–M– au Spectrum - Maître meneur de jeu

C'était donc possible; hier, au premier de ces trois soirs à guichets fermés, Mathieu Chédid, alias -M-, est parvenu à faire entrer au Spectrum le mégaspectacle pour stade qu'il promène cet été dans toute l'Europe.
Photo: Jacques Grenier C'était donc possible; hier, au premier de ces trois soirs à guichets fermés, Mathieu Chédid, alias -M-, est parvenu à faire entrer au Spectrum le mégaspectacle pour stade qu'il promène cet été dans toute l'Europe.

Avouons-le: on avait un peu oublié que ça pouvait aussi être ça, tout ça, un spectacle de rock. Merci à Mathieu Chédid de nous l’avoir rappelé de si magistrale, de si jouissive et extraordinaire façon hier au Spectrum: oui, tout est possible sur la planète de son alter ego -M-. Et tout est permis à un artiste et à son public pour peu qu’ils s’allient, qu’ils fassent ensemble de ce rendez-vous d’affection réciproque qu’est un spectacle quelque chose d’unique et d’inoubliable. Quelque chose comme un happening.

Tout permis? Il y a longtemps que le rock n’est plus le lieu de l’excès et de la folie mais bien une chambre de commerce. Il faut remonter au début des années 70 pour retrouver un peu d’imagination débridée, dirait -M-, au temps du glam-rock des Bowie et des Gary Glitter. C’est à cette époque-là que renvoyait -M- avec son costume noir pailleté, son col à pointes géantes, sa chevelure en forme de «m» majuscule, sa guitare gonflable rose pour fond de scène et sa guitare en forme de fusée tombant du plafond. Les années glam à la puissance mille. Inspirant terrain de jeu.
Notez le mot: jeu. Quand il est -M-, Mathieu Chédid n’est plus seulement l’as guitariste qui accompagnait Sinclair, plus seulement l’auteur-compositeur de talent que ses chansons révèlent de plus en plus: c’est un gamin qui joue. Et qui entraîne l’auditoire dans ses jeux.
Ses jeux? Se prendre pour Jimi Hendrix, tiens. Il aime ça, -M-, et ne s’en prive pas. Au contraire, il en met jusqu’à jouer avec les dents, jusqu’à la caricature (un solo de gazou et guitare...). C’est aussi tomber à la renverse à la fin de Corn Flakes, comme ça, sans raison. Ou encore se livrer à une parodie de chorégraphie de «boys band» avec ses musiciens. Mais le type à tête d’Astro aime encore plus les jeux interactifs. Exemple simple: demander le silence complet à l’auditoire et attendre jusqu’à l’obtenir. Suspense intenable!
Ça pouvait aller loin, ces jeux, et ça y allait parfois joyeusement: un bon quinze minutes fut consacré à ce que -M- appelle des «gimmicks», ces trucs qui font que les chansons ne vous sortent plus de la tête. «C’est un peu notre récréation, a dit -M-, ça nous détend l’anus...» Chaque musicien proposa ainsi son «gimmick» préféré, allant du riff de Miss You à celui de Highway To Hell, en passant par une version de Y a qu’un cheveu sur la tête à Mathieu. Et puis -M- invita des spectateurs à faire «leur gimmick», ce qui nous valut un glorieux blues approximatif, merci aux dénommés Max et Rachel. Jeu dangereux frôlant le niaisage? C’était le risque, parfaitement assumé.
Évidemment, tout ça était possible parce que -M- joue génialement de la guitare, que ses musiciens sont formidables, et qu’il y a dans chaque chanson un refrain idéal pour le sing-along et les choeurs (Je vous dis aime, Qui de nous deux, tout se chantait). Ça fonctionne parce que son esprit ludique est une fascinante petite bête. Avec lui, d’accord. On joue. Autant qu’il veut. D’ailleurs, ce soir et demain, on jouera encore. Et c’est bien parce qu’il y un autre spectacle à 23h au Spectrum qu’on ne joue pas toute la nuit.