Festivals - Derniers feux à Lanaudière

Yundi Li sera vendredi en concert au Festival de Lanaudière. — Source Kasskara-Deutsche Grammophon
Photo: Agence Reuters Yundi Li sera vendredi en concert au Festival de Lanaudière. — Source Kasskara-Deutsche Grammophon

C'est assurément la tête d'affiche du festival de Lanaudière, celle qui fait rêver, celle qui échappe à la simple reproduction des habitudes dans un décorum herbacé. Yundi Li, qui s'y produira vendredi, fut en effet le pianiste qui, en 2000, incita le jury du concours Chopin de Varsovie à décerner un Premier Prix, ce qu'il s'était refusé à faire en 1990 et 1995. Ce natif de Chongquing en Chine centrale venait de fêter ses 18 ans pendant l'épreuve.

Yundi Li commence à faire de la musique à quatre ans par... l'accordéon! Il bascule vers le piano à l'âge de sept ans. À 13 ans il gagne le concours Stravinski pour jeunes artistes aux États-Unis. Après, c'est Utrecht, Pékin et Varsovie. L'ascension de l'artiste au niveau international est fulgurante depuis trois ans, car le Concours Chopin reste le plus prestigieux du monde. Le label Deutsche Grammophon ne s'y trompe pas et signe Yundi Li pour un contrat discographique se prolongeant jusqu'en 2009 à raison d'un disque par an. Le prochain, à paraître cet automne, sera consacré aux Scherzos de Chopin, que le pianiste interprétera en première partie de son concert à Lanaudière. Peu loquace en entrevue, Yundi Li aime cependant évoquer la «grande émotion, l'exigence technique, mais surtout la fraîcheur» qui émane de ces quatre Scherzos. Il dit ne pas écouter spécialement les prestations de ses prédécesseurs et nie connaître l'enregistrement de Pogorelich chez le même éditeur, mais cite tout de même Rubinstein et Arrau.

Quand on entend un disque de Yundi Li, par exemple la Sonate de Liszt, qu'il jouera en seconde partie de son concert (sa seconde venue au Canada après Vancouver en avril et avant, peut-être, un engagement à l'OSM en 2005-06, sur lequel il reste très évasif et secret), on est d'abord frappé par cette sorte de sérénité et d'élégance, mais aussi de naturel du flux musical, des qualités en tout point opposées au style tape-à-l'oeil de son compatriote Lang Lang, dont je n'ai, pour l'heure, pas eu à dire le plus grand bien.

Cette finesse d'esprit pouvait déjà se déduire de ses déclarations à l'issue du Concours Chopin, où il aurait dit vouloir devenir le «prochain Krystian Zimerman», le pianiste polonais, vainqueur du concours en 1975, à l'âge de 18 ans et 10 mois (juste quelques mois de plus que Yundi Li, son plus jeune lauréat). Zimerman, perfectionniste soucieux du moindre détail, n'a jamais versé dans l'esbroufe et le superficiel. Et c'est exactement dans le registre du raffinement qu'on attendra Yundi Li ce vendredi; un pianiste qui sait ce qu'est le son, la précision et le rythme chez Chopin. C'est ce que nous n'avons pas entendu à Lanaudière avec M. Aimard. On verra alors si le disque nous a menti.
- À écouter au disque. Récital Liszt (Sonate en si mineur, Venezia e Napoli, Liebestraum n° 3, etc.) et récital Chopin (Sonate n° 3) chez Deutsche Grammophon (cités par ordre de préférence).

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YUNDI LI

Festival de Lanaudière. Chopin: 4 Scherzos. Liszt: Sonate en si mineur. Amphithéâtre, vendredi 31 juillet, 20h.