Concerts classiques - Une maturité époustouflante

Après l'étonnante interprétation de la 6e Symphonie de Dvorák par Yannick Nézet-Séguin à Lanaudière vendredi, le prometteur Jean-Philippe Tremblay, 27 ans, revenait en visite à Montréal avec son «orchestre d'été», dans la 7e Symphonie du même compositeur.

Comme à son habitude, l'Orchestre de la francophonie canadienne, ouvrait le concert avec une création d'un jeune Canadien, en l'occurrence Julien Bilodeau.

Le titre, Myriades, est particulièrement bien trouvé, tant le caractère sonore prolifératif immerge l'auditeur. Pas une seconde d'ennui dans cette vaste partition (18'25, hier) qui démontre la «soif d'orchestre» de Julien Bilodeau, un talent impressionnant, aussi prometteur qu'un Guillaume Connesson en France. Myriades débute avec des percussions traitées à la manière de Tan Dun. Après un solo de clarinette basse qui évoque les atmosphères menaçantes de Chostakovitch, un thrène de violoncelles façon Sandor Veress annonce une impressionnante section construite sur un ostinato de cordes: du John Adams avec, au dessus, une construction spectrale aussi riche que du Dalbavie. Tout, décidément, est brassé là-dedans (même des dissonances qui évoquent le climax de la 10e Symphonie de Mahler!). Il sera intéressant de voir ce qui émergera dans 10 ans, quand Bilodeau aura étanché sa soif de profusion pour canaliser son inspiration. Mais, assurément, le talent est aussi précoce que grand.

Après ce début tonitruant arrive Jonathan Crow, 26 ans, le jeune violon solo de l'OSM. Son Saint-Saëns et son Waxman sont de très grande classe; une matière sonore riche et chaude, un vibrato généreux, et surtout des tempos pondérés mais pas lents qui laissent tout entendre. Sur un velours orchestral attentif, Jonathan Crow conjugue ainsi musique et funambulisme et donne un bel exemple de d'intelligence musicale.

Dire que l'exemple est suivi par Jean-Philippe Tremblay est un euphémisme: la maturité musicale de ce chef me laisse coi. Dans la 7e Symphonie de Dvorák, il souligne une nette filiation brahmsienne. Le son dense et nourri est conduit avec un legato surprenant de la part d'un orchestre constitué ad hoc. Le souffle des phrasés impressionne dans le premier volet et nourrit le 2e mouvement, un rien lent mais d'une réelle beauté contemplative. À Forget, samedi, les bois (clarinette et flûte notamment) devront doser leur son avec plus de parcimonie et de subtilité. Le trio s'imbrique sur l'écho des cordes graves, d'un scherzo d'une pulsation idéale. On peut cependant y jouer encore davantage du jeu de dialogue entre les violons 1 et 2. Le Finale est plus nerveux au niveau du tempo, mais sans agitation, la direction, claire et sobre, encourageant les musiciens sans ostentation. Des artistes à suivre, chacun dans son domaine.