Musique classique - Danses populaires

C'est déjà la fin de saison pour les Concerts populaires de Montréal au Centre Pierre-Charbonneau. Pour sa deuxième année en tant que directeur artistique, Régis Rousseau a choisi d'éteindre les feux sous le signe de la danse. Si, le samedi 7 août prochain aura lieu le grand bal du 40e anniversaire des Concerts populaires, le concert final de demain devrait aussi donner des fourmis dans les jambes.

Difficile d'écouter assis, du moins dans la deuxième partie, le programme proposé par Yuli Turovsky et ses Musici. Il s'agit du mélange savoureux des deux derniers disques que l'ensemble montréalais a fait paraître chez Chandos: «Danses du coeur de l'Europe» et «Klezmer». Du premier, Yuli Turovsky a choisi les Danses folkloriques roumaines de Bartók, nées des recherches du compositeur hongrois sur la musique traditionnelle transylvanienne. Turovsky opte logiquement pour une transcription pour cordes de ces compositions initialement destinées au piano. L'autre oeuvre de la première moitié du concert est un corpus de 10 Chants et danses populaires arméniennes, dont l'auteur est Komitas (1869-1935), la grande figure de la musique arménienne (avant Charles Aznavour!) qui vécut une bonne partie de sa vie en Turquie, mais qui n'eut pas le temps d'influencer la jeune génération des musiciens turcs du XXe siècle, dont Ahmed Adnan Saygun est le porte-flambeau (vous pouvez découvrir les oeuvres par l'intermédiaire des disques CPO). Après le massacre des Arméniens commis par les Turcs en 1915, Komitas s'exila à Paris pour y mourir dans un hôpital psychiatrique. Les dix pièces sont un arrangement, à l'origine pour quatuor à cordes, d'oeuvres et mélodies célèbres puisant dans un répertoire de 3000 oeuvres en arménien, en arabe, en kurde et en persan écrites par Komitas.

Le klezmer, expression musicale associée aux juifs ashkénazes de l'Europe de l'Est, sera la vedette de la seconde partie. Musique traditionnelle, qui doit son nom à la contraction des mots hébreux «kely» (instrument) et «zemer» (mélodie), le klezmer est associé aux mariages et aux fêtes (rappelez-vous l'inénarrable scène avec Louis de Funès déguisé en rabbi Jacob!). Si les disques de klezmer se multiplient tous azimuts depuis les enregistrement de Giora Feidman, l'ancien clarinettiste du Philharmonique d'Israël, celui de Turovski défend un style un peu «symphonisé» de cette musique qui nous mène du rire aux larmes. Le magnifique et si contrasté Violin Doina, plage 13 du CD, sera d'ailleurs l'un des huit morceaux choisis par le chef pour le concert de demain. Après la musique russe, le baroque, Nino Rota et Broadway, le dépaysement est garanti.

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À écouter au disque: «Danses du coeur de l'Europe» et «Klezmer», par I Musici et Yuli Turovsky, chez Chandos.

CONCERTS POPULAIRES

I Musici de Montréal, direction: Yuli Turovsky. Îuvres de Bartók, de Komitas et oeuvres du répertoire klezmer (avec l'ensemble Kleztory). Centre Pierre-Charbonneau, demain à 19h30. (514) 872-7727.