Robert Robert, un auteur du quotidien aux sujets universels

Le compositeur et DJ Robert Robert, de son vrai nom Arthur Gaumont-Marchand, a réalisé durant la pandémie à quel point c’est «nice» de voir des gens et d’être là pour eux.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le compositeur et DJ Robert Robert, de son vrai nom Arthur Gaumont-Marchand, a réalisé durant la pandémie à quel point c’est «nice» de voir des gens et d’être là pour eux.

La pandémie aura transformé tout le monde, spécialement Robert Robert. Le compositeur électronique et DJ montréalais s’était fait un double prénom sur la scène house locale et internationale grâce à ses productions éditées par le label français Nowadays Records. Aujourd’hui, il change de cap : voici Silicone Villeray, un premier album de chanson pop francophone et électronique mettant à l’avant-scène sa voix qu’il qualifie de… blasée ! « C’est parce que je l’enregistrais dans le micro vraiment sensible de mon ordinateur, donc je n’avais pas le choix de chanter tout doucement. Ça a installé l’atmosphère du disque ! »

Sur MP3 pour les fleurs de printemps, Robert Robert passe au confessionnal, poussé dans le dos par une rythmique house aux synthés chatoyants rappelant les grooves nocturnes de son précédent album, Hoodie Bleu Ultra, paru en juillet 2020 : « Quand je regarde par la fenêtre / Champ de violettes et de marguerites / Elles poussent lentement au fil des ans / Peut-être plus vite que mes visites / Je passe trop de temps sur Internet / Je passe trop de temps sur la musique / C’est comme ça qu’elles vont me connaître / Les violettes et les marguerites », chante-t-il sur un ton presque résigné.

Violette et Marguerite

Ses petites sœurs se nomment Violette et Marguerite. Il avait écrit pour elles cette chanson avant la pandémie, à un moment où « j’étais tellement dans ma routine frénétique que je sentais que je ne prenais pas le temps de mieux les connaître — elles vont encore à l’école et habitent chez leur père. Je voulais partager avec elles ce que je n’avais pas eu l’occasion de leur dire ».

Sur scène, il s’appelle Robert Robert, mais ses sœurs l’appellent Arthur et, oui, il passe trop de temps sur Internet. En cela, la pandémie n’a rien arrangé : « Je pense quand même avoir réussi à retrouver un équilibre, mais en plus, je suis tout le temps en train de faire de la musique. J’ai commencé à composer de la musique à l’ordinateur et à être DJ quand j’avais seize ans, explique-t-il. J’ai tellement fait ça, tout le temps, qu’être forcé à prendre une pause m’a permis de prendre aussi du recul. Être DJ m’a manqué, mais ça m’a fait du bien. »

« Après, on s’interroge : “Que fais-tu de ta vie quand tout ce que t’as mis en place disparaît d’un coup ?” C’est une question que je n’avais jamais eu à me poser. La pandémie m’a donné une perspective », en plus de lui donner tout le temps libre dont il avait besoin pour faire ce nouvel album. Si Hoodie Bleu Ultra était une compilation de morceaux enregistrés exprès pour nourrir ses DJ sets, « parce que j’aime ça jouer des chansons exclusives que personne d’autre n’a », Silicone Villeray a été conçu avec une intention différente « ur le plan du texte et des histoires que j’avais envie de raconter ».

Silicone Villeray révèle un auteur du quotidien qui se raconte en touchant à des sujets universels. Il « joue à Sims et commande en ligne » pendant qu’il fait beau dehors sur la candide L’été je m’ennuie, qui ouvre l’album, puis se désole de l’ennui empoisonnant une relation amoureuse sur la ballade Manger des coups. Il chante à propos des « gens qui font la fête sans se casser la tête » sur l’impeccable et dynamique Les gens. « Ce que j’ai réalisé [durant la pandémie], c’est à quel point c’est nice de voir des gens et d’être là pour eux, explique Arthur. C’est quelque chose qu’on tenait pour acquis avant. Être avec les gens et faire la fête, ce n’est pas simplement qu’une échappatoire, c’est un privilège. »

Collaboration féconde

Robert Robert a eu le privilège de croiser sur sa route l’enfant terrible de la chanson rock québécoise, Hubert Lenoir, devenu coréalisateur de son album. Arthur raconte : plus l’album avançait, plus le musicien sentait le besoin d’un avis externe. Le réalisateur et multi-instrumentiste Félix Petit l’a conseillé et, retournant à Québec travailler sur le prochain projet de Lenoir, a emporté avec lui les maquettes d’Arthur.

« Hubert a entendu L’été je m’ennuie, ça lui a plu, il m’a contacté via Instagram pour me demander si j’avais besoin de quoi que ce soit pour finir ce disque, continue Arthur. J’avais full envie d’aller en studio avec lui et d’apprendre à le connaître, alors lorsqu’il est venu en studio à Montréal, je lui ai fait entendre la première version de La nuit se plaindre, il est arrivé avec plein de nouvelles idées. » Sur la version finale, Lenoir chante le refrain. Or, il a fini par laisser sa marque sur presque toutes les chansons du disque, tantôt aux chœurs, tantôt à la basse ou à la guitare, parfois à l’écriture des chansons, comme ce fut aussi le cas pour L’été je m’ennuie, à laquelle collabore également CRi.

« On a connecté ensemble parce qu’on valorise la musique de la même manière : toute musique peut être mélangée avec une autre », la chanson francophone et le house en ce qui concerne Robert Robert. « La musique n’est pas enfermée dans une scène ou un style. On aime la musique variée, ça a facilité notre collaboration. On partage la même vision. »

 

Silicone Villeray

Robert Robert, sur étiquette Chivi Chivi

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