Les festivals se préparent pour la saison estivale malgré l’incertitude

Le Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie, s’attend à accueillir 70% moins de festivaliers cette année.
Photo: Alexandre Cotton Le Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie, s’attend à accueillir 70% moins de festivaliers cette année.

Las d’attendre que le gouvernement se prononce sur le sort des festivals cet été, plusieurs organisations — BleuBleu à Carleton-sur-Mer, Musique du Bout du Monde à Gaspé, Festival Jazz & Blues de Saguenay, Festival de la chanson de Tadoussac, entre autres — ont pris l’initiative de dévoiler leurs affiches et de mettre en vente des billets de spectacles. Si la majorité des organisateurs de festivals gardent l’espoir que, contrairement à l’été dernier, il y aura bel et bien une saison de festivals, ils jugent inconfortable l’incertitude générée par l’absence de consignes officielles.

Le signal de départ de la saison des festivals de musique sera donné dans deux semaines par la tenue d’éditions « pandémiques » du festival Santa Teresa et du Festival international de musique actuelle de Victoriaville, présentées exclusivement sur des scènes intérieures. Mais y aura-t-il seulement une saison de festivals ?

« Présentement, personne n’est en mesure de nous donner l’autorisation » d’en organiser un, déplore Clément Turgeon Thériault, directeur général et artistique du Festif ! de Baie-Saint-Paul. « Entre les lignes, on devine que ça pourrait arriver et on se doute des directives qui seront données. Mais ce que tout le monde attend, c’est le signal du gouvernement : on veut savoir si les festivals peuvent avoir lieu cet été », souligne-t-il, exprimant l’impatience de la dizaine d’organisations de festivals contactées par Le Devoir ces derniers jours.

Tout repose sur la circulation des gens : à partir du moment où les gouvernements empêcheront les gens de circuler entre les régions, ça va nous prendre encore plus d’aide des gouvernements pour y arriver

 

En avril 2020, les organisateurs du Festif ! de Baie-Saint-Paul s’apprêtaient à annoncer une série de concerts extérieurs baptisée La Petite Affaire, imaginée pour combler le vide culturel d’un été en pandémie. Cependant, un décret pris le 10 avril par le gouvernement du Québec demandant « l’annulation des festivals, ainsi que des événements publics sportifs et culturels prévus sur le territoire québécois pour la période allant jusqu’au 31 août 2020 » avait contrecarré leurs plans et tué dans l’œuf la saison festivalière. Cette fois, ils se jettent dans le vide : l’équipe du Festif ! dévoilera mercredi la programmation de sa prochaine édition, à capacité réduite, sans concerts gratuits, répartie sur onze sites extérieurs, « parce qu’on n’a pas le choix de lancer la machine, même si on n’a peut-être pas eu le signal » des autorités.

« On a aussi besoin de savoir dans quelles conditions on pourrait organiser notre événement, explique le directeur. Avec quelle distanciation ? Est-ce que la capacité maximale de spectateurs sera déterminée selon la taille du site ou limitée à 250 ? Le port du masque sera-t-il exigé en tout temps ? » Patrick Kearney, président du conseil d’administration du Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN), soulève une question supplémentaire : « Mes membres se demandent si les Montréalais pourront venir à notre festival, en région. » Présentement, la réponse est non : un résident d’une zone rouge ne peut se déplacer vers les régions classées jaunes.

« Tout repose sur la circulation des gens : à partir du moment où les gouvernements empêcheront les gens de circuler entre les régions, ça va nous prendre encore plus d’aide des gouvernements pour y arriver », redoute Alan Côté, directeur général et artistique du Festival en chanson de Petite-Vallée, qui s’attend à accueillir 70 % moins de festivaliers cette année qu’en temps normal. Rappelons que, lors de la présentation du budget fédéral le mois dernier, une enveloppe de 400 millions de dollars avait été annoncée pour venir en aide aux festivals canadiens.

Plusieurs membres du REFRAIN ont été informés qu’une annonce officielle de Québec pourrait survenir cette semaine, « mais ça fait déjà un mois qu’on nous promet une telle annonce », rappelle prudemment Alain Mongeau, directeur général et artistique de MUTEK, qui ajoute se trouver dans la même situation que l’été dernier : « On doit présentement prendre des décisions [en vue de la prochaine édition] et faire des annonces sans savoir ce qui va se passer. » Contacté à ce sujet, le ministère de la Culture et des Communications du Québec a refusé de nous dire si une annonce était prévue cette semaine.

Entre les lignes, on devine que ça pourrait arriver et on se doute des directives qui seront données. Mais ce que tout le monde attend, c’est le signal du gouvernement.  

Anticipation

Depuis l’automne dernier, plusieurs acteurs du milieu réfléchissent à un protocole permettant l’organisation de festivals dans le respect des normes sanitaires. La Ville de Montréal et le Quartier des spectacles, en collaboration avec les gens du milieu (dont des membres du REFRAIN, du regroupement Événements Attractions Québec et du Regroupement des événements majeurs internationaux), ont rédigé un document dont s’inspirerait le gouvernement pour tracer ses directives.

Parmi les scénarios envisagés dans ce document, celui d’aménager un site en plusieurs zones étanches de 250 spectateurs, distancés de 2 mètres, avec ses propres entrées, sorties et toilettes ; selon ce scénario, la place des Festivals pourrait ainsi accueillir 1000 spectateurs. La capacité d’un site serait alors évaluée en fonction de sa superficie, en calculant un espace de 6 m2 par spectateur. D’autres scénarios circulent en amont d’une éventuelle annonce : des sites extérieurs aménagés avec des sièges assignés à la manière d’un théâtre ; l’obligation de porter le masque en tout temps sur le site, même extérieur, mais la possibilité de servir nourriture et alcool.

En attendant de connaître la décision de la Santé publique concernant la possibilité ou non d’inviter les festivaliers à profiter de spectacles, les organisateurs sont forcés de se baser sur les consignes qui prévalaient lors du bref déconfinement de la fin de l’été 2020 pour prévoir leurs festivals : « Je me fie à ce qu’on a vu l’année dernière, avec une jauge à 250 personnes distancées », dit Fred Poulin, directeur général de La Noce, qui aménagera cette année sa scène principale sur le site du Musée de la Pulperie. « Si jamais la Santé publique ouvre un peu les vannes, je n’aurai qu’à reculer ma scène, ajouter des clôtures et des toilettes pour répondre aux normes, alors là, je pourrais facilement monter à 1000 spectateurs. »

François-G. Chevrier, directeur général d’Événements Attractions Québec, évoque une « course contre la montre » en attendant que le gouvernement rende sa décision : « Les organisateurs doivent contacter les agents d’artistes pour signer les contrats, contacter les équipes techniques, s’entendre avec les fournisseurs, régler les permis d’alcool, etc., tout ça pour assurer de faire vivre aux festivaliers les expériences les plus intéressantes possible. »

À voir en vidéo