Un été festivalier de transition pour les mélomanes

«Cette saison ne ressemble à aucune autre et elle n’est possible que grâce à l’enthousiasme et à la flexibilité des artistes et ensembles canadiens», a résumé Renaud Loranger, directeur artistique du Festival de Lanaudière.
Photo: Festival de Lanaudière «Cette saison ne ressemble à aucune autre et elle n’est possible que grâce à l’enthousiasme et à la flexibilité des artistes et ensembles canadiens», a résumé Renaud Loranger, directeur artistique du Festival de Lanaudière.

Bien mieux que rien et bien loin de la normale : le cœur de la saison festivalière classique débute en fin de semaine à Orford et au Domaine Forget, alors que le Festival de Lanaudière se mettra en branle le 17 juillet. Quels sont les contours de ces manifestations en 2021 ?

La pandémie est venue mettre sens dessus dessous un métier régi par les planifications à long terme. L’un des gros points d’interrogation dans la planification festivalière, outre la présence du public, tenait à la quarantaine des artistes en visite. L’incertitude a amené les organismes à opter pour la sécurité et à choisir les artistes locaux. Le circuit international des tournées est loin d’être rétabli. Notre été festivalier sera donc québécois. Mais, au moins, il existera autrement que par des succédanés virtuels.

Coup d’envoi ce soir

La formule choisie par Orford Musique est celle du dédoublement des concerts compensant la perte de capacité de la salle due à la distanciation des spectateurs. Selon les règles en vigueur désormais, les spectateurs sont à 1,5 m et, comme en août et septembre derniers, le masque peut être retiré durant le concert. Le centre d’arts devrait ainsi pouvoir accueillir 120 personnes par spectacle.

Le coup d’envoi, samedi à 16 h 30 et à 19 h 30, reste modeste puisque confié à un enseignant de l’Académie, l’excellent contrebassiste solo de l’OSM Ali Kian Yazdanfar. Les compositeurs Desenclos et Oscher fourniront un divertissement musical aux mélomanes des environs.

Dans Charlevoix, le Domaine Forget, dont la salle va être réduite à une capacité similaire, y va dans une veine locale mais bien plus festivalière. Le concert d’ouverture, à 20 h, avec Les Violons du Roy dirigés par Nicolas Ellis, affiche Karina Gauvin en soliste dans des airs de Gluck et les deux airs de La clémence de Titus de Mozart chantés récemment au festival Classica. Nicolas Ellis dirigera la Symphonie no 39 de Haydn et la 25e de Mozart. La soirée est aussi offerte en formule « souper concert » et sera accessible en webdiffusion du 30 juin au 14 juillet.

Le Domaine fait coup double avec la présence de Marc Hervieux, dimanche à 15 h, pour un après-midi de chansons. Il sera suivi par Gregory Charles le 3 juillet, un programme « L’air du temps » présenté aussi à Orford le samedi suivant.

La tonalité générale de la saison festivalière 2021 tend à proposer un peu moins de concerts. De ce point de vue, le festival Classica, qui a fait feu de tout bois avec une vingtaine de concerts purement classiques à Saint-Lambert, fait figure d’exception. Les diffusions Web de ces concerts démarrent ce jour et jusqu’au 11 juillet. On suivra également le calendrier des webdiffusions décalées des quelques concerts de Montréal baroque des 18 et 20 juin.

L’esprit de bouillonnement du festival Classica sera quelque peu prolongé par les Concerts Lachine, qui, sous la houlette de Richard Turp, présenteront des concerts gratuits du 3 au 25 juillet. En ouverture, le 3 juillet, Nicolas Ellis dirigera une version réduite de la 4e Symphonie de Mahler. Huit concerts et deux concerts hors série au parc Riverain se succéderont jusqu’au 25 juillet, parmi lesquels Caprice le 5 juillet, le Quatuor Andara le 6, Stéphane Tétreault le 10, Cameron Crozman le 14, Charles Richard-Hamelin le 25. Un hommage vocal au grand mécène et amateur d’Art lyrique Noël Spinelli sera rendu le 24 juillet.

Tout en fins de semaine

« Cette saison ne ressemble à aucune autre et elle n’est possible que grâce à l’enthousiasme et à la flexibilité des artistes et ensembles canadiens », a résumé Renaud Loranger, directeur artistique du Festival de Lanaudière, en présentant l’édition 2021 qui se déclinera en quatre fins de semaine à partir du 17 juillet.

L’OSM et Jacques Lacombe ouvriront les festivités avec les Métamorphoses de Strauss, Leonore III et la 5e Symphonie de Beethoven. Le lendemain, le Chœur de l’OSM chantera un concert a cappella.

