Festivals - Marie-Nicole Lemieux chante Brahms

C'est un concert événement que nous propose le Centre d'arts Orford dans le cadre de son festival, ce vendredi 6 août. Marie-Nicole Lemieux interprétera quatre cycles de mélodies de Brahms, un choix qui ne doit rien au hasard, puisque il est calqué sur le programme de son prochain disque, à paraître chez Analekta, enregistré le mois dernier. «Ce concert, c'est notre dessert, notre récompense», dit la chanteuse.

La production de Brahms en matière de lieder est assez différente de celle de Schubert. Si Schubert choisissait des poèmes de haute volée (d'où son goût pour Goethe), Brahms avait plutôt tendance à considérer que la musique devait apporter quelque chose à un texte. Un poème parfait se suffit à lui-même: «Ils [les poèmes de Goethe] sont tous tellement achevés, on ne peut rien y apporter avec de la musique» (à Georg Henschel, rapporté par Ludwig Finscher). D'où une sorte de «mission sacrée» confiée à la musique, ou, à tout le moins, une haute ambition pour le compositeur.

Autre caractéristique de Brahms: le regroupement en cycles de lieder qui n'ont pas grand chose en commun. C'est le cas surtout de l'Opus 69 choisi par Marie-Nicole Lemieux. On y saute du coq à l'âne, avec une composante populaire indéniable et des emprunts à des traditions et sources étrangères (Espagne, Slovaquie, Bohème). C'est ce que la chanteuse appelle l'«opus multiculturel de Brahms» et dans lequel elle sent en filigrane se profiler les Chants tziganes. Elle avoue aussi apprécier l'avant dernier Lied, Salomé, à consonances féministes.

S'agissant des Chants sérieux, opus 121, ils furent le terrain de la première rencontre musicale de Marie-Nicole Lemieux avec le pianiste Michael McMahon en 1998. L'Opus 121 est un cycle à part entière, lui. La chanteuse et le pianiste l'ont abondamment rodé lors d'une tournée pour les Jeunesses musicales: «C'est une grande réflexion sur la vie qui finit et sur l'amour qui est plus fort que tout. La douleur et la souffrance que renferme cette oeuvre sont d'une grande actualité.» Marie-Nicole Lemieux a bien raison: la réflexion «Mieux vaut ne pas être né» du second lied ne nous taraude-t-elle pas tous les jours à la télévision, en direct du Soudan?

Mais la chanteuse, qui a sciemment choisi de terminer son récital sur le plus ensoleillé Opus 69, ne veut pas plonger les auditeurs dans la sinistrose: «J'espère m'amuser: on va faire de la belle musique relax pour que les gens se sentent bien!» Avant l'Opus 69, elle abordera ainsi les deux fameux Gesänge op. 91, accompagnés par le piano et l'alto. Le premier, sur un texte de Rückert, est souvent traduit Nostalgie apaisée, même s'il renferme aussi l'idée d'une quête. Marie-Nicole Lemieux y voit «une idée de soulagement et d'apaisement. Il s'agit de savourer le moment présent.» Doux spleen aimé serait une traduction qui la ravirait: «Je mets beaucoup de douceur de lumière et de légèreté dans ce lied d'un climat "doré". Vous savez, je marche beaucoup avec les couleurs pour saisir l'abstrait dans la musique.» Suivra une berceuse très douce: «La mère voit son enfant dormir et dit à tous: "taisez-vous, mon enfant dort"; le sentiment maternel est inébranlable. L'amour maternel, inconditionnel.»

Un véritable kaléidoscope de sentiments donc, pour un répertoire qui devrait aller comme un gant à la chaleureuse mezzo à l'enthousiasme contagieux: «Vous savez, pour aimer Brahms, il suffit d'être humain!»

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MARIE-NICOLE LEMIEUX À ORFORD

Brahms: Six lieder op. 86, Quatre Chants sérieux op. 121, Deux lieder avec alto op. 91, Neuf lieder op. 69. Michael McMahon (piano), Nicolo Eugelmi (alto). Vendredi 6 août, 20h, salle Gilles-Lefebvre du Centre d'arts Orford. Conférence préalable au concert par Carol Bergeron à 19h.