Catherine Major -- La Grande Sophie - Le lot du festivalier: déçu ici, content là

C'aurait dû être la journée de Catherine Major. Deux heures avant son spectacle des FrancoFolies, elle recevait sa bourse de la Fondation du maire de Montréal pour la jeunesse (FMMJ), en tant que première lauréate d'un «nouveau concours visant à encourager la relève montréalaise», comme disait le communiqué. Encouragement qui, ajouté au prix Coup de coeur décerné par l'Académie Charles-Cros lors du dernier festival Alors... chante! à Montauban et la palme d'auteur-compositeur-interprète à Petite-Vallée, faisait forcément son effet et attirait moult spectateurs dans l'enclave de la scène «trad», rue Sainte-Catherine, angle Clark.

Curieux, je l'étais comme tout le monde. Si l'album — Par-dessus bord, paru plus tôt cette année — m'avait laissé sans grande impression, genre travail bien fait de première de classe se trouvant un brin trop bonne, le spectacle allait assurément justifier les accolades. Eh ben non. Au contraire, après dix minutes, ce qui m'agaçait légèrement sur disque m'énervait franchement en personne. Du talent, la mam'zelle en avait manifestement, bonne pianiste, chanteuse très capable, mais tout ça était mis au service d'un matériel plus que jamais révélé dans ses maladresses et, osons le mot, sa prétention. Entre l'ode à l'ouverture entre les peuples et les analyses du je-me-moi au microscope, les textes croulaient sous le poids de leur consternant sérieux, contrastant avec les arrangements jazzy plutôt légers. Pour un Knock out bien asséné, tout le reste me semblait indigeste. Plus qu'indigeste: c'était lourd comme on est lourd quand on croit qu'on a des vérités à dire et une planète à sauver. Pire, les présentations étaient si ampoulées qu'on finissait par prendre la Catherine en grippe. J'ai vu pas mal de gens partir: à la fin, c'était clairsemé. C'est monsieur le maire qui doit être fier.

Dix minutes plus tard au Parc des festivals, j'assistais au processus inverse. À chaque chanson, La Grande Sophie se gagnait des fans. Des gens qui, de toute évidence, ne savaient pas qui était cette grande sauterelle française et n'avaient jamais entendu un seul titre de ses trois albums, entonnaient les refrains à mi-course: Au début, Le Roi des tourbillons, On savait, Du courage, les airs commençaient inconnus et finissaient familiers. À la force du poignet. Il faut dire qu'elle n'y allait pas de main morte, la Marseillaise: ses «strummings» de guitare étaient plus que vigoureux, et son pied droit frappait une grosse caisse comme si elle bottait un derrière. Quand son groupe s'ajoutait, c'était bon comme Les Innocents à leur meilleur ou les Charlatans UK des premiers disques: de la pop britannique à la française, franchement irrésistible. Au Spectrum ce soir, avec Martin Léon en programme double, La Grande Sophie va bouter le feu. Une certaine Catherine Major devrait aller voir ça.
2 commentaires
  • Michel Parent - Inscrit 7 août 2004 12 h 05

    Avons-nous vu le même spectacle ?

    Je ne suis pas du tout d'accord avec votre évaluation de la performance de Catherine Major sur la scène Trad mercredi dernier. J'ai assisté à ce spectacle du début à la fin, j'y étais parce que j'ai beaucoup apprécié le disque de Catherine paru plus tôt cette année. J'ai aussi assisté à une quinzaine de spectacles au cours des Francofolies de cette année, celui de Catherine compte parmi mes beaux souvenirs. J'évite normalement de faire des comparaisons entre les spectacles mais plutôt de me mettre dans l'ambiance de l'oeuvre de l'artiste en question pour pouvoir en apprécier la version scénique. C'tait vrai pour le spectacle d'Yves Desrosiers et c'est vrai pour celui de Catherine. On n'écoute pas un spectacle de ce genre comme on le fait pour un spectacle de Vander ou de Prototypes et vice versa. Chacun a son style et c'est très bien comme celà.

