La débandade du Quatuor Artemis? Pas si vite.

Le fameux Quatuor Artemis, l’un des quatuors dominants du dernier quart de siècle, a annoncé cette semaine la cessation de ses activités pour une période indéterminée.
Photo: Felix Broede Le fameux Quatuor Artemis, l’un des quatuors dominants du dernier quart de siècle, a annoncé cette semaine la cessation de ses activités pour une période indéterminée.

Le fameux Quatuor Artemis, l’un des quatuors dominants du dernier quart de siècle, a annoncé cette semaine la cessation de ses activités pour une période indéterminée. Depuis, ce sont quasiment des annonces mortuaires qu’on lit dans la presse et sur les sites spécialisés. Le Devoir a creusé l’affaire. Est-ce la fin de ce quatuor emblématique ? Loin de là…

Joint en Allemagne jeudi, l’altiste Gregor Sigl confirme d’emblée que la formation du Quatuor Artemis telle que constituée en janvier 2019 après le départ du violoncelliste fondateur Eckart Runge — dernier membre fondateur et âme vivante du quatuor — est démantelée. « L’année a été vraiment brutale pour tout ce que l’on sait. Mais il y a aussi des choses qui touchent à la santé, celle de nos proches, et qui doivent rester dans la sphère privée », explique-t-il. En pratique, le Quatuor Artemis, dans sa formation 2019-2021, soit Vineta Sareika, Suyoen Kim, Gregor Sigl et Harriet Krijgh, n’existe donc plus. Par contre, Vineta Sareik, qui le mène depuis 2012, et Gregor Sigl, qui en fait partie depuis 2007, restent détenteurs de la « marque » Artemis. « En pratique, nous sommes au même point qu’à la fin de 2018 [lorsque la 2e violon et le violoncelliste étaient à remplacer], mais la machine doit s’arrêter pour un temps », indique M. Sigl.

Impresariat Simmenauer, l’agent des Artemis, a contribué à la dramatisation de la situation en commentant « le cœur lourd », lundi 24 mai, la « pause d’une durée indéterminée » en ces termes : « Après un revers de trop, dans une période déjà agitée et difficile pour nous tous, il n’est pas possible pour le quatuor de planifier de manière fiable pour le moment. Cela marque également la fin de notre collaboration intensive de 24 ans avec le Quatuor Artemis. »

« Le quatuor sans fin »

Vineta Sareika, 1er violon des Artemis depuis 2012, attend son premier enfant cet été. La pause était, en soi, vitale. Elle se veut régénératrice. « Notre but est de continuer. Dans son histoire, le Quatuor a prouvé sa résilience et sa capacité d’intégration de nouveaux éléments. »

Si, depuis le départ d’Eckart Runge, le Quatuor Artemis, réuni à Lübeck en 1989, ne compte plus de membre fondateur, l’ensemble a survécu à de nombreux changements de musiciens et à des drames, comme le suicide de son altiste Friedemann Weigle en 2015. C’est Gregor Sigl, auparavant 2e violon, qui l’a remplacé à l’alto.

Ce n’est pas pour rien qu’un documentaire consacré aux Artemis s’intitule Le quatuor sans fin (Artemis : The Neverending Quartet). « Nous avons toujours réussi le mélange de tradition et de nouvelles énergies en apprenant de ces transformations. Car une nouvelle lumière portée sur les choses nous fait prendre conscience de ce qu’il faut changer. » Gregor Sigl se dit très heureux de la formation constituée en 2019. « En fait, tout a toujours très bien marché, mais avec une pression permanente. »

Dans son histoire, le Quatuor a prouvé sa résilience et sa capacité d’intégration de nouveaux éléments

Après le mot « brutal », c’est celui de « pression » qui revient : « La formulation de la “pause sans contrainte de temps” est claire et c’est la seule attitude honnête. La chose la plus importante était de ne nous mettre aucune pression, et donc d’écarter toute promesse liée à un calendrier de retour. Pendant ce temps, nous surveillons la scène culturelle, où les choses changent et vont continuer à changer. »

Peu à peu, quand les « incertitudes et points d’interrogation » se lèveront, Vineta Sareika et Gregor Sigl se promettent, aux dires de ce dernier, de « transmettre la tradition Artemis à une autre génération ».

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