Iggy Pop, l’«Iguane» francophile

Le chanteur punk-rock Iggy Pop
Photo: Getty Images Agence France-Presse Le chanteur punk-rock Iggy Pop

L’icône punk-rock Iggy Pop chante un duo en français sur l’album de la chanteuse Clio prévu vendredi : pas une première, ni une dernière sans doute, pour l’« Iguane » adoptée depuis longtemps en France.

Tandem avec la chanteuse Françoise Hardy dans les années 2000 ; album Préliminaires inspiré de La possibilité d’une île de l’écrivain Michel Houellebecq (le disque s’ouvre et se ferme par une reprise en français de la chanson Feuilles mortes écrite par Jacques Prévert), reprises en français de Brassens, Piaf ou Gainsbourg dans l’album Après dans les années 2010 et un morceau avec Thomas Dutronc en 2020.

Les artistes de l’Hexagone n’ont plus beaucoup de secrets pour James Osterberg, son nom à l’état civil. Et à 74 ans (fêtés ce mercredi) l’ancien leader des Stooges reste toujours aussi ouvert à ce qui vient de France.

En témoigne le beau titre L’appartement, sur le 3e album de la chanteuse française Clio (L’amour hélas chez uGo & Play) où il se fait plus crooner que jamais. Mais comment capter cette légende vivante sur son disque ?

« De manière extrêmement simple, explique à l’AFP Clio. J’ai écrit un duo, j’imaginais une voix grave avec un accent anglais. J’en ai parlé avec mon manager, il avait récemment réentendu Iggy Pop en français, on l’a réécouté, on s’est dit “il faut le tenter” (rires) ». « On a transmis une démo à son agent, ça paraissait complètement fou, mais Iggy a très vite répondu qu’il était d’accord. Je ne m’en suis toujours pas remise ».

Segmenter comme Brassens

Alain Lahana, son manager-producteur en France, confirme à l’AFP cette fluidité : « ça s’est passé très vite, comme avec Thomas [Dutronc], il était content ; le truc intéressant avec cette chanson, c’est que lui chante très bas et elle très haut, c’est un joli mariage ». « Iggy adore la chanson et va la passer dans son émission sur la BBC », poursuit-il.

Le morceau s’inspire d’un poème français de Francis Carco. « Iggy Pop avait déjà montré à plusieurs reprises qu’il aimait la chanson française et la culture française, c’est ce qui nous a décidé à lui proposer », développe Clio.

Cet attrait lui vaut d’être commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres (distinction culturelle française) mais aussi un clash dans le passé avec une major refusant de distribuer l’album Après (aux côtés de standards américains, il reprenait dans la langue de Piaf cinq classiques de la chanson française). Iggy Pop s’en était alors remis à un site de vente privée en ligne.

« Iggy au comptoir »

D’où vient cette passion française chez « Le parrain du punk » ? « Pour lui, et d’autres artistes américains comme Patti Smith, la France c’était le truc sexy, avec Godard, Truffaut, Rimbaud ; cette soif de culture chez lui fut comme une bouée de sauvetage, pour ne pas sombrer », quand enfer des paradis artificiels et internements psychiatriques se succédaient, résume Alain Lahana.

David Bowie, qui tendit la main à Iggy Pop quand il était au fond du trou, fut également un passeur. Les deux hommes vinrent à l’initiative du premier enregistrer l’album de l’« Iguane », The idiot, au milieu des années 1970 au château d’Hérouville (à 50 km de Paris), pionnier des studios résidentiels.

Un quart de siècle plus tard, Iggy Pop enregistrera avec Françoise Hardy (I’ll be seeing you) dans un studio parisien du 19e arrondissement sous la houlette de Rodolphe Burger. « Après, on est allés dans un bar du coin, les gens sont tombés dans les pommes en voyant Iggy au comptoir », en rigole encore Alain Lahana.

L’Américain n’en a pas encore fini avec les musiciens français. Un projet avec Lionel Limiñana, tête chercheuse du rock-garage en France, est sur une étagère.

« Pour Iggy c’est tombé à l’eau, pour le moment. On devait aller à Miami enregistrer et entre la COVID-19 et le reste, ça s’est éternisé et ça ne s’est pas fait. J’ai la maquette, la musique et le texte. J’espère qu’on pourra le faire dans un avenir proche », expose à l’AFP le leader des Limiñanas.