    Pour en revenir au spectacle de Catherine Major, toutes, et je dis bien toutes les personnes autour de moi n'avaient que de bons mots à dire à la fin du spectacle. Je me trouvais à une dizaine de pieds de la scène et non pas complètement en arrière où les gens vont et viennent sans cesse. C'est basé sur les trois ou quatre cent personnes qui ont assisté au spectacle complet qu'il faut se fier, et non pas à ceux qui vont et qui viennent simplement par curiosité. L'oeuvre de Catherine est certainement plus intimiste que les spectacles normalement présentés en extérieur, je l'accorde, mais de là à insinuer qu'elle est prétentieuse, vous errez profondément.

    Qu'elle rêve d'air pur et d'une planète protégée n'est pas de la prétention, il s'agit plutôt d'une réelle constatation que la génération de 15-25 ans font de l'état dans lequel on est en train de leur laisser le monde. Dans mon jeune temps, les années 70, c'est surtout la guerre qu'on décriait avec les Lennon et autres artistes de l'époque. Etaient-ils prétentieux de vouloir nous réveiller à cette réalité et demander la paix ?

    En mettant en doute la personnalité d'une des plus talentueuses (et différentes) jeunes artistes du Québec, tout en mettant en doute le choix fait par la Fondation du Maire de Montréal pour la Jeunesse qui cherche à donner un coup de pouce aux artistes en émergence, vous remettez en question les choix faits par le jury du Festival de Petite Vallée en 2002, de même que par les membres de l'Académie Charle Cros qui ont choisi le disque de Catherine comme prix Coup de Coeur 2004.

    Vous avez très certainement le droit de ne pas apprécier ce que fait Catherine, mais de là à tomber dans la critique personnelle, il ne faut pas charrier !

  • Jean-François Beauchamp - Inscrit 7 août 2004 17 h 54

    Autre point de vue

    Mercredi soir, je suis aussi allé aux Francofolies. Ne connaissant pas les groupes qui jouaient en plein air, je n'avais pas d'attentes.

    D'après le programme, une femme qui se nomme Catherine Major chante à 19h et la description a l'air bien. Allons voir ça. Sur scène, je vois une femme qui nous dévoile son âme. Elle est là, totalement transparente, entièrement vraie. Elle vit ce qu'elle chante. J'écoute ses paroles. Elles ont du sens, même énormément de sens à mes oreilles. Elles sont actuelles et engagées. J'ai beaucoup voyagé, j'ai vu la planète sous plusieurs facettes et j'ai rencontré des gens de multitudes de cultures. « L'homme qui te ressemble » me va droit au coeur, « Swing la terre » suit la même trajectoire, tout comme la plupart de ses chansons. La musique est bonne. Je suis emballé. Une heure à l'écouter, c'est trop court.

    Voilà mes impressions. C'est vous dire, Monsieur Cormier, combien j'ai été étonné à la lecture de votre critique. Bien entendu, les goûts ne se discutent pas et il se peut que vous n'ayez pas aimé. Toutefois, la façon dont vous critiquez Catherine Major m'apparaît comme un coup bas. Vous le dites vous-même, vous l'avez prise en grippe et on le sent bien. C'est trop facile que d'utiliser la tribune que vous avez pour attaquer une personne parce qu'elle a bien réussi en classe et parce qu'elle a des convictions humanitaires et planétaires. Pour ce qui est des « analyses du je-me-moi au microscope », j'ai écouté et j'ai lu ses paroles, je n'ai rien trouvé de tel.

    Si c'était « clairsemé » à la fin de son spectacle, je n'en ai rien remarqué. En tout cas, quand je suis allé acheter son DC, il n'en restait plus beaucoup.

    Jean-François Beauchamp
    Montréal