Gros rap et doux folk aux Francouvertes

Étienne Coppée avait même une fleur à ses cheveux, et l’envie de chuchoter autant que de pousser sa voix chaleureuse.
Photo: Frédérique Ménard-Aubin Étienne Coppée avait même une fleur à ses cheveux, et l’envie de chuchoter autant que de pousser sa voix chaleureuse.

Superbes soirées préliminaires au concours de la relève Les Francouvertes. Les planches du Lion d’Or ont ployé sous le poids des talents qui y ont défilé ces deux derniers soirs, à telle enseigne que quatre des six concurrents se sont assurés d’une place aux demi-finales prévues à la fin avril. Un lundi rap coloré, un mardi folk spirituel, Les Francouvertes ratissent large et embrassent bien toutes les formes de chanson francophone. Impressions, émotions et coups de cœur de ces grands écarts stylistiques.

FIDÈS, J.A.M., Calamine : jour 5

Il était attendu, J.A.M., devenu la semaine dernière le premier gagnant de la compétition de rap francophone La fin des faibles présentée à Télé-Québec, qui, souhaitons-le, nous annoncera une seconde saison de la série télévisée. Le jeune MC originaire de Boucherville est arrivé aux Francouvertes avec cette énergie combative, mais joviale qu’on lui a découverte à la télé. Mais il se retrouvait dans un contexte fort différent, face à un tout autre jury, et surtout accompagné d’un orchestre complet. Rien à redire, J.A.M. a assuré : confiant, souriant, dynamique, éloquent. Un groupe aussi funk que rap l’entourant sur scène, il a sauté sur le tempo comme un poisson dans l’eau. On ne connaissait encore rien de son répertoire, mais il nous a vite fait comprendre qu’il avait assez de matériel pour nous garder debout pendant toute une soirée.

Photo: Frédérique Ménard-Aubin J.A.M., le jeune MC originaire de Boucherville est arrivé aux Francouvertes avec cette énergie combative, mais joviale qu’on lui a découvert à la télé.

L’édition précédente des Francouvertes aura servi de réchauffement pour Calamine, parfaite lundi soir au Lion d’Or. L’an dernier, elle s’y était inscrite avec son acolyte Sam Faye et le compositeur-beatmaker Kèthe Magané, formant ensemble le groupe Petite Papa. Magané est toujours à ses côtés, mais cette fois, c’est Calamine seule qui a commandé notre attention avec les chansons de Boulette Proof, le solide album qu’elle a lancé l’automne dernier.

Photo: Frédérique Ménard-Aubin Calamine était parfaite lundi soir au Lion d’Or.

Sur scène, le matériel paraissait encore meilleur. D’une part, les orchestrations rap-jazz-synth-funk ont gagné du muscle, plus incarnées que sur disque ; d’autre part, son charisme perçait l’écran. Quel naturel ! Elle paraissait totalement décontractée, dans son élément, la prosodie calibrée à la mesure près, magnifiant des textes sensés et pleins d’esprit — Calamine n’a pas que les textes les plus raffinés des Francouvertes, elle est aussi aujourd’hui l’une des plumes les plus originales du rap québécois, abordant des thèmes rarement explorés dans le hip-hop.

Photo: Frédérique Ménard-Aubin C’est à FIDÈS qu’était revenue la tâche de lancer cette soirée préliminaire.

Or, c’est à FIDÈS qu’était revenue la tâche de lancer cette soirée préliminaire, avec une proposition moins joyeuse que les suivantes, c’est un euphémisme. La musicienne fait dans le rap-réalité et sa réalité n’a, à l’évidence, pas toujours été simple ; dans ses textes, le désespoir se mesure à son instinct de survie. Il y a de la fierté, de la défiance, mais aussi des récits de dépendance, affective et narcotique, en lien avec la prostitution. On retiendra surtout de cette performance fragile la qualité littéraire du texte (FIDÈS cite Virginia Woolf et Nelly Arcand) et la charge émotive de ceux-ci, livrés par une interprète qu’on sentait à fleur de peau et nerveuse.

