16e FrancoFolies de Montréal - La tradition rompue

Présenté hier en ouverture des 16e FrancoFolies de Montréal devant quelque 50 000 spectateurs étalés sur la Catherine et l’esplanade de la PdA, le spectacle Swinguez la ville!, malgré les invités de prestige, tout un tas de danseurs et pas mal d
Photo: Jacques Grenier Présenté hier en ouverture des 16e FrancoFolies de Montréal devant quelque 50 000 spectateurs étalés sur la Catherine et l’esplanade de la PdA, le spectacle Swinguez la ville!, malgré les invités de prestige, tout un tas de danseurs et pas mal d

Imaginez un bateau sans capitaine. Une poule sans tête. Un couteau sans lame auquel il manque le manche. Imaginez La Bottine Souriante sans Yves Lambert et Michel Bordeleau. C'est ce qu'on avait hier en tête d'affiche du premier des trois spectacles-événements gratuits des 16e FrancoFolies de Montréal: un groupe sans son centre, sans sa prise à la terre, sans ses moustaches. Sans son âme.

C'en était triste: la machine roulait rondement, comme si de rien n'était, les cuivres pouetpouettaient comme à l'accoutumée, la salsa et les rythmes afro-cubains se mêlaient aux reels et rigodons comme seule La Bottine sait le faire, et les deux jeunots qui remplacent Lambert et Bordeleau ne sont certes pas des piétons, plus qu'honnêtes meneurs de claque, et pourtant rien n'était plus pareil: il manquait la verve, le chien, la gouaille, l'appétit, c'était comme s'il manquait Pantagruel au festin de Rabelais et que toute la bonne bouffe se perdait.

Les chansons étaient certes au rendez-vous, La Cuisinière, La Poule à Colin, Le rap à Ti-Pétang, mais elles semblaient factices, déconnectées: on aurait dit un groupe-hommage à La Bottine Souriante, tellement ça résonnait creux.

La direction artistique assurée par le pianiste -compositeur André Gagnon, vieil ami du programmateur Guy Latraverse, rendait encore plus évident le navrant constat: la musique traditionnelle n'était hier qu'un prétexte à «entertainment» folklorique pour touristes.

On se serait crus dans un village québécois d'antan en forme de Dsineyland. Cela incluait le garçonnet joueur d'accordéon comme numéro de cirque en intro, puis la troupe Zeugma et leur numéro de danse percussive en bottes en caoutchouc («gumboots»), puis Sandy Silva la danseuse solo dans son numéro de possédée par le rythme, et enfin trois vedettes pour que les gens reconnaissent quelqu'un de temps en temps. Un vrai show de variétés pour la télé, quoi: de fait, c'en était un. Et pas des meilleurs.

Sans surprise, ce sont les invités qui se sont démarqués: il était couru que Claude Dubois refasse sa Chasse-galerie, comme il était inévitable que Louise Forestier ne pousse La Prison de Londres. Même s'ils s'en tenaient à des évidences, ces deux-là ne savent que chanter fort et bien, et le public leur appartenait dès qu'ils se montraient.

La version a cappella que donna Yann Perreau de l'exquise Blanche comme la neige aura été la seule véritable audace de ce spectacle: un peu de vérité était franchement bienvenu au milieu de cette soirée de musique traditionnelle vendue au diable.