Le gâteau vidéo de Klô Pelgag pour son nouveau spectacle

Laurence «Baz» Morais réalise ce Spectacle spectral présenté comme «un concert virtuel à mi-chemin entre un sandwich aux œufs et le bogue de l’an 3000».
Photo: William Arcand Laurence «Baz» Morais réalise ce Spectacle spectral présenté comme «un concert virtuel à mi-chemin entre un sandwich aux œufs et le bogue de l’an 3000».

Parues en juin 2020, les chansons de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, le troisième album de Klô Pelgag, n’ont à peu près pas vécu sur scène, pour la raison que l’on connaît. Elles vivront alors à l’écran vendredi soir, sous la lentille fébrile de Laurence « Baz » Morais, réalisateur de ce Spectacle spectral présenté, à la manière dadaïste qu’affectionne l’iconoclaste musicienne, comme « un concert virtuel à mi-chemin entre un sandwich aux œufs et le bogue de l’an 3000 ». Soixante-quinze minutes de chansons baroques, d’orchestrations savantes, de costumes singuliers et de décors à détruire qui à la fois étonnent et attristent : qu’est-ce qu’on donnerait pour enfin revoir Klô Pelgag, en chair, en os et en folie, sur scène !

Un œil de lynx reconnaîtra dès les premières minutes du Spectacle spectral Philippe Brach, qui passe en coup de vent dans ce qui semble être la succursale d’un courtier d’assurances, grise et inanimée. En moins de deux, ledit bureau sera mis sens dessus dessous par des individus revêtus de ce genre de combinaisons que doivent porter les médecins dans les chambres à pression négative de nos hôpitaux désignés COVID-19. Ce sera, promet Baz, l’unique référence à la crise sanitaire.

« C’est clair que c’est un clin d’œil à la COVID, mais dans l’idée du spectacle, ce bureau, cette salle d’attente, il y a aussi un regard sur l’unité, sur le fait de perdre notre unicité pour ne former qu’un groupe » faisant face au défi que pose cette crise, explique le réalisateur, qui travaille avec Klô Pelgagdepuis sa réalisation du clip de la chanson Tunnel, en 2014. « Il y a plusieurs métaphores à déduire de ça. »

Lorsque Klô Pelgag a offert à Laurence « Baz » Morais la réalisation de sa captation live, il n’avait qu’une question pour elle : « Qu’est-ce que tu veux que ce soit de mieux que de simplement écouter l’album Notre-Dame-des-Sept-Douleurs en se fermant les yeux ? » Il avait sa propre petite idée : mettre l’autrice-compositrice-interprète en danger dans son propre univers.

En concevant le Spectacle spectral, Klô et Baz ont discuté de l’impact de la pandémie sur eux. « Je lui ai expliqué ce que j’avais vécu, elle m’a parlé de son expérience, de ce qui lui avait manqué. De cette conversation, on a convenu que le spectacle devait être positif, que Klô devait vivre quelque chose à l’intérieur de ce spectacle, et elle m’a fait part de certains de ses fantasmes de scène : “Ça fait longtemps que je rêve de sauter dans un gros gâteau ! J’aimerais ça voler !” » Klô Pelgag fera tout ça, et plus encore. « J’ai pris ses fantasmes pour les intégrer dans l’histoire que je voulais raconter — je dis histoire, mais ce n’est pas un récit à proprement dit, il y a un fil narratif assez mince, un début, un dénouement, l’intention d’exprimer un éveil, une renaissance, à travers tout ce qu’on vient de vivre. »

Ainsi, seulement trois ou quatre scènes ponctuent ce qui est avant tout la captation d’un généreux concert, enregistré en une journée le mois dernier, aux Studios Notre-Dame, avec le concours de la boîte de production Parce que Films. Le décor, quelque part entre celui des émissions Soul Train et Pop Citrouille, est habité par une dizaine de figurants-spectateurs et un époustouflant orchestre : une section de cuivres de cinq musiciens, des choristes (Les Grands-Mères à broil), un préposé au synthétiseur modulaire (l’appareil est en soi un élément du décor), les guitaristes et la section rythmique, et Klô. Souvent au piano et à l’onde Martenot, parfois à la guitare, en pleine forme vocale, la musicienne offre une sélection d’une quinzaine de chansons tirées de son dernier album ainsi que du précédent, L’étoile thoracique (2016).

Là où le réalisateur Denis Côté innovait avec sa scénographie de mise en abîme pour la captation d’un concert de Marie Davidson & L’œil nu, Baz privilégie les plans de caméra rapprochés et dynamiques et croque intensément les gestes de Klô, qui saute comme une puce dans ce décor. S’enchaînant les unes aux autres, les quinze chansons forment une longue et passionnante œuvre pop. « “Impressionniste” est le bon mot pour décrire le spectacle de Klô, dit Baz. [En tant que créateur et réalisateur], j’ai beau m’allier à une artiste musicale, je ne veux pas prendre toute la place [à l’écran]. Il faut que la poésie et la musique soient les vedettes. Ce spectacle, c’est un poème sur la vie qui laisse au spectateur le soin de trouver des réponses sur le sens de l’œuvre. Je ne voulais pas qu’on y cherche un message qui devienne une distraction aux chansons. »

Notre-Dame-des-Sept-Douleurs – le Spectacle spectral, de Klô Pelgag, réalisé par Laurence « Baz » Morais, sera diffusé par l’entremise de Lepointdevente.com le 23 avril à 20 h ; tous les détenteurs de billets auront accès à la prestation pour une durée de 24 heures. Klô Pelgag donnera des concerts en présentiel le 29 avril (Lévis), le 30 avril (Rimouski) et le 1er mai (Rivière-du-Loup).

  

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