FrancoFolies de Montréal - Autour de Lucie en couleurs, en paroles et en cinérama

La femme derrière la voix mielleuse, sensuelle et caressante qui fait la particularité agréable d’Autour de Lucie ne s’appelle pas Lucie — le nom du groupe étant en effet un simple concept — mais plutôt... Valérie Leulliot.
Photo: Jacques Nadeau La femme derrière la voix mielleuse, sensuelle et caressante qui fait la particularité agréable d’Autour de Lucie ne s’appelle pas Lucie — le nom du groupe étant en effet un simple concept — mais plutôt... Valérie Leulliot.

La chanson française a parfois des couleurs. Celle qui se dégage du collectif Autour de Lucie est sans aucun doute rose bonbon, avec quelques touches de noir minimaliste ici et des teintes ambrées là. Tout en image et en impressions.

Pas de doute, à première vue, la formation pop, de passage à Montréal dans le cadre des FrancoFolies, semble à part dans le spectre sonore qui anime aujourd'hui la francophonie. Et la femme derrière la voix mielleuse, sensuelle et caressante qui fait la particularité agréable d'Autour de Lucie ne peut que s'en réjouir.

L'artiste, rencontrée hier sur le toit d'un hôtel au centre-ville de Montréal, ne s'appelle pas Lucie — le nom du groupe étant en effet un simple concept — mais plutôt... Valérie Leulliot, la trentaine avancée et un regard clair posé sur la véritable nature de l'aventure qu'elle a induite il y a maintenant 10 ans avec une poignée de potes: «J'essaye de renouveler la chanson française, dit-elle. Il y a la variété et la chanson française traditionnelle avec Carla Bruni et compagnie. Moi, j'ai été influencée par la radio, la chanson française, certes, mais aussi la pop anglaise et américaine et je veux aujourd'hui me promener à travers toutes ces influences pour faire émerger quelque chose de nouveau.»

Le résultat, lui, se décline désormais en quatre chapitres, dont le dernier, livré en avril dernier au Québec, doit se retrouver au coeur des représentations attendues du groupe à Montréal. Ce soir, au Spectrum et demain soir, au Savoy du Métropolis. «C'est un changement de cap, lance Valérie Leulliot en parlant de son dernier-né, un album éponyme. J'avais envie de quelque chose de plus acoustique, de plus boisé qui emprunte beaucoup au style musical de la côte-ouest américaine.»

Exit donc l'électro, largement exploitée dans l'avant-dernière galette, baptisée Faux Mouvement, — le meilleur vendeur des quatre d'ailleurs —, les tonalités qui tournent Autour de Lucie visent désormais à transporter le groupe dans d'autres sphères. Celle de la pop contemporaine, jeune et sirupeuse que la formation anglaise Ivy (Apartment Life) n'aurait certainement pas détestée. Avec à la clef, toujours, cette lumière et ses sensations qui se dégagent inexorablement des textes de Valérie Leulliot mis en musique par ceux qui l'entourent.

«J'essaie d'exprimer des choses simples, dit-elle. Mais je ne suis pas une conteuse. Je préfère parler de sensation.»

Inspiré par les musiques de films, — «C'est ce dont je me souviens le plus lorsque je vais au cinéma», ajoute la chanteuse —, Autour de Lucie poursuit donc sa route avec en trame de fond la mission de la femme qui porte l'ensemble: décoder l'environnement et l'exprimer par bribes avec des paroles simples et parfois simplistes. «Je suis très observatrice, dit-elle. J'essaie de comprendre ce qui est autour de moi. En somme, je suis un témoin.»

Témoin d'un monde en changement, témoins de comportements en perpétuelle évolution dans des univers tout aussi mouvants que Noyer dans la masse, par exemple, pièce maîtresse de l'album, résume en plus de trois minutes et une mélodie efficace. «C'est un peu sur la mondialisation, commente Mme Leulliot. Ça reflète ce que je ressens à travers la télévision ou la culture. Mais ce n'est pas un message dénonciateur, je ne suis pas un rappeur.»

Lancée avec une voix douce, et le regard attendri par une traversée récente de l'Atlantique en avion, la remarque fait sourire. Mais elle résume parfaitement le travail de cette artiste qui aime monter ses chansons comme d'autres construisent des courts-métrages, avoue-t-elle. «J'aime cette approche que j'ai développée dans Les hommes peuvent être. C'est très cinématographique. Ça me ressemble.»