Du balcon à la campagne

Étienne Hamel, dit Nicolet, offre aujourd’hui son deuxième album. Sa manière de chanter arriverait à elle seule à magnifier la plus banale des anecdotes.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Étienne Hamel, dit Nicolet, offre aujourd’hui son deuxième album. Sa manière de chanter arriverait à elle seule à magnifier la plus banale des anecdotes.

« Je me rends compte que j’ai toujours été inspiré par ce qui m’entoure, mon approche créative consistant à me positionner dans un rôle d’observateur », explique Étienne Hamel, dit Nicolet, qui offre aujourd’hui son deuxième album, Dans la nuit lente. « C’est comme si ma création était externe à moi-même, parce qu’au bout du compte, j’ai un train de vie assez stable et rangé — je ne vis pas de grandes peines d’amour ou des trucs qui font des sujets classiques de chansons, alors je trouve ça plus intéressant de m’inspirer en regardant autour de moi. »

Hochelaga, son premier album paru il y a quatre ans et qui avait remporté un succès d’estime, a été composé sur son balcon, raconte le musicien, qui a quitté l’est de la ville pour s’établir dans celui des Cantons. Ces chansons étaient « littéralement nées d’observations faites depuis mon balcon, rue Nicolet. Ce que je fais, c’est prendre des tranches de la vie quotidienne et essayer de les rendre extraordinaires. » Celles de son nouvel album sont encore plus éclatées, empruntant une direction pop-rock plus lyrique, avec des orchestrations de guitares et de claviers plus soignées.

Sa manière de chanter arriverait à elle seule à magnifier la plus banale des anecdotes : Étienne a une voix typée, un trémolo ample et ambré, par moments presque théâtral, une voix située quelque part entre celles de Bashung et de Pierre Lapointe — deux artistes qu’il apprécie, mais qui ne comptent pas parmi ses influences musicales ou, comme il préfère le dire, dont la découverte ne figure pas parmi les « moments clés de mon parcours » musical.

J’essaie d’extraire des idées du monde du rêve pour en faire des chansons. C’est ça qui me fait tripper dans la création : capturer des moments qui normalement devraient être intangibles, un peu comme prendre une bonne photo.

Ainsi, Hamel citera plutôt Brian Eno — moins l’expérimentaliste ambient que l’auteur art rock des quatre albums classiques des années 1970, de Here Come the Warm Jets (1974) à Before and After Science (1977). « Quoique j’écoute aussi beaucoup de musique ambient, comme la musique environnementale japonaise qui revient à la mode, ou le pianiste Harold Budd récemment décédé, précise-t-il. Bertrand Belin, j’aime beaucoup, on le compare souvent à Bashung, d’ailleurs. J’ai eu un gros flash en découvrant aussi l’afrobeat nigérian et le highlife ghanéen. »

Son esthétique musicale, il l’a développée en se gavant de vinyles : « Je n’ai pas de formation de musicien, je ne sais pas lire ma musique, alors le parcours que j’ai fait n’est pas linéaire », dit celui qui se qualifie de « late bloomer », ayant commencé seulement à s’intéresser à la création musicale au début de la vingtaine.

Transition féconde

 

Si l’urbanité servait de trame de fond aux chansons d’Hochelaga, le décor de sa campagne retrouvée donne une autre forme aux grooves pop-rock de chansons du nouvel album. On pense à la bondissante Le retour des animaux en ouverture, à l’instrumentale Approche de l’île tonnerre, à Dans l’étang filtrait la lumière, à l’atmosphérique La marche des ombres sur le Mt. Glen, une autre instrumentale menant à la superbe Ma vie sans musique en finale de l’album.

« J’essaie d’extraire des idées du monde du rêve pour en faire des chansons. C’est ça qui me fait tripper dans la création : capturer des moments qui normalement devraient être intangibles, un peu comme prendre une bonne photo. Souvent, c’est après avoir écrit une chanson que je réalise ce que je voulais dire. La thématique n’est pas importante, ni même comment un texte sera interprété par l’auditeur. Chacun y trouvera ce qu’il veut ; moi, j’essaie juste de matérialiser des choses abstraites que j’ai pu ressentir. »

Une première série de chansons a été composée à Montréal, peu après la sortie d’Hochelaga, « des chansons plus tournées sur moi-même où j’aborde la perte de sens, la dépossession de quelque chose. Après cette première phase d’écriture, je suis entré dans le processus de construction de ma maison, et ça a transformé les compositions suivantes. »

Ah oui, la maison que sa compagne et lui ont construite à Sutton ! La campagne promotionnelle de sa nouvelle maison de disques, Bravo Musique, insiste là-dessus…

« Bon, tu sais comment ça fonctionne, les communiqués de presse, commente Étienne, sourire en coin. Des fois, tu dis un truc en voulant parler de ton disque, et ensuite, le rédacteur ou la rédactrice choisit de mettre l’accent sur ce petit détail… »

Mais d’avoir axé la campagne sur cette nouvelle demeure n’est pas inintéressant, soutient-il tout de même. « Il y a une analogie à faire entre mon processus créatif et le fait de construire sa propre maison. Ma démarche est holistique, pour utiliser un grand terme : pour moi, la création, c’est quelque chose d’inhérent à toutes les facettes de ma vie. Et plus le temps passe, plus j’arrive à développer des outils me permettant de faire quelque chose de tangible avec ma créativité. »

 

Bonjour Bravo

En se portant acquéreuse de l’étiquette Dare to Care, Béatrice Martin (Coeur de Pirate) lui a donné une nouvelle image et un nouveau nom : Bravo Musique. Pour tourner la page sur le passé, elle proposera du 26 mai au 1er juin prochain un concert-
vitrine, accompagné d’entrevues, avec les artistes ayant choisi de poursuivre leur carrière dans son giron. Préenregistré la semaine dernière, l’événement diffusé sur lepointdevente.com mettra en vedette Maude Audet, Émile Bilodeau, Jérôme 50, Évelyne Brochu, Mon Doux Saigneur, Nicolet, Gab Bouchard, Thierry Larose, thaïs, Naomi, The Blaze Velluto Project et la patronne elle-même, Coeur de Pirate. Nous porterons une attention particulière à Naomi et à thaïs ; Naomi, la première artiste que Martin a attirée chez Bravo, touche à la pop-R & B, un style dans lequel Dare to Care n’avait jamais osé investir. Elle vient de lancer une première chanson, Tout à nous, réalisée par le beatmaker Gary Wide. Nouvellement accueillie chez Bravo, thaïs propose une chanson aux délicates teintes électro.

Dans la nuit lente

Nicolet. L’album paraît vendredi sur étiquette Bravo Musique ; il sera lancé lors d’un spectacle le 3 juin, à 20 h, au cabaret La Tulipe.



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