Opération charme

Est-ce l'aisance désinvolte de sa chanteuse, la bouille sympathique de son bassiste ou sa pop-rock aigre-douce aux accents yé-yé? Sûrement un peu des trois. La formation française Prototypes a mené une petite opération charme hier sur la scène de la zone hip des FrancoFolies avec sa musique légèrement échevelée, aux couleurs de bonbon acidulé.

Sa pop-rock ne renouvelle pourtant pas le genre. Elle puise volontiers dans des airs des années 80, sans trop s'y complaire, et rue juste assez dans les brancards pour qu'on y adhère sans se compromettre. Elle s'en tient souvent à des paroles brèves, d'une simplicité et d'une efficace désarmantes. Son (anti)tube Danse sur la merde (qui passe à la radio) se réduit à deux phrases martelées à coups de guitare électrique, de basse et de batterie généreusement déployées. «Le message est passé j'espère», lance ironiquement, à la fin de la pièce, la chanteuse Isabelle Le Doussal. Et, merde ou pas, on a effectivement envie de danser...

Quand le texte s'allonge un peu, il mérite d'être écouté. Un brin engagé, mais jamais au détriment du pur plaisir de l'écoute, comme dans ces chansons qui dénoncent la société trop médicamentée (Médicalement) ou indolente (Décider): «Je ne veux plus rien décider / Je m'en fous, faites ce que vous voulez». Mais il mordille plutôt qu'il ne mord, ce band français, peut-être justement à cause de ses chansons esquissées, ou encore parce qu'on a du mal à associer l'accent franchouillard, conjugué au féminin, à un rock qui décape.

La chanteuse, à laquelle se joint harmonieusement la voix de Stéphane Bodin, contribue pourtant beaucoup à l'humeur rafraîchissante de Prototypes. Il faut dire que les deux mecs de la formation électronique Bosco (Stéphane Bodin et François Marché) qui ont décidé de lancer, en parallèle, l'aventure Prototypes, ont découvert Isabelle le Doussal sous son nom d'artiste Bubble Star. Elle livrait des performances à mi-chemin entre la musique et l'art contemporain dans des galeries. Avec ses petits bermudas aux motifs hawaïens et son déhanchement souple, elle incarne bien la star rock un peu rétro. Surtout avec le bassiste à ces côtés qui ne cesse de s'ébahir devant un public auquel il avoue naïvement et sans relâche son «attachement particulier». Ils reviendront en octobre, promet-il.

Un petit rappel avec ça? L'opération charme semble avoir fonctionné. Et ce n'est qu'un début puisque le groupe remet ça ce soir au Métropolis en compagnie de deux autres formations réputées pour brasser la cage sur scène: du Québec, les Breastfeeders, qui s'inspire de la pop française des années 60-70, et les Wampas, légende française du punk-rock.