«Perséides», un album pour «faire du bien»

La chanteuse Coeur de pirate, Béatrice Martin de son vrai nom, a appris dans les derniers mois qu’elle avait un polype hémorragique sur l’une de ses cordes vocales, une forme d’irritation chronique qui l’empêchait depuis des mois de chanter normalement.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La chanteuse Coeur de pirate, Béatrice Martin de son vrai nom, a appris dans les derniers mois qu’elle avait un polype hémorragique sur l’une de ses cordes vocales, une forme d’irritation chronique qui l’empêchait depuis des mois de chanter normalement.

Privée temporairement de sa voix en raison d’un problème de santé aux cordes vocales, c’est par le piano — et rien d’autre — que Cœur de pirate a décidé d’exprimer son art. Son nouvel album, Perséides, lancé vendredi, se veut une invitation à voyager à travers le Québec au son des notes de son clavier.

« Ça faisait plusieurs mois que je n’arrivais plus à chanter comme avant. J’ai accumulé beaucoup de frustration, j’avais ce besoin de créer que je n’arrivais pas à assouvir, raconte l’autrice-compositrice-interprète en entrevue. Quand je me suis retrouvée muette juste après mon opération, j’ai réalisé que je pouvais continuer de faire de la musique autrement, avec mon piano. »

Béatrice Martin, de son vrai nom, a appris dans les derniers mois qu’elle avait un polype hémorragique sur l’une de ses cordes vocales, une forme d’irritation chronique qui l’empêchait depuis des mois de chanter normalement. Sa voix se fatiguait plus rapidement et devenait soudainement très rauque.

Après des mois d’attente, elle a été opérée début mars. « L’opération est commune et n’est pas dangereuse, mais la récupération prend du temps et nécessite de faire attention », explique-t-elle, précisant d’ailleurs qu’un mois et demi plus tard, elle doit encore éviter de parler plus de 30 minutes par heure. « Au moins, je peux parler maintenant », ajoute-t-elle en riant.

À sa sortie de l’hôpital, il lui a été interdit de parler pendant deux semaines, un temps nécessaire pour reposer ses cordes vocales après l’opération. « Quand ta voix, c’est ton métier, il y a comme un stress supplémentaire. Je voulais vraiment faire attention, alors je me suis isolée pour aller vivre dans mon studio. Je n’ai pas vu ma fille ni mon chum pendant tout ce temps. »

Seule, ne pouvant dire un mot ni même exprimer un son, elle s’est naturellement tournée vers son piano, qu’elle avait quelque peu délaissé dans les dernières années. L’idée de faire un album instrumental est ainsi née de cette retraite silencieuse, pendant qu’elle laissait aller ses doigts sur le clavier pour jouer les mélodies qui lui trottaient dans la tête.

Souvenirs d’enfance

Il s’agit d’une première pour Cœur de pirate. Bien sûr, elle s’était déjà prêtée à l’exercice en 2014 en composant au piano la trame sonore du jeu vidéo d’Ubisoft Child of Light. Mais cette fois il n’y a pas de chœur, uniquement le son du piano. « C’est un projet plus personnel aussi », ajoute-t-elle.

L’artiste explique avoir créé ses chansons uniquement à l’oreille, puisqu’elle ne lit plus la musique depuis longtemps. Rappelons qu’elle a passé environ six ans sur les bancs du Conservatoire de musique de Montréal lorsqu’elle était plus jeune.

Tantôt dynamiques, tantôt mélancoliques, les mélodies de ce court album d’une vingtaine de minutes invitent à prendre un moment pour soi, pour voyager dans son esprit, mais aussi à travers le Québec puisque chaque pièce porte le nom d’une ville de la province. Kamouraska, Saint-Irénée, Arvida ou encore Les Éboulements, toutes des villes associées à des souvenirs d’enfance de Béatrice Martin, là où sa mère enseignait le piano et la « traînait » chaque fois avec elle.

« Quand t’es enfant, c’est pas le fun de passer les étés aux Éboulements. Maintenant, je réalise la chance que j’ai eue de découvrir ces si beaux paysages. J’ai eu envie de faire vivre ça à tout le monde à travers ma musique, de les emmener en voyage avec moi », confie-t-elle.

« Avec la pandémie, j’espère que cet album apportera un peu de tranquillité et d’apaisement », poursuit Cœur de pirate, soulignant avoir été guidée par un seul but dans ce processus de création : « faire du bien aux gens ».

Si ce nouvel album est d’ores et déjà disponible, il sera officiellement lancé lors d’un spectacle virtuel le 13 mai prochain à l’espace Yoop, à Montréal.

Quant à l’album sur lequel Cœur de pirate travaillait avant son souci de santé, elle compte bien le reprendre lorsqu’elle sera complètement guérie. « Je n’ai pas encore essayé de chanter, mais je pense que ça va bien aller. Je devrais pouvoir le sortir d’ici la fin de l’année. »

Concert virtuel

D’ici là, elle risque d’être bien occupée dans ses fonctions de présidente de la maison de disques Bravo musique, anciennement Dare to Care. Plusieurs sorties d’album d’artistes sont prévues au calendrier, et Béatrice Martin se fait un point d’honneur d’accompagner ses nouvelles signatures de A à Z.

D’ailleurs, l’arrivée de Thaïs et de Thierry Larose sera officialisée lors d’un événement virtuel, Bonjour Bravo, organisé par la maison de disques, le 26 mai prochain. Les deux artistes formeront un duo pour le temps d’une performance. Pour l’occasion, d’autres duos seront formés, dont celui de Maude Audet et The Blaze Velluto Collection, ainsi que celui de Jérôme 50 et Émile Bilodeau.

Une façon de donner « le coup d’envoi officiel du label », mais aussi de permettre aux artistes d’enfin se retrouver sous les feux de la rampe après l’arrêt imposé par la pandémie, dit Cœur de pirate, qui se réjouit à cette pensée.

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