cache information close 

La pop bonbon passe au rythme Voulzy

Le père de Bubble star, Laurent Voulzy.
Photo: Jacques Grenier Le père de Bubble star, Laurent Voulzy.

«M. Voulzy va être un peu en retard, il est en train de se faire maquiller dans sa chambre.» Servie par la jeune fille responsable de l'horaire du chanteur, l'excuse a des tonalités plutôt troublantes: les vedettes internationales ne poussent tout de même pas le luxe jusqu'à se faire ravaler la façade avant une rencontre avec... un journaliste de la presse écrite? «Bien sûr que non! Mais pour les photographes qui vont avec, oui!», répond-elle.

Coquet et attaché à son image, ce Laurent Voulzy? À première vue, la chose ne semble pas faire de doute. Mais la médisance gratuite à l'endroit d'une huile de la communauté artistique ne passera finalement pas l'épreuve du premier contact...

À 56 ans pourtant, le chanteur français de passage à Montréal pour livrer ses toutes premières prestations sur scène au Québec a tout en main pour plastronner et, comme d'autres, pour faire subir à son entourage un ego démesuré, lui qui a accumulé dans sa carrière succès après succès et surtout, lui qui affiche une pérennité surprenante dans un univers qui se construit principalement sur l'éphémère.

Rockollection — la chanson de «la petite fille [qui] chantait» —, Les nuits sans Kim Wilde, Le Coeur grenadine, Le soleil donne, Belle-île-en-mer, Bopper en larmes, c'est lui. Plus récemment, Le Pouvoir des fleurs, c'est aussi lui. Et les musiques des chansons de son ami de longue date, Alain Souchon (qui est d'ailleurs le parolier de Voulzy), c'est encore lui.

Pour les trentenaires et plus, les mélodies de toutes ces pièces à l'eau de rose évoquent une foule de souvenirs lorsqu'elles se mettent en marche. Mais paradoxalement, de ce côté de l'Atlantique, le visage, tout comme le nom, de celui qui leur a donné vie, semble condamné à l'oubli.

Laurent Voulzy ne s'en formalise pas trop. «C'est facile à comprendre, lance-t-il avec une voix douce et un regard empathique. J'ai fait assez peu de tournées dans ma carrière. En ce moment, je termine ma quatrième tournée. Et le Québec n'avait jamais été au programme tout simplement parce qu'on ne m'avait pas demandé de venir.»

Radin sur les spectacles, en Europe comme ici, l'artiste l'est aussi sur ses compositions qu'il a distillées en 30 ans de carrière à la vitesse d'un escargot monté sur un système de freinage. Avec un résultat prévisible: cinq albums originaux lancés tous les six ans environ depuis Le Coeur grenadine en 1979, son premier succès. À cela s'ajoutent trois compilations, dont un album live et un dernier assemblage de titres passés intitulé Saison qui a justifié un voyage de promotion au Québec en mai dernier et une participation cette année au FrancoFolies.

Pour les mauvaises langues, la solution est facile pour se remettre un peu sur la carte, comme dirait l'autre. «Mais ce n'est pas du tout mon cas, dit M. Voulzy. Saison reprend pas mal de chansons de l'album Avril qui est toujours d'actualité et qui est toujours vivant. Je suis donc dans le temps présent avec cet album.»

La réponse n'est pas très convaincante. Mais elle essaye sans doute de dissimuler le côté perfectionniste du chanteur français à la lenteur créative légendaire. «Je cherche toujours à faire la chose la plus belle possible, lance-t-il. J'essaye de me surprendre moi même. Pour Avril, par exemple, je suis resté 40 mois en studio.»

Dans l'univers de la pop bonbon, il s'agit là d'une éternité. Mais la nature de Voulzy est ainsi faite. Et ce n'est pas faute d'inspiration, avoue celui qui se dit capable de «composer dans une salle de bain dans un quatrième sous-sol» ou encore dans une chambre d'hôtel de Montréal.

«Si je restais là une semaine, je suis sûr que j'aurais plein d'idées, dit-il. Je trouve que Montréal est une ville très inspirante. Ici, je suis totalement dépaysé. Tout est neuf pour moi: l'architecture est différente, l'esprit des gens aussi. Ça m'émerveille et ça me rend léger. Mais c'est toujours comme ça quand on change d'endroit d'ailleurs, on a toujours l'impression que le temps s'arrête.»

Naïf, attendrissant, chaleureux et émerveillé «par les petites et les grandes choses», Laurent Voulzy semble cultiver l'art de la simplicité avec sa dégaine d'adolescent qui tranche avec le statut de grand-père qui sied désormais à ce chanteur accompli — son fils de trente ans vient en effet d'être nouvellement papa. «Mais je reste tout de même avec le coeur jeune, précise-t-il. C'est un état d'esprit dans la famille. J'ai toujours été comme ça, ma mère et mon père aussi.»

Cette jeunesse éternelle, Voulzy l'entretien aussi au contact de ses successeurs dans le monde de la chanson, comme ceux de Star Académie, version française, par exemple, où il a récemment fait une apparition. Contre l'avis de ses enfants et de plusieurs de ses amis, dont Souchon. «Mais je ne regrette pas d'y être allé, dit-il. Même si je me suis posé beaucoup de questions. Ma maison de disques insistait, parce que les cotes d'écoute sont bonnes et que cela allait me permettre de me faire connaître auprès d'un public plus jeune», avoue-t-il candidement. Un objectif que le père de Bubble star ou encore de My Song of You devrait tenter d'atteindre d'ailleurs à Montréal avec les deux concerts programmés ce soir et demain au Club Soda.