Bayreuth polémique au sujet de Parsifal

Bayreuth — Bayreuth et son festival ne connaissent que deux types de scandale: celui que provoque la famille Wagner, qui, rituellement, se déchire sur l'avenir d'une manifestation-culte, ou celui que suscite le spectacle lui-même.

Cette année, c'est la mise en scène de Parsifal, donnée à l'ouverture de la 93e édition du festival, le 25 juillet, qui a provoqué les passions. À cause d'elle, Wolfgang Wagner, petit-fils du maître et directeur à vie du festival, Christoph Schlingensief, metteur en scène, et Endrik Wottrich, le ténor qui incarne Parsifal, s'affrontent en s'accusant mutuellement d'ignorance ou de racisme.

Soucieux de dépoussiérer quelque peu un festival guetté par l'immobilisme, Wolfgang Wagner n'avait pas craint de solliciter le Danois Lars von Trier et l'Allemand Christoph Schlingensief pour mettre en scène les oeuvres de son grand-père.

Estimant ne pas être en mesure de remplir sa tâche, le premier a déclaré forfait au mois de juin; le second, dont la mise en scène de Parsifal, sous la direction musicale de Pierre Boulez, devait ouvrir le festival, a continué son chemin, imposant sa conception d'une oeuvre dont la clarté du message n'est pas la principale qualité.

Venu du cinéma, Christoph Schlingensief a largement fait appel à la vidéo pour accompagner les chanteurs qui évoluent sur la scène; au retour d'un voyage en Afrique, il a brusquement engagé des figurants noirs pour évoquer le culte vaudou; un lapin a été installé sur la scène, les images d'un âne et d'une otarie ont été projetées sur les décors. Autant d'initiatives qui, ajoutées à la personnalité d'un metteur en scène peu habitué à s'en laisser conter, ont rapidement détérioré ses relations avec Wolfgang Wagner. Un mois avant l'ouverture du festival, les deux hommes ne se parlaient plus que par avocats interposés, le metteur en scène menaçant même de quitter Bayreuth.

Il n'en a rien fait. Le soir de la première, sa mise en scène n'a pas retenu tous les suffrages d'un public de notables, de diplomates, de responsables politiques et de dirigeants des Églises, mais, dans l'ensemble, les critiques lui ont fait plutôt bonne presse. Ce fut toutefois insuffisant pour apaiser les esprits ou empêcher les échanges de mots blessants. Bientôt, le ténor Endrik Wottrich assurait qu'il ne chanterait plus l'année prochaine, reprochant au metteur en scène une «abomination» qui traduirait une totale incompréhension de l'oeuvre de Wagner; Christoph Schlingensief, lui, accusait le chanteur de racisme pour avoir renâclé à l'utilisation de figurants noirs. Réplique de ce dernier formulée dans un entretien avec le journal local, le Nordbayerischer Kurier: «Ce n'est pas un cinglé comme M. Schlingensief qui va me dire ce que je dois faire».

Le 28 juillet, lors de l'assemblée annuelle de la Société des amis de Bayreuth, qui réunit les mécènes du festival, Wolfgang Wagner s'en est à son tour mêlé, réagissant vivement aux critiques de Christoph Schlingensief sur les moyens vidéo mis à sa disposition. Quelques invectives plus tard, la réunion était prématurément levée.

Aujourd'hui aura lieu la deuxième des six représentations de Parsifal annoncées pour cette édition. Contrairement à la première, cette représentation sera vue par un public de wagnériens sourcilleux, amateurs qui connaissent par coeur chaque note de la partition et chaque mot du livret. La polémique au sujet de la mise en scène de Christoph Schlingensief n'est sans doute pas terminée.