Festivals - La douleur infinie de Schubert

Si vous n'en avez jamais fait l'expérience et que vos envies d'escapade vous poussent jusque dans les Cantons-de-l'Est, pourquoi ne pas tenter une expédition vers Orford ce vendredi? Au milieu des arbres et à la source du «sentier des arts», la salle Gilles-Lefebvre du Centre d'Arts Orford accueille, les fins de semaines d'été, des concerts qui sont autant de rencontres entre des artistes d'horizons divers dans un cadre superbe. Nous vous avions commenté le récital du violoniste Yossif Ivanov dans Le Devoir du 17 juillet dernier. Le 30 juillet, les mélomanes auront rendez-vous avec Schubert. Mais pas n'importe quel Schubert: celui de l'essentiel Trio en mi bémol majeur, opus 100.

Pour l'interpréter, trois musiciens qui se connaissent déjà fort bien et font beaucoup parler d'eux en Europe: les Scandinaves du Trio Ondine. Fondé en 1999, le Trio Ondine a remporté plusieurs prix dont celui du Concours international de musique de chambre Joseph Haydn de Vienne en 2001. Il est composé d'un violoniste suédois qui a étudié à Copenhague, d'un violoncelliste allemand, qui a bourlingué dans les conservatoires du Danemark et de Suède avant d'atterrir à Helsinki, et d'un pianiste danois pur sucre! L'excellente réputation qui précède ces instrumentistes sera, on l'espère, confirmée dans une oeuvre hors du commun: le fameux Opus 100 de Schubert (1797-1828), à mon sens la plus belle partition jamais composée pour cette formation.

Schubert écrivit deux trios pour la formation violon, violoncelle et piano. Il vint très tard à cette formule, ce qui fait de ses Trios avec piano des chefs-d'oeuvre de la maturité. En l'occurrence, le Trio opus 100 date de novembre 1827, un an exactement avant sa mort. On souligne trop peu souvent que, par l'expansion des proportions (comme dans la «Grande Symphonie»), Schubert a ouvert la voie à un compositeur tel que Bruckner. Il en va de même, s'agissant de la musique de chambre, dans cette oeuvre d'une durée de 40 minutes, magistralement structurée, vibrant d'accents presque angoissés, et accordant une place importante au piano.

Quiconque se souvient de sa première expérience avec le Trio en mi bémol vous évoquera immédiatement le rythme de marche processionnel du second mouvement: une atmosphère lourde et dense s'installe en quelques secondes au piano avant que le violoncelle entame un chant presque désespéré. Le développement de ce mouvement atteint des paroxysmes d'une rare intensité. C'est un point nodal du romantisme musical qui se concentre ici, dans l'expression et le chant de trois instruments. L'expérience, assurément, ne s'oublie pas.

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LE TRIO ONDINE

Anders Nordentoft (1957): Doruntine (1994). Joseph Haydn (1732-1809): Trio n° 43 en ut majeur, Hob. XV.27. Franz Schubert (1797-1828), Trio n° 2 en mi bémol majeur, op. 100. Festival Orford, Salle Gilles-Lefèvre. Vendredi 30 juillet, 20h. (819) 843-9871.