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FrancoFolies de Montréal: Alain Bashung au Métropolis - Vertige de l'amour

Alain Bashung
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Alain Bashung

Bashung, là, sur la scène du Métropolis. Était-ce bien lui derrière ces lunettes fumées, sous cette chevelure laquée presque blanche? Mais si. Ce nez aquilin, ces lèvres minces et surtout cette voix — ah! cette voix! — n'appartiennent qu'à lui. C'était donc vrai. Samedi soir, et sans nul doute hier soir itou, ils étaient des milliers, du parterre aux balcons et du devant jusqu'au fond du Métropolis, à se pincer pour y croire. Bashung, leur Bashung était dans le même espace-temps qu'eux, partageant leur présent et leur passé à la fois.

C'était Bashung tel que rêvé, rock'n'roll et somptueux, plus noir que noir et pourtant lumineux, encore et toujours porteur des jeux de mots les plus inspirés du rock à la française, soutenu par un groupe d'accompagnateurs tellement puissant et rodé que l'expérience du spectacle d'un rockeur mi-cinquantenaire ne semblait jamais passéiste, malgré la gestuelle exacerbée façon Gainsbarre. Les chansons tant aimées hier et avant-hier n'avaient jamais le goût amer de la nostalgie, n'étaient jamais déficitaires par rapport aux chansons plus récentes de L'Imprudence et de Fantaisie militaire, tellement les arrangements pour quatuor à cordes et orchestre destroy du dernier disque semblaient appropriés.

Bashung aura été plus qu'à la hauteur, et ce n'est pas rien. Ce public exigeait l'impossible: ne rien entacher, ne rien amoindrir, ne rien faire regretter de ce répertoire tatoué à même le coeur. Bashung chantait samedi et hier pour le noyau dur d'une génération qui l'a vénéré, et il n'avait tout simplement pas le droit de faire le coup des bons et mauvais soirs, à la Dylan. Quand on se montre de ce côté-ci de l'Atlantique une fois par décennie (dernier passage il y a huit ans!), chaque interprétation, chaque inflexion compte. Lorsqu'il reprenait Légère éclaircie, Bombez! ou Étrange été, les versions se mesuraient forcément à celles de l'album Novice, paru quinze ans plus tôt. Trop familières, elles ne pouvaient qu'être magnifiées pour être acceptables: elles l'étaient. Risque plus grand encore lorsque Bashung revisitait Martine boude, 22 ans après la première écoute sur Play blessures: il remontait au moment du premier émoi, et on ne joue pas impunément avec ça. Pour celle-là comme pour Vertige de l'amour (1981), les relectures devaient avoir assez de souffle pour remplir tous nos poumons: ouf, nous fûmes soufflés.

Moi, c'était le Bashung de la première moitié des années 90 que je voulais intact: j'ai eu Osez Joséphine comme je la souhaitais, pur rockabilly, j'ai eu J'passe pour une caravane, ma préférée, country-rock atmosphérique comme elle doit être, et j'ai eu Madame rêve, l'exquise parmi les exquises, large comme l'horizon. Les projections, qui défilaient de part et d'autre de la scène sur des écrans en angle, y étaient pour quelque chose dans ces réussites: virtuellement, la scène voyageait, entraînée sur un canal de Venise ou une route de l'Ouest américain, et les chansons avaient tout l'espace voulu pour aller jusqu'au bout de l'imagination. On remerciait le programmateur Laurent Saulnier — fan de la première heure — d'avoir voulu rien de moins que le spectacle tel que présenté dans les grandes capitales d'Europe, plutôt que la version «festival» tronquée d'une demi-heure et sans projections. Saulnier aura été comme le public montréalais de Bashung: absolutiste dans son amour. À moins d'avoir la totale, il valait mieux se contenter du double album live de La Tournée des grands espaces (en magasin). Les FrancoFolies, ce week-end, remplissaient leur mission: donner aux gens ce qu'ils ne pourraient jamais avoir autrement. Parfois au-delà du rêve le plus fou.
1 commentaire
  • Julie Rodrigue - Inscrite 2 août 2004 10 h 58

    Le même air

    J'ai respiré le même air.... je n'en reviens toujours pas! Entrendre les mots, douce poésie sensuelle, souvent "loin des amours de loin"! J'étais conquise d'avance par ce créateur d'ambiance exceptionnel et je n'ai pas été déçue!

    Dans ma boîte à souvenir se trouve maintenant un billet de Bashung et dans ma mémoire des souvenirs inoubliables!

    Julie l'inconditionnelle!