400e anniversaire de l'Acadie - L'Odysséa: une oeuvre de longue haleine

Caraquet — Lorsqu'une oeuvre porte le nom de L'Odysséa, ça sent tout de suite le grandiose. Quand c'est fait dans le cadre du 400e anniversaire de l'arrivée des premiers Français en Amérique, alors là c'est majeur.

Et si on y associe les noms de Suzie LeBlanc, de Serge Patrice Thibodeau et de Pierre Michaud, on parle sans aucun doute de quelque chose qui va marquer. Ce dernier nommé, le compositeur de l'oeuvre, présentera la fameuse Odysséa au Festival international de musique baroque de Lamèque, en Acadie, le 30 juillet prochain. Il avoue être nerveux.

Le festival se déroulera du 29 juillet au 1er août. Sa programmation inclut L'Odysséa, une grande oeuvre musicale dont le livret a été écrit par Serge Patrice Thibodeau et la musique par Pierre Michaud.

«Il ne s'agit pas d'une comédie musicale», note le jeune homme qui s'est chargé de la musique de cette odyssée. Il tient à spécifier que l'oeuvre, qui sera interprétée en l'église Sainte-Cécile (Petite-Rivière-de-l'Île), en est une de musique actuelle, contemporaine.

«Un oratorio profane», précise le compositeur, qui l'a fait «sur mesure» puisqu'il s'agissait d'une commande. Il a dû se plier aux limites du festival en ramenant son oeuvre à 30 minutes alors qu'elle faisait au départ une heure 30 minutes.

Comme le tout a été réalisé dans le cadre du 400e de l'Acadie, Pierre Michaud et son acolyte pour le projet, Serge Patrice Thibodeau, ont dû entreprendre une recherche pour savoir ce que Pierre allait rendre comme musique.

«Est-ce qu'on allait essayer de faire une copie conforme de la musique baroque de l'époque ou est-ce qu'on allait faire quelque chose de complètement abstrait ou bien de très contemporain? C'est quand même un gros défi!», s'est exclamé l'homme qui devait travailler avec un thème aussi gros que le 400e en plus de devoir écrire une oeuvre nouvelle dans le cadre d'un festival qui célèbre une musique ancienne.

«En fait, la seule façon dont on peut vraiment justifier une commande d'oeuvre dans le cadre du Festival de musique baroque, c'est un anniversaire comme celui-là. Parce que 1604 est le début de la période baroque en musique. Sinon, on ne peut pas écrire une oeuvre contemporaine pour un festival de musique baroque!»

Un gros morceau, donc. Difficile à aborder? «Soit on faisait vraiment un résumé de ce qui s'est passé, soit on l'adaptait. Nous, ce qu'on a voulu faire, c'est rendre ce projet-là international pour qu'il puisse se répéter ailleurs dans le monde et être compris. On a donc essayé de vraiment voir ce qui caractérise un peuple, ses valeurs, ses états d'âme.» Ils se sont aussi attardés à la période de renaissance acadienne des années 1960. Ce qui fait qu'ils lancent, à travers leur oeuvre, un «message d'espoir».

«On ne voulait pas tomber dans le régionalisme, a avoué le compositeur originaire d'Edmundston. Je trouve que le sentiment nationaliste, c'est quelque chose de très personnel. Je ne suis pas quelqu'un qui aime l'extérioriser.»

Fierté

Une fierté qui est palpable, en tout cas, c'est celle de s'être bien entouré pour ce projet.

«J'ai voulu travailler avec Serge Patrice Thibodeau. On avait beaucoup de choses en commun, sans le savoir. Entre autres, j'ai habité six ans en Europe de l'Est, en Slovaquie. Drôle de coïncidence, un de ses recueils s'appelle Le Cycle de Prague. Ses textes ont été traduits en Slovaquie et en République tchèque.»

Aussi, Suzie LeBlanc fera partie de la distribution de L'Odysséa. Un choix qui fait plaisir à Pierre Michaud. «Pour moi, c'est la soprano idéale, question de timbre de voix.»

À l'approche du moment où l'on donnera vie à son oeuvre, le jeune homme est très nerveux.

«Ce n'est même plus un soulagement lorsqu'il y a des applaudissements! Et après, ça me prend deux ou trois jours pour absorber ce qui s'est vraiment passé!», a-t-il expliqué quant au tract qu'il ressentira.

Il faut dire que L'Odysséa est probablement son travail le plus ardu. «C'est peut-être l'oeuvre la plus difficile que j'ai eu à écrire, parce que j'avais toujours une petite voix intérieure qui me disait: "Non, ne fais pas cela! Ça ressemble à ceci." Il y avait toujours des références extérieures. On est très peu de compositeurs au Nouveau-Brunswick. Alors c'est très facile de copier des idées québécoises, françaises.»

Effectivement, les compositeurs ne sont pas légion dans les Maritimes. «Je n'ose pas prétendre que c'est moi qui va fonder une école de musique contemporaine actuelle acadienne. Mais je sens un peu la responsabilité, même si je n'aime pas le dire», a confié le lauréat, en 2000, d'un prix au 14e Concours national des jeunes compositeurs de Radio-Canada à Vancouver, ce qui en a fait le seul lauréat néo-brunswickois dans l'histoire de cette prestigieuse compétition.

Avec les oeuvres et le bagage qu'il a derrière lui et L'Odysséa, en plus des projets sur lesquels il travaille, Pierre Michaud serait sans doute la meilleure école.