FrancoFolies de Montréal - Anne Sylvestre, femme verticale

On devine, à constater l’ampleur de son oeuvre et comment elle a duré, que l’exigence créatrice d’Anne Sylvestre est sans compromis.
Photo: Jacques Grenier On devine, à constater l’ampleur de son oeuvre et comment elle a duré, que l’exigence créatrice d’Anne Sylvestre est sans compromis.

Les poètes n'ont jamais tout dit. Après une trentaine de disques (dont la moitié sont destinés aux enfants), quatre prix Charles-Cros (entre autres) et plus de 3000 concerts, Anne Sylvestre revient, sans âge, avec un nouvel album doublé d'un spectacle intitulé Les Chemins du vent, qu'elle donne encore ce soir aux FrancoFolies. Elle parle ici de l'album et du spectacle.

Quand il est question des «grands» de la chanson française, on cite invariablement les Brel, Brassens, Béart, Barbara et autres Ferré; ceux-là ont certes beaucoup apporté à la chanson française, mais Anne Sylvestre l'a enrichie tout autant. Femme verticale, droite face aux vents, aux marées et aux modes qui passent, Anne Sylvestre poursuit sa recherche poétique en chanson depuis des décennies avec une constance et une sincérité qui ne se démentent pas.

Les Chemins du vent, ce sont les chemins de traverse, ceux qui ne sont ni tracés ni prévisibles, les sentiers qui portent les pas, les routes buissonnières. Les 13 chansons qui composent l'album et une partie de son concert (elle les chantera toutes ce soir) sont tour à tour graves ou mordantes, drôles et légères. Elles s'inscrivent dans la suite du CD Partage des eaux sorti en 2000. Les oeuvres d'Anne Sylvestre ont toujours de la hauteur, même les plus légères. Elles sont si justes, si porteuses de parole qu'on a tout de suite envie de les réécouter.

C'est en grande partie à Montréal qu'elle a préparé ce tour de chant et ce disque; elle y vient régulièrement s'isoler pour écrire. «Les vibrations sont bonnes pour moi à Montréal. Et puis j'ai une amitié particulière pour le public québécois, qui m'apparaît multiple, jamais le même. Écrire est un acte qui demeure toujours difficile, même après toutes ces années. Je mène une bataille avec les mots et les phrases qui devient de plus en plus difficile à mesure que le temps avance, explique-t-elle. Pour rien au monde je ne voudrais repasser dans les mêmes chemins, redire des choses que j'ai déjà dites.»

On devine, à constater l'ampleur de son oeuvre et comment elle a duré, que l'exigence créatrice d'Anne Sylvestre est sans compromis. «J'ai commencé les nouvelles chansons en empruntant de fausses pistes, à partir de notes que j'avais prises et d'ébauches conservées au fil du temps... jusqu'à ce que je me rende compte que tout cela ne me mènerait nulle part. Alors j'ai tout jeté et je suis repartie de zéro, dans l'inconnu, en me posant plutôt la question: de quoi est-ce que j'ai vraiment envie de parler maintenant?» Le thème des chemins s'est imposé de lui-même, soutenu par l'idée du vent et de l'envol. «Le chemin évoque l'action de chercher sans jamais s'arrêter. C'est un peu comme dans la vie; les chemins ne sont pas toujours très droits, mais on finit par s'y retrouver, on suit sa ligne malgré tout. Au fond, je suis une nomade arrêtée, une pèlerine qui n'a jamais fait le chemin de Compostelle.»

Comme les trapézistes qui profitent du très bref moment d'apesanteur entre la montée et la descente du trapèze pour effectuer leurs mouvements aériens, Anne Sylvestre cherche le moment magique où tout semble possible, où l'on peut dépasser ses propres limites. Cela donne un album où l'on retrouve des chansons de réflexion, des chansons d'amour, d'autres pour pleurer et quelques-unes pour rire, «Car il est important de rire, pour l'équilibre!», ajoute-t-elle. «Par rapport à l'album Partage des eaux [qui a également été écrit au Québec], il le complète, il rejoint ce que je n'avais pas atteint dans l'autre. Il se situe dans la verticalité, alternant entre la profondeur et un mouvement vers le haut.» Elle les chantera toutes ce soir, ainsi que plusieurs autres. «Sur la scène, il y aura une balançoire, un objet qui me renvoie immédiatement à mon enfance.»

Au sommet de son art, Anne Sylvestre doute encore. Toujours. Ce n'est pas par hasard qu'elle a écrit l'irrésistible J'aime les gens qui doutent, qu'elle chantera peut-être ce soir, si on a un peu de chance Sa préoccupation majeure, c'est le métier: «Je l'exerce avec un grand bonheur et je le considère comme un grand privilège. Ce sont aussi mes enfants et mes petits-enfants, la personne que j'aime, les gens qui m'écoutent et qui me font confiance, ce qui m'investit d'une grande responsabilité.»

Anne Sylvestre, qu'on retrouve en concert ce soir au Club-Soda à 20h30 dans le cadre des FrancoFolies, reviendra au Québec pour une grande tournée qui la mènera dans plusieurs villes en janvier et en février prochains.