Vendou entre ciel et terre

Le rappeur québécois Vendou
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le rappeur québécois Vendou

Sur la scène rap québécoise survoltée, le jeune Vendou a presque l’air d’un sage. Dans la forme autant que le fond : pourvu d’un timbre apaisant, le rappeur et chanteur a fait son lit dans des grooves mélodieux et mélancoliques, et ses textes aux images recherchées commandent une écoute attentive. « Tellement que je flex avec les mots, on dirait qu’j’fais du Pilates », rappe-t-il sur Boucane, avant d’ajouter avoir « la tête dans les bouquins, le cerveau dans la boucane ». Millénium, le nourrissant premier album du Montréalais, offre une réflexion sur le temps qui passe lentement, et parfois douloureusement, depuis plus d’un an déjà.

Il n’y a qu’une seule chanson sur l’album évoquant cette étrange période que nous vivons ; elle s’appelle Temps en temps, et Vendou l’a placée exprès en début d’album.

L'album «Millénium» du rappeur Vendou

« Là où je fais un lien avec la pandémie, c’est en exprimant comment je l’ai vécue, explique-t-il. Cette dernière année a marqué une grosse pause dans ma vie, c’est même une des premières fois où j’ai vraiment eu l’impression de pouvoir faire ce que j’avais vraiment envie de faire, de pouvoir y mettre le temps et le cœur. Je chante : “Les aiguilles m’étourdissent, je voudrais arrêter le temps / Comment je me sens de temps en temps / Les journées rétrécissent, je voudrais inverser le temps / Je voudrais juste être bien de temps en temps”. C’est comme ça que je me sentais : chanceux de pouvoir arrêter le temps et le prendre pour faire ce dont je rêvais, un album dont je serais fier. »

« Donner un sens »

Il le sera, et avec raison. Paru vendredi dernier, au lendemain de son 28e anniversaire, Millénium marie éloquemment le rap, la chanson et la pop. Si plusieurs musiciens de sa génération reconnaissent l’influence du son de Mac Miller, l’attachant rappeur américain décédé subitement en 2018, Vendou est l’un de ceux qui ont le mieux compris la grande sensibilité exprimée dans les chansons de l’Américain.

Cette guitare acoustique qui balanceTemps en temps, la rythmique moelleuse de la ballade Folomé, le dénuement de Météore, le texte s’appuyant sur une batterie parcimonieuse, quelques phrases de piano, des cordes et des effets sonores. Même lorsque la rythmique vire au trap (Sablier, Nectar) ou lorgne la pop dansante (Parfait, un potentiel hit estival), Vendou ne s’éloigne jamais de son image de chanteur suave. « Ce que j’ai envie d’apporter sur la scène, c’est une musique qui sera à la fois très contemporaine — c’est-à-dire que j’utilise les codes de la musique que j’écoute — et intemporelle », dit Vendou.

« J’aimerais donner un sens à cette musique », ce qu’il réussit à faire dans ses textes farcis de références à la culture populaire (Francis Cabrel dans Nectar) autant que littéraire (Kundera dans Boucane). « La ligne directrice de l’album est surtout un univers lexical, estime-t-il. Seulement, il y a quand même beaucoup d’idées offertes de façon abstraite, parce que ce genre d’écriture, d’images, de périphrases, ça me plaît. C’est une belle manière d’approcher l’écriture, je trouve, ça amène du grandiose au quotidien. Des sujets comme la forêt, l’univers, les planètes, les étoiles… à vivre en ville, on finit par oublier la grandeur de l’univers. Ça me nourrit, personnellement. J’ai une fascination pour notre lien avec le monde, entre le ciel et la terre, entre le cœur et l’esprit, et la distance entre ces choses. C’est pas un peu « astral » comme discours ? »

Oui, ce l’est, mais ça inspire et, surtout, ce n’est pas sibyllin. L’album Millénium est tout sauf cérébral. Au contraire, avec ses belles mélodies et son climat douillet, Vendou est accueillant, un trait de personnalité qui le définit depuis son mini-album Doux or Die, paru en 2018, à l’époque où la colonie des Fourmis (LaF, FouKi, Kirouac & Kodakludo, Xela Edna, etc.) faisait son apparition sur la scène rap.

Peu après sa participation aux Francouvertes en 2019, Vendou a déniché ses collaborateurs : Oclair (Gaël Auclair), compositeur et réalisateur de l’album, DJ Carey Size et les musiciens Tom Lunaire, Mathias Clerc et Mathieu Rompré. « Gaël et Mathias viennent de la musique de pub, donc ils ont du flair pour les productions accrocheuses, souligne Vendou. [Dans ma démarche], il y a clairement une envie de faire un crossover, entre les genres musicaux autant qu’entre les publics » de rap, de pop et de chanson. « J’écoute beaucoup de musique différente, et intensément — je suis très TOC [trouble obsessionnel compulsif] avec ma musique, j’écoute toujours la même chose, mais il y a peu de genres que je n’aime pas. C’est un avantage lorsqu’on veut s’adresser au monde. »

Un lancement « interactif » gratuit aura lieu le 2 mai, à 18 h, sur worthlessidea.com/lancement-vendou

Millénium

Vendou, paru sur étiquette L’Ours depuis le 23 avril