Le Concert bleu, nouvelle réalité et grand chambardement

À l’origine, Le Concert bleu a été conceptualisé par le Festival Classica, dont le baryton Marc Boucher est le directeur artistique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir À l’origine, Le Concert bleu a été conceptualisé par le Festival Classica, dont le baryton Marc Boucher est le directeur artistique.

Neuf mois exactement après l’annonce de sa conception, Le Concert bleu (leconcertbleu.com), projet de plateforme numérique québécoise destinée au milieu de la musique classique, vient d’obtenir l’aide du gouvernement du Québec nécessaire à sa concrétisation.

C’est un soutien de 800 000 $ que le ministère de la Culture et des Communications accorde au projet. Il émane du programme « Autres interventions particulières en culture et en communications » et non du fameux programme « Ambition numérique » auquel on tendait à l’associer. La ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a dit avoir « confiance que cet outil deviendra un puissant levier de relance économique pour le secteur de la musique classique et qu’il pourra faire briller ce talent dont nous sommes fiers auprès d’un public encore plus vaste ».

Créer un modèle

Comme l’écrivait Le Devoir le 8 juillet 2020, lors de son dévoilement, le projet vise à regrouper les contenus numériques de musique classique réalisés au Québec en proposant un outil de monétisation qui permettra de générer des revenus, dont 70 % iront aux artistes et 30 % pour le maintien et le développement de la plateforme.

À l’origine, Le Concert bleu a été conceptualisé par le Festival Classica, dont le baryton Marc Boucher est le directeur artistique. La plateforme, développée par la société québécoise de transformation numérique ellicom/LCILX, devra, selon Marc Boucher, « recréer le lien entre les consommateurs québécois et les artistes québécois ». « Nous souhaitons que le public s’identifie à nos artistes, dans des lieux d’ici », avait-il déclaré en juillet.

Depuis lors, un conseil d’administration a été constitué, comprenant entre autres Dominic Trudel, directeur général du Conseil québécois de la musique, Laurent Patenaude, codirecteur des Violons du Roy, Mathieu Lussier, directeur musical d’Arion, et Guillaume Lombart, président de Livetoune et d’Atma.

En quoi Le Concert bleu est-il encore pertinent, alors que depuis juillet tout le monde s’est débrouillé sur le plan numérique ? « Parce qu’aucune initiative n’est viable. Les organismes ont reçu de l’argent, et le moyen de dépenser cet argent était de faire de la webdiffusion. Mais tout le monde a perdu de l’argent », résume Marc Boucher au Devoir. Tout au contraire, le promoteur du Concert bleu veut voir « la webdiffusion comme un outil de valorisation et de monétisation de contenu, qui vise une certaine viabilité ».

Aux yeux de Marc Boucher, les 800 000 $ sont « un beau geste de confiance », mais il enchaîne avec un pavé dans la mare : « Si nous nous montrons responsables, nous n’allons pas dépenser cet argent sans nous être assurés au préalable d’une chose fondamentale : une réforme syndicale. » Parlant en son nom propre et ne voulant pas engager le C.A., Marc Boucher souligne que « le produit de webdiffusion doit être expliqué » pour que « les syndicats, la Guilde, l’Union des artistes entrent dans le XXIe siècle ».

Si nous nous montrons responsables, nous n’allons pas dépenser cet argent sans nous être assurés au préalable d’une chose fondamentale : une réforme syndicale

 

À l’heure actuelle, le monde de la musique doit se conformer à des ententes de deux semaines de webdiffusion. Pour Marc Boucher, « ce modèle n’est absolument pas viable », et il faut « créer un nouveau cadre pour développer le plein potentiel financier d’un nouveau produit et ses redevances aux artistes ».

L’expérience Web

« Depuis un an, nous avons appris de cette expérience Web. Il faut que, syndicalement, on puisse parvenir à un droit d’exploitation pour reverser des dividendes [Le Concert bleu est un organisme à but non lucratif] et donc ne pas voir la webdiffusion comme un produit qui doit être déchiré immédiatement, mais comme quelque chose qui génère des redevances sur 1, 5, 10, 15, 20 ans. C’est seulement comme cela que la pertinence des investissements publics pour soutenir des créations de contenu et la création de contenu des organismes va avoir un sens. »

« Moralement, je ne serai pas à l’aise de dépenser ces sous-là si on n’arrive pas à cela », conclut Marc Boucher, qui souligne que Le Concert bleu a toujours voulu se prolonger après la pandémie et doit donc répondre à un modèle d’affaires pérenne, qui requerra d’ailleurs un budget annuel de fonctionnement et de promotion, d’autant que le site se positionnera comme un véritable agenda culturel.

Un comité de travail émanant du C.A. a dès à présent pour mandat de commencer le travail d’approche avec les représentants syndicaux. « Nous sommes des musiciens et serons les premiers bénéficiaires de cette réforme. Nous le faisons parce que nous croyons que c’est uniquement de cette façon que ce projet sera viable », croit Marc Boucher. 

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