Concerts classiques - Galanterie féminine

«L'oreille est merveilleusement liée à la cheville»: cette phrase de Paul Valéry, extraite d'un texte intitulé L'âme et la danse a été choisie par Ophélie Gaillard en exergue de son disque des Suites pour violoncelle n° 1, 2 et 6 de Bach paru chez Ambroisie. Cette élève du grand violoncelliste Christophe Coin a joué hier soir à la Maison Trestler l'emblématique 1re Suite pour violoncelle, qui ouvrait la seconde partie d'un concert de l'Ensemble Amarillis, partagé entre le répertoire français et Bach sans que toutefois la thématique «Jean-Sébastien Bach et ses modèles français» puisse s'imposer aux oreilles de tous. Même si l'Aria BWV 587 emprunte son thème à une ouverture de François Couperin, le Trio en sol majeur BWV 586 (et non BWV 58 comme indiqué sur le programme) est la transcription d'une oeuvre pour orgue inspirée de Telemann et la Suite pour violoncelle est calquée sur le modèle de la suite anglaise. Disons que les compositeurs choisis ont été connus et étudiés par Bach, mais que celui-ci a préféré puiser dans le répertoire italien.

En tout cas, cette apothéose de la danse avait avant tout un cadre exceptionnel, celui, idyllique de la Maison Trestler. L'oeuvre centrale, la Suite pour violoncelle n° 1 a un peu déçu: le disque flatte Ophélie Gaillard, qui n'est véritablement entrée dans l'oeuvre que lors de la Courante, parvenant enfin à empoigner la musique. Pas de problème de cet ordre pour sa soeur flûtiste dans une brillante et allante transcription de la Sonate en trio pour orgue BWV 530, bénéficiant en outre de la magnifique conduite des phrases de Violaine Cochard. Dans les deux dernières pièces de Bach, le violoncelle domine trop la flûte dans ce local un peu exigu.

La partie française avait, elle, révélé en premier lieu l'habile mélange du hautbois, du violoncelle et du clavecin dans le 1er Concert Royal de Couperin, ainsi que le timbre si tendre de la flûte de voix dans les extraits de l'une des Suites de Charles Dieupart. Sans doute les sarabandes méritaient-elles un peu plus d'abandon. Mais l'heure, hier, était à la sobriété et à une galanterie un rien corsetée.