L’espoir Étienne Coppée triomphe aux Francouvertes

Étienne Coppé, gagnant des 25e Francouvertes a offert un tour de chant mieux calibré et incarné que lors de son passage en demi-finales, passant un peu moins de temps derrière son piano et davantage debout au micro, avec sa petite guitare.
Photo: Frédérique Ménard-Aubin Étienne Coppé, gagnant des 25e Francouvertes a offert un tour de chant mieux calibré et incarné que lors de son passage en demi-finales, passant un peu moins de temps derrière son piano et davantage debout au micro, avec sa petite guitare.

On s’en souviendra, de ces 25es Francouvertes ! Édition anniversaire et pandémique, avançant dans le vent contraire des contraintes sanitaires, depuis la première soirée préliminaire présentée sur le Web le 15 mars dernier jusqu’à la grande finale s’étant tenue lundi soir au Lion d’Or. Une finale mettant en scène trois concurrents de haute tenue, mais puisqu’il s’agit d’un concours, il fallait bien trancher : le jury spécialisé et le public devant son écran ont préféré l’auteur-compositeur-interprète Étienne Coppée à la compositrice Ambre ciel et à la rappeuse Calamine.

« Demain il fera beau, alléluia ! / Le soleil sur ta peau, alléluia ! / L’amour te retrouvera, alléluia ! / Le printemps dans la voix », chantait encore Coppée à la fin de la prestation lui ayant valu les grands honneurs. Et c’est beaucoup cela qu’on applaudissait : l’espoir fait chanson. Après quatorze mois de masques, de distance, de salles de spectacle vides et d’enfermement, le besoin de se faire chanter que le meilleur est à venir.

L’immense empathie qu’exprime le rassurant Étienne Coppée lorsqu’il s’assied au piano ou prend son ukulélé et ouvre la bouche pour chanter a fait mouche. C’était particulièrement senti lundi, alors que le musicien avait enfin trouvé le meilleur équilibre entre son côté folk fragile et intimiste, ses élans gospel et ses références appuyées à l’œuvre d’Harmonium, offrant ainsi un tour de chant mieux calibré et incarné que lors de son passage en demi-finales, passant un peu moins de temps derrière son piano (qu’il maîtrise merveilleusement) et davantage debout au micro, avec sa petite guitare. Il a aussi eu la bonne idée de refaire la chanson Couvre-feu en duo avec son amie choriste Flavie, un numéro qui avait marqué sa prestation lors des préliminaires. Bravo Coppée.

Compétition serrée

Bravo aussi à Ambre ciel et à Calamine, qui auraient tout autant mérité les grands honneurs, la compétition étant à ce point serrée. En ouverture de rideau, après la brève prestation du chanteur reggae innu Shauit, Ambre ciel (Jessica Hébert) et ses fameux accompagnateurs (aux percussions, aux synthétiseurs, à la harpe, au violoncelle et à l’alto) ont bercé l’auditoire avec leur meilleure performance aux Francouvertes, abattant devant nos tympans les murs séparant la chanson francophone, la musique ambient et la musique classique.

On trouvera bien çà et là quelques irritants, par exemple dans les effets sonores appliqués à la voix d’Hébert, rendant parfois incompréhensibles ses textes, mais qui ne gâchent en rien notre appréciation de la qualité des orchestrations et du climat apaisant de ses compositions. Des trois concurrents d’hier, Ambre ciel était la moins expérimentée et celle qui aura montré la plus impressionnante progression tout au long du processus des Francouvertes. On a déjà hâte d’entendre la suite.

Enfin, on dira que ces Francouvertes n’auront fait que confirmer combien la voix de Calamine est nécessaire sur notre scène musicale. À nouveau, elle a offert une performance doucement enjouée, et encore plus militante qu’elle ne l’est déjà dans ses textes — de loin les meilleurs présentés durant cette compétition, pertinents et pleins d’esprit. C’était lundi la Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, et Calamine a profité de l’occasion pour en souligner l’importance, nous confiant avoir reçu son premier message haineux en carrière. D’un certain Dany, à qui elle a dédié la chanson J’ai tout c’qui me faut : « Rap québ féministe, j’t’en train d’écrire le manuel / […] Les voix graves ça t’allumait, j’ai accordé ma luette / Pis si c’est pas trop ton genre, on est comme : “Okay, salut man !” » Brillante, la rappeuse a réponse à tout, même à l’imbécillité.

Bravo Coppée, bravo Ambre ciel et Calamine, bravo aussi à l’organisation des Francouvertes d’avoir su présenter cette édition dans les circonstances, et vivement une 26e édition démasquée.

À voir en vidéo