Gala d'ouverture - La Fête francophone - Du bon dans le fourre-tout

Soyons clair: c'est forcément parce qu'on n'a pas trouvé mieux - ou bien parce que le show d'abord prévu ne s'est pas matérialisé - qu'on a présenté hier à Wilfrid-Pelletier un spectacle assez pompeusement baptisé La Fête francophone. N'y cherchez pas de concept: le chapeau «fête francophone» permettait tout bêtement de justifier l'affiche de ce spectacle de variétés on ne peut plus varié, élevant au titre chic de gala un simple fourre-tout d'artistes.

On reprenait en vérité une formule éprouvée, ce qu'on appelait il y a quelques années «la télé des FrancoFolies». Cela se passait au Monument-National: Grégory Charles animait ces émissions réunissant des chanteurs, chanteuses et groupes présents chaque jour du festival. C'était plus ou moins bon, dépendant des affiches ainsi composées au petit bonheur de la programmation. Au moins, ces enregistrements avaient lieu hors festival et les auditoires étaient des auditoires de télé, c'est-à-dire non payants.

Hier, c'était exactement la même chose, une émission de télé avec animateur (Daniel Lavoie) et une affiche composée d'artistes présents aux FrancoFolies, à cela près que ça coûtait une beurrée et que ça tenait lieu de gala d'ouverture. Fausse représentation? Pas vraiment: les gens étaient au courant pour la télé. Bon spectacle? Pas vraiment non plus. C'était ce genre de spectacle où l'on fait pour le mieux avec ce qu'on a. Force était de constater que le metteur en scène Claude Poissant ne l'avait pas facile: Rachid Taha et Natasha St-Pier sur la même scène, je ne suis pas certain que Dieu voulait ça.

Cela donnait ce que ça pouvait donner: du bon, du moins bon, du n'importe quoi, du malaisé, parfois un peu de magie. Le bon, c'état Ariane Moffatt seule au piano dans Poussière d'ange, Thomas Fersen avec son seul guitariste dans la très odorante Borborygmes, Pierre Lapointe seul au piano dans la remarquable Pointant le nord, Corneille a cappella à la fin de ses deux chansons. Le moins bon, c'était Rachid Taha complètement hors contexte avec sa reprise du Rock The Casbah des Clash, ou Natasha Saint-Pier faisant une fausse Française d'elle dans le Tandem de Gainsbourg (n'est pas Vanessa Paradis qui veut). Le malaisé, c'était toutes ces chansons d'Ariane, Boucher, Stefie Shock et Thomas Fersen où l'orchestre pataud d'Alain Sauvageau piétinait tout ce qu'il touchait. La magie, c'était la chanson d'intro, avec Ariane et Daniel Boucher partageant l'exquise Violoncelle avec son compositeur Daniel Lavoie, ou Nana Mouskouri et le même Lavoie s'offrant un p'tit slow collé pas trop serré pour clore Les Feuilles mortes.

Au total, on obtenait juste assez de bon pour se dire qu'on en avait pour son argent et que sur place, ça valait quand même mieux qu'à la télé, ne serait-ce que pour les cafouillages sympathiques dans les présentations. L'erreur, dans les spectacles, c'est la brèche par où s'engouffre la vie. Même dans les soirées télégraphiées.