Cette même fin de semaine, le Domaine Forget programmera Lorraine Desmarais samedi et Stéphane Tétreault dimanche, alors qu’Orford accueillera le Studio de musique ancienne (le vendredi), pour un hommage à Josquin des Prés, et le Trio Taurey Butler (samedi).

La fin de semaine du 23 au 25 juillet sera tripartite à Lanaudière, avec Les Grand Ballets canadiens, dansant en première mondiale une chorégraphie d’Andrew Skeels sur le Requiem allemand de Brahms, suivis des Violons du Roy dirigés par Nicolas Ellis, avec Kerson Leong dans les Quatre saisons de Vivaldi et Piazzolla, samedi, et accompagnant Karina Gauvin dans leur programme Haydn-Mozart-Gluck, dimanche. Au même moment, Orford Musique accueillera André Laplante, le vendredi, dans un programme Mozart et Liszt, et les jeunes virtuoses vainqueurs du Prix Orford 2020, samedi.

Ce sera un gros week-end au Domaine Forget, avec une soirée de musique de chambre Mozart autour du piano de Yannick Nézet-Séguin le vendredi (webdiffusion à partir du 28 juillet) et le premier concert de Bramwell Tovey en tant que chef invité principal de l’OSQ.

Concertos de Beethoven

Jacques Lacombe sera le héros du troisième week-end de Lanaudière. Deux concerts avec l’OSM sont au programme : Concert champêtre de Poulenc, associé à la 1re Symphonie de Prokofiev et à la 104e Symphonie de Haydn, vendredi 30 juillet ; Pelléas et Mélisande de Fauré, Symphonie en do de Bizet et Concerto pour violoncelle de Saint-Saëns le samedi. Un seul concert à Orford cette fin de semaine là : les chants de gorge d’Oktoécho, samedi. Quant au Domaine Forget, il accueillera le Trio Taurey Butler qui s’était présenté à Orford précédemment.

C’est lors du week-end final que Yannick Nézet-Séguin fera son entrée à Lanaudière. Il est vrai que son mois de juillet aura été chargé avec l’intégrale des Symphonies de Beethoven dans les Festivals européens à la tête de l’Orchestre de chambre d’Europe, des prestations enregistrées pour une prochaine parution discographique Deutsche Grammophon.

Poursuivant dans la veine beethovénienne, le chef donnera en deux concerts, les 6 et 7 août avec Marc-André Hamelin, l’intégrale des cinq Concertos pour piano. Le dimanche, en clôture, il dirigera la Symphonie « Du Nouveau Monde » de Dvorák, la création d’une œuvre de la Canadienne Barbara Assiginaak et lesFresques de Piero della Francesca de Martinu. Cette fin de semaine là, Dominique Fils-Aimé chantera à Orford et Jacques Lacombe dirigera l’OSQ à Forget.

Lanaudière ne proposera que cinq concerts de semaine dans des églises, assurés par le Quatuor Molinari et Catherine Perrin, la claveciniste Mélisande McNabney, Charles Richard-Hamelin, la soprano et pianiste Rachel Fenlon et le duo Charles Richard-Hamelin et Andrew Wan.

Forget et Orford tireront leur rideau à la fin de la semaine suivante : Orford avec Jean-Marie Zeitouni et I Musici ; le Domaine Forget avec Charles Richard-Hamelin et Marie-Nicole Lemieux. Cette dernière abandonnera après 10 années son rôle de porte-parole flamboyante du festival. Notons qu’entre le 7 et le 14 août aura lieu le festival Concerts aux Îles du Bic, ouvert par Mathieu Gaudet et clos par Magali Simard-Galdes.

Il reste encore quelques gros morceaux à dévoiler. Lundi, le Festival d’opéra de Québec rendra publique sa programmation. On peut déjà dire que la manifestation se tiendra du 27 juillet au 7 août, qu’il n’y aura ni opéra ni opéra en version concert, mais qu’un concert lyrique se tiendra au Grand Théâtre.

L’autre grand point d’interrogation tient à la programmation estivale de l’Orchestre symphonique de Montréal. L’OSM dévoilera ses intentions le 7 juillet. Mais d’après les informations connues du Devoir, Rafael Payare devait initialement mettre un point final au Festival de Lanaudière le week-end du 14 et 15 août. Ce projet ayant visiblement périclité, quelle sera l’incidence sur ce qui suivait normalement cette venue du directeur musical à la mi-août ? Nous le saurons bientôt.

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