Les concerts de la Passion, entre recueillement et découvertes

Dans «Les sept dernières paroles du Christ» de Haydn, Bernard Labadie (sur la photo) a eu l’excellente idée d’insérer des lectures des évangiles par Yves Jacques entre les diverses sections de la partition.
Photo: Dario Acosta Dans «Les sept dernières paroles du Christ» de Haydn, Bernard Labadie (sur la photo) a eu l’excellente idée d’insérer des lectures des évangiles par Yves Jacques entre les diverses sections de la partition.

L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM), le Studio de musique ancienne et Les Idées heureuses proposent des concerts à déguster chez soi.

On remerciera l’OSM de nous offrir gratuitement, du 1er au 6 avril, Les sept dernières paroles du Christ de Haydn sous la direction de Bernard Labadie. Il s’agit de la version orchestrale, mouture originale de l’œuvre que l’on connaît aussi sous forme de quatuor, d’oratorio et de réduction pour piano. Bernard Labadie a eu l’excellente idée d’insérer des lectures des évangiles par Yves Jacques entre les diverses sections de la partition.

On notera la finesse de la réalisation visuelle, avec un éclairage très étudié qui s’efforce de simuler un intérieur d’église. Musicalement, on ne sera pas sans remarquer l’extrême concentration et précision de l’OSM, plus affûté que dans le récent concert Haydn / Mozart avec Kent Nagano. Visionnement très recommandé de cette superbe œuvre, dont l’arche soutenant les neuf adagios est tenue de bout en bout.

Modestes propositions

Ce programme avait été enregistré sans public, dans l’optique d’une webdiffusion avant l’ouverture des salles en zone rouge, alors que les concerts du Studio de musique ancienne de Montréal (SMAM) et des Idées heureuses ont été captés en direct devant public respectivement jeudi soir et vendredi après-midi à la salle Bourgie.

Le Studio de Musique ancienne a choisi Membra Jesu Nostri de Buxtehude lors d’un concert dédié à la mémoire de Réjean Poirier, cofondateur du Studio en 1974, décédé le 23 décembre 2020. Doyen de la faculté de musique de l’Université de Montréal de 1998 à 2006, Réjean Poirier était professeur de clavecin et d’orgue. Une austère Sonate chromatique pour orgue de Tarquinio Merula lui rendait hommage. Cette atmosphère de recueillement n’a pas vraiment perduré dans une exécution valeureuse mais modeste du chef-d’œuvre de Buxtehude par un quintette vocal composé de Marie Magistry, Stéphanie Manias, Josée Lalonde, Michiel Schrey et Normand Richard. Le nombre de musiciens acceptés sur la scène de la salle Bourgie ne permettait pas d’en faire plus. Il fallait choisir un autre endroit ou un autre programme, peut-être. La vidéo (payante) est accessible jusqu’au 8 avril. Pour ceux qui s’intéressent à cette partition majeure, les références discographiques sont plurielles : Veldhoven, Suzuki, Koopman, Fasolis, Jacobs et Gardiner, entre autres.

Vendredi, Geneviève Soly nous livrait le fruit de ses dernières découvertes musicologiques. Ce concert de la Passion se voulait une représentation du paysage sonore de Ville-Marie au XVIIIe siècle, à partir de musiques retrouvées dans les archives des Sœurs grises et des Sulpiciens. On y croisait les personnages de Marguerite D’Youville et Jean Girard (le Sulpicien qui apporta le fameux Livre d’orgue de Montréal en 1724). Les sœurs chantaient alors ce que Genevière Soly appelle « du plain-chant décadent musical orné (et inégal) à la Nivers ».

On peut être fasciné par tant de savoir et par ce type de concert-lecture. On peut aussi être agacé par le flot de paroles en un jour, le Vendredi saint, où la musique est censée accompagner méditation et recueillement. Le concert payant (meilleure réalisation musicale que le SMAM… quand il y a de la musique !) est disponible jusqu’à lundi soir.

Profitons de l’occasion pour signaler quelques concerts de la Passion ailleurs dans le monde. La paroisse de Bach, l’église Saint-Thomas de Leipzig, a diffusé vendredi une Passion selon Saint Jean, accessible sur YouTube ; ARTE met à disposition la Passion selon Saint Matthieu par Rafael Pichon, tandis que le Théâtre de La Fenice, de Venise, retransmettait un singulier Requiem de Mozart, dirigé avec dramatisme par Claus Peter Flor, mais chanté par des choristes masqués. Vendredi soir, Jean-Sébastien Vallée dirigeait à Montréal un Requiem de Verdi dans une version réduite. Enfin, l’Opéra de Stuttgart a choisi de rediffuser le Parsifal mis en scène par Calixto Bieto, sorte de provocation, puisque, dans sa vision post-apocalyptique, Bieto, qui pense qu’« on trouve le Graal en soi-même », met en question religions et rituels. On peut aussi voir le Parsifal déconcertant d’Achim Freyer (2017) mis en ligne vendredi par l’Opéra de Hambourg. C’était l’un des premiers spectacles de Kent Nagano là-bas. Devant la difficulté de comprendre ce « cosmos de fiction », on retournera avec d’autant plus de plaisir au DVD de François Girard.