Sandrine St-Laurent, Ambre Ciel, Étienne Coppée : jour 6

Après les mesures bouclées et groovy du rap du lundi, le changement de registre ne pouvait être plus radical en ce mardi soir printanier amorcé avec la chanson pop de Sandrine St-Laurent — la plus dynamique de la soirée, ce qui en dit autant sur sa joie contagieuse que sur le tempérament apaisant d’Ambre Ciel et Étienne Coppée qui l’ont suivie.

Photo: Frédérique Ménard-Aubin Sandrine St-Laurent, c’est d’abord une voix claire, vivifiante et perçante qui nous tire l’oreille.

Sandrine St-Laurent, c’est d’abord une voix claire, vivifiante et perçante qui nous tire l’oreille. C’est ensuite un refrain, celui de sa chanson Pamplemousse : fameux, celui-là. Tellement qu’il vole la vedette aux autres entendus durant sa performance enjouée, mais inégale, manquant encore d’aplomb. Sa chanson pop-folk rythmée, bellement appuyée par les orchestrations vocales colorées des choristes, possède ce charme radiophonique, frais, agréable et mélodique, mais n’est pas encore arrivée à maturité.

Vint ensuite Ambre Ciel, le véhicule musical et sonore de l’autrice, compositrice et interprète Jessica Hébert, qui offrait en janvier dernier un élégant premier EP intitulé Vague distance. Sonore est le mot juste : avant la chanson, il y a son écrin, imaginé sur scène avec une harpe, un alto, un violoncelle, un percussionniste, Hébert aux synthétiseurs. Une chanson d’inspiration néoclassique aux effets harmoniques s’approchant de la musique ambient, voilà bien une proposition (sauf erreur) inouïe en vingt-cinq ans de Francouvertes. Performance balsamique, peut-être même un peu trop pour le bien de la chanson : les textes de la musicienne se confondaient dans l’effet d’écho ajouté à sa voix, très délicate au demeurant.

 
Photo: Frédérique Ménard-Aubin Ambre Ciel est le véhicule musical et sonore de l’autrice, compositrice et interprète Jessica Hébert.

On se demandait bien comment Étienne Coppée allait suivre ça — avec un naturel désarmant, et toute la douceur du monde. Il nous a presque pris la main en chantant ; rarement la distance et l’écran interposé n’avaient paru aussi illusoires depuis le début de cette pandémie qu’en l’entendant nous calmer avec ses chansons au parfum de patchouli. Il nomme au passage Harmonium dans une de ses chansons, mais dès l’introduction, on se retrouvait dans les mélodies de Fiori et les guitares sèches du premier album de son vieux groupe. Hé ! Il avait même une fleur à ses cheveux, Coppée, et l’envie de chuchoter autant que de pousser sa voix chaleureuse. Lui au piano plus souvent qu’à la guitare, avec ses accompagnateurs (et surtout ses choristes, fameuses), il a fait du bien.

Ce sera peut-être l’atout des meilleurs concurrents de ces Francouvertes pas normales : leur capacité de nous émouvoir à travers l’écran avec des chansons qui cajolent en temps de pandémie et des refrains rassurants : « On pleure ensemble des larmes de joie », chantait Coppée. Ç’a fait mouche : le voilà aujourd’hui en tête du palmarès, assuré d’un autre tour de chant en demi-finales. Suite et fin de la ronde préliminaire lundi soir prochain, avec Malaimé Soleil, Sylvie et Les Monsieurs.

Plongez, en vidéo, dans les portraits des six candidats de la semaine

Le palmarès préliminaire

1. Étienne Coppée

 

2. Vendôme

 

3. Calamine

 

4. J.A.M.

 

5. Ambre ciel

 

6. Douance

 

7. oui merci

 

8. tremble

 

9. Super Plage