FrancoFolies de Montréal - Bashung, tout de noir

Alain Bashung en conférence de presse, hier à Montréal.
Photo: Jacques Grenier Alain Bashung en conférence de presse, hier à Montréal.

Après huit ans d'absence de la scène, Alain Bashung est en spectacle ce soir et demain au Métropolis, dans le cadre des FrancoFolies de Montréal.

Vieilli, la tête grise, quelques kilos en trop, mais toujours aussi mystérieux, l'homme, qui n'a rien perdu de sa superbe, ni de son éloquence d'ailleurs, arborait des lunettes fumées, un complet noir et un petit foulard de soie au cou. La classe du dandy. Son personnage d'intellectuel du rock était au rendez-vous.

Au premier coup d'oeil, on se dit qu'aucun des journalistes présents dans la salle ne l'aurait reconnu en le croisant dans la rue: «J'ai longtemps hésité à m'exposer physiquement. Là, je sais que je peux me lancer, j'ai les munitions pour ça», déclarait l'artiste au moment de commencer sa «Tournée des grands espaces», il y a dix mois.

«Bon alors, on va commencer la conférence, première question, s.v.p.». Silence gêné dans la salle. Tous sont visiblement impressionnés. Ce n'est pas tous les jours que l'on a la chance d'assister à une conférence de Bashung, très avare de ces manifestations médiatiques. Il n'y paraît tout de même pas trop.

Comment mettre en scène des chansons de Bashung sans rien perdre des arrangements complexes et du caractère intimiste de ses disques? À son sens, il s'agit seulement de trouver les bons musiciens, de prendre le temps de les trouver. À l'entendre, on peut pourtant croire que tout s'est fait comme si de rien n'était. «J'ai une équipe formidable! Brad Scott, [auparavant bassiste pour Arthur H] et moi avions seulement enregistré une chanson ensemble par le passé lorsqu'il m'a approché pour travailler avec moi. Il s'est trouvé qu'il avait dans la tête exactement tout ce que je voulais y trouver.»

Bashung, généreux, prend une éternité pour répondre aux questions qu'on lui adresse. Certains apprécient, d'autres soupirent d'ennui, mais le principal intéressé ne s'en rend pas compte, trop perdu dans ses pensées et ses explications, souvent complexes.

Sur son absence des dernières années, il avance timidement que les «bons complices n'étaient pas au rendez-vous», puis, lâche le morceau, avouant avoir traversé une période noire de sa vie. Noir d'encre? Noir de peine? Noir comment? Mais rien d'autre ne filtrera. Trou noir, Bashung. Pas d'épanchement, pas de confidence. Bashung demeure fidèle à lui-même, comme on est en droit de l'espérer de ce monstre sacré.

En insistant un peu plus sur les causes de cette si longue absence, on obtient tout de même quelques précisions: «Il faut avoir l'envie [de monter sur scène] aussi. L'envie, je crois qu'elle n'était plus là.» Errance donc, puis vient Imprudence, album très noir qui sort en 2002, sorte «d'exutoire» dont l'ambiance sombre et mystérieuse devrait teinter les spectacles de Montréal, si l'on se fie à l'album live tiré de la tournée.

L'été dernier, pendant un mois, Bashung et ses musiciens ont répété pas moins de 70 morceaux en prévision de cette tournée. C'est ce soir, pour la première fois de ce côté-ci de l'Atlantique, que l'on pourra enfin assister au résultat sur scène. Du propre aveu de l'artiste, le spectacle ne se terminera pas, telle une grande messe rock'n'roll, «dans une apothéose», ce sera même «exactement le contraire». Une finale en douceur donc? Avec sept musiciens sur scène, on peut quand même être certain que cela va bouger beaucoup aussi.