Tété - Yves Marchand - Elista - Vincent Vallières - Guitares franches et gars sincères

Si ce n'était voulu, c'était certainement notable. Hier soir, un peu partout sur les scènes extérieures des FrancoFolies, des gars grattaient des guitares. Des acoustiques délicatement pincées, des électriques rageusement martelées, d'autres électriques perdues dans l'espace, et mêmes des acoustiques distorsionnées comme des électriques: on peut faire ce qu'on veut avec des guitares et des pédales, de nos jours, même du Hendrix avec une sèche de folksinger.

La preuve, c'est précisément ce que faisait Tété, le chanteur français né à Dakar qui se prend pour tous les héros de la musique rock afro-américaine, ce qui est quand même curieux quand on est un Français né à Dakar. Hendrix, Ben Harper, il les a tous incarnés durant l'heure qui lui était allouée sur la grande scéne Sainte-Catherine / Jeanne-Mance, et il a dûment rendu l'hommage de rigueur à Bob Marley, reprenant son Redemption Song en rappel. En toute sincérité.

Mais dans le genre authentique, je préférais nettement Yves Marchand, l'ex-Zébulon, l'as claviériste qui a fait exprès de se mettre à la guitare pour être moins sûr de lui, fragilisé volontaire qui déclinait ses douces mélodies et ses aveux candides dans l'enclave du «monde trad», plus à l'est sur la Catherine, angle Clark. «Moé j'suis un p'tit gars, / Un p'tit gars comme y en a eu pis y en aura», chantait-il pour la petite foule comme pour lui-même, surpris qu'on l'écoute au lieu de déambuler. S'il revenait de temps en temps au clavier pour faire le Zébulon, c'est le chansonnier avec le coeur sur la main et la guitare dans l'autre qui faisait le plus d'effet. Pendant E-a-o-ou (le chant des voyelles), seul le fiston Émilien, venu chanter le refrain du haut de ses six-sept ans, n'était pas ému.

Le rock du groupe français Elista, échantillonné sur le chemin du retour vers la grande scène et Vincent Vallières, était certes plus carré, affaire de riffs et de raffut, mais non moins honnêtement envoyé. Ce n'était jamais que cinq gars dans la vingtaine témoignant de la vie dans leur banlieue, mais il n'y avait pas plus de chiqué dans le boucan que dans le propos. Pas plus original avec son pop-rock tirant sur le folk, sorte de Richard Séguin du quotidien, Vallières était pareillement gagnant, foule acquise en plus: ses tranches de vie - la douce-amére Le temps passe, la printanière Juliette - sonnaient aussi justes que ses séquences d'accords de majeur en mineur, pas moins efficaces et senties parce qu'elles ne réinventaient pas la roue.

Au moment où j'écris ces lignes, à deux pas du journal, le groupe Le Nombre y va à son tour de son rock de guitares, dur et dru celui-là. Non, ce n'était vraiment pas hier le soir des machines et des grooves électroniques. Hier aux FrancoFolies, de bons p'tits gars grattaient leurs cordes sensibles.