay Jay parle de sa mère comme étant sa « reine ». « Ma mère, c’est tout pour moi. Ta mère, c’est ta queen. Tu dois toujours l’écouter… même quand ça te fait chier ! » Il lui dédie une superbe chanson sur Bloc 2000, minialbum en hommage aux amis, à sa famille et à son quartier : « On est tous des frères, ici, assure le rappeur. On se connaît tous. On peut s’aider entre nous, on est là les uns pour les autres. Et le bloc 2000, il faut qu’on en parle. Tout ce qui se passe de spécial dans le quartier, c’est là — dans les sous-sols parfois, il y a des DJ et on fait la fête. »

Bloc 2000 de Jay Jay est disponible maintenant sur étiquette Disques 7ième Ciel.

  

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