FrancoFolies de Montréal - Paroles de tête, mélodies du corps

Lauréat en tant que compositeur au Festival en chanson de Petite-Vallée en 2003 et à titre d’auteur-compositeur-interprète à Ma première Place des Arts en 2002, Baptiste se produira sur la scène de la Nouvelle chanson, demain, en compagnie de qu
Photo: Jacques Grenier Lauréat en tant que compositeur au Festival en chanson de Petite-Vallée en 2003 et à titre d’auteur-compositeur-interprète à Ma première Place des Arts en 2002, Baptiste se produira sur la scène de la Nouvelle chanson, demain, en compagnie de qu

Entre la chanson à texte et une pop agréable à écouter, le coeur de Baptiste balance. Lauréat en tant que compositeur au Festival en chanson de Petite-Vallée (2003) et à titre d'auteur-compositeur-interprète à Ma première Place des Arts (2002), le jeune artiste pèse bien ses mots quand il écrit ses chansons mais se fait volontiers esclave des mélodies.

«Mon but serait de faire de la musique très facile à écouter, dans le genre pop commerciale — pas dans le genre péjoratif —, quelque chose qui te fait taper du pied, des grandes mélodies, mais qui apporte aussi quelque chose sur le plan du texte», explique-t-il au téléphone. Perfectionniste, il a trimé dur, surtout sur le plan de l'écriture des paroles, avant de se lancer corps et âme dans la musique. En 1998, «je trouvais que mes textes étaient encore trop naïfs, ça manquait de profondeur», confie-t-il. La consécration de Petite-Vallée lui a donné l'envie de foncer. «C'est là qu'on te traite comme un artiste pour la première fois quand tu es émergent.»

Sa voix est douce comme dans ses chansons. Elle rappelle parfois celle d'un Serge Fiori pour les passages entre les aigus marqués et une voix sur le bord de l'extinction. Un peu à la manière de Bashung, Baptiste aime bien jouer avec le son des mots. Il a d'ailleurs lui aussi sa Joséphine, dont il conjugue le nom à toute la gamme des émotions dans Trouble manteau.

Pourtant, bien qu'il parle un français impeccable, ses racines culturelles sont plus anglo-saxonnes. «Je prendrais les textes de Bob Dylan, de Leonard Cohen, d'Ani DiFranco et je mélangerais ça avec les musiques de U2, de Coldplay et de Bjork», lance-t-il. Il compte d'ailleurs plusieurs chansons en anglais, un répertoire qu'il mettra évidemment de côté demain, FrancoFolies obligent.

S'il a risqué le jeu en français, c'est par défi et parce qu'il existe plus d'infrastructures musicales (concours et autres tremplins) ouvrant la voie de l'émergence. Il puise donc aussi son inspiration dans le répertoire «pure laine». «Richard Desjardins pour son écriture, Daniel Bélanger pour ses mélodies», tranche-t-il sans hésiter. Ce qui ne l'empêche pas de trouver ardu le passage d'une langue à l'autre. «En anglais, je ne peux pas utiliser les jeux de mots comme en français», souligne-t-il. Rien n'y paraît pourtant quand on écoute ses chansons, dont la langue est extrêmement soignée. Autre bonne raison, selon lui, pour laquelle sa démarche artistique mûrit plus lentement, mais sûrement.

L'importance accordée aux textes vient aussi de sa formation universitaire en histoire du XXe siècle et, en amont, de ses annales personnelles, de la dualité particulière de ses filiations. Avec une famille qui plonge autant ses racines dans l'histoire nazie que dans celle du débarquement en Normandie, il porte un double regard sur la vie qu'il aime bien transposer en chanson. «Voir les deux côtés de la médaille, c'est ce que j'aime de l'histoire, toujours plus compliquée qu'elle en a l'air», note-t-il.

Sa fibre engagée ressort notamment dans Dieu donné, où il repasse les «saintes prétentions» et les «2000 ans de guerre» qui font tout le paradoxe de la religion. Ou encore dans Le Marché, où il dépeint de manière assez colorée la petite société. Mais toutes ces chansons, qu'il réinventera sur la scène des Franco en compagnie de quatre musiciens, ne font pas encore l'objet d'un album proprement dit. Tout cela devrait prendre une forme plus concrète à l'automne.

- Baptiste, le 30 juillet, sur la scène de la Nouvelle chanson, aux portes du Complexe Desjardins