Gustav Mahler, Wiener Singakademie, Orchestre de l’ORF, Michael Gielen

L’édition phonographique est parasitée par nombre de parutions de concerts qui ne méritaient pas d’être immortalisés. Voici l’absolu contre-exemple : le moment de grâce où tous les astres s’alignent lors d’un concert historique. Michael Gielen, mort en mars 2019, chef radical, ne connaissait ni le mot « compromis » ni le mot « concession ». C’est en fantasmagorie expressionniste qu’il aborde en 1990, àVienne, Das klagende Lied — « klagen »signifiant ici autant se plaindre qu’accuser. Cette partition pour solistes, chœurs et orchestre est l’œuvre fondatrice du langage mahlérien. Par un fratricide, un homme accède au trône, mais le jour de son mariage, une flûte taillée par le ménestrel dans l’os de sa victime chante la plainte et l’accuse du meurtre. Gielen n’est pas dans une narration qui tourne mal ; il navigue dans la prémonition, la menace, l’effroi et surclasse la discographie au complet par cette omniprésence du drame. Orchestre, chœurs et solistes (Brigitte Poscher-Klebel, Marjana Lipovsek, David Rendall, Manfred Hemm) sont possédés et transcendés.

Gustav Mahler

★★★★★
Classique

Wiener Singakademie, Orchestre de l’ORF, Michael Gielen, Orfeo C210